Planification familiale en RD Congo: La bonne information peut tout changer

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La planification familiale, ou le planning familial, est l’ensemble des moyens qui concourent au contrôle des naissances, dans le but de permettre aux familles de choisir d’avoir un enfant.

En République Démocratique du Congo, le concept parait un tabou dans certains ménages, surtout dans ceux situés en milieux urbano-ruraux. C’est la raison qui a poussé les professionnels des médias membres du Réseau des Journalistes pour la Santé Sexuelle et Reproductive (RJSSR/RDC), avec l’appui de l’Ong internationale Ipas, d’effectuer une descente sur terrain pour s’enquérir de la situation dans la périphérie de Kinshasa. Descente qui intervient après l’activité de sensibilisation communautaire pour la création de la demande et offre des services en Planification Familiale organisée par les zones de santé de Kisenso, Kimbanseke et Kokolo, où plusieurs prestataires et relais communautaires ont été formés, ainsi que la population sensibilisée sur cette matière. Outre la formation, l’Ong Internationale Ipas/RDC a équipé ces centres en intrants (contraceptions), en vue de rendre tous ces services de planification familiale gratuits. Les relais communautaires ont été équipés en outils nécessaires pouvant faciliter l’exercice de leur travail, notamment les piles pour leurs mégaphones, la mobilité et tant d’autres.  Dans cette ronde, deux centres ont été ciblés, notamment le Centre Hospitalier de la Fondation Colombe située dans la commune de Kimbanseke, et le Centre de santé et maternité d’Etat Regideso à Kisenso dans la commune de Matete. Occasion pour les professionnels des médias de s’entretenir avec les bénéficiaires des services de Planification familiale, dont la plupart sont des Femmes, et les prestataires qui offrent ces services en vue de prévenir et pourquoi pas éviter des grossesses non désirées. Du constat fait, l’on note également le besoin imminent pour ces centres, d’offrir aussi aux femmes des soins complets d’avortement et post- avortements, conformément à l’article 14, alinéa 2, point C du Protocole de Maputo, car plusieurs des cas des grossesses sont issus des violences faites à la femme, et ces dernières ne veulent pas souvent de ces grossesses. D’où, au lieu d’assister aux mortalités maternelles causées par des avortements clandestins, il faut par contre prendre des mesures pour sauver des vies des femmes.

Des témoignages recueillis

D’abord à la Fondation la Colombe dans la commune de Kimbanseke, où les professionnels des médias ont noté un engouement des femmes de cette contrée pour bénéficier des services de planification familiale. Plusieurs d’entre elles souhaitent stopper avec des naissances sans planning. Des jeunes filles rencontrées veulent, pour la plupart, poursuivre des études et en finir avec les grossesses non désirées. Mais le constat est amer.

Brigitte Ngundu, cette femme âgée de 47 ans, mariée et mère de six enfants dont quatre sont déjà décédés, est venue solliciter un moyen contraceptif pour ne plus tomber enceinte.

Après la première femme interviewée, l’équipe s’est retrouvée en face d’Anita Wenzeme Bungu, jeune fille âgée de 25 ans, et mère de cinq enfants, dont son aîné a 13 ans d’âge.

« Je suis jeune, mais me voici je ressemble à une femme beaucoup plus âgée que moi. J’ai été informée par un relai communautaire qui parlait de la planification familiale, en lingala, ‘’kobota ya buanya’’. Je ne veux plus avoir des enfants. Ça poussera aussi à mon chéri de payer ma dot auprès de mes parents. Je suis jeune, et je veux mon honneur », a-t-elle dit aux journalistes, tout en promettant de divulguer l’information à ses amies qui donnent naissance sans planning.

« J’en connais nombreuses. Je leur dirais de suivre mon exemple. Je suis en sécurité, elles aussi doivent m’emboitais le pas », conclut-t-elle.

Landrine Makiese, elle est âgée de 31 ans, mariée et mère de 3 enfants. Elle relate l’histoire de toutes ses grossesses et ses accouchements difficiles.

« Je tombe malade après chaque accouchement, et ça nous coûte beaucoup d’argent pour que je retrouve ma bonne santé. Le dernier accouchement a failli me conduire à la mort. Eu égard à cette situation, on s’est concerté avec mon mari et on veut stopper avec les grossesses. Les gens nous ont raconté n’importe quoi sur cette planification familiale, mais me voici, j’ai sollicité une piqure pour 5 ans, et je pense que je suis en sécurité. Tout s’est bien passé, et la mort s’est éloignée de moi », a-t-elle affirmé.

Après les bénéficiaires, l’équipe composée de deux journalistes formées par Ipas/RDC, et tous membres du Réseau des Journalistes pour la Santé sexuelle et reproductive (RJSSR/RDC), ont échangé avec monsieur Makenka Makiazi Jean. Il est agent sanitaire au sein de la communauté et sensibilisateur, autrement dit, relai communautaire dans la zone de santé de Kimbanseke. Il salut d’entrée de jeu, la formation qu’il a suivi auprès d’Ipas/RDC, mais aussi la gratuité dans l’opération d’offre des services de planification familiale aux femmes de sa commune située dans la périphérie de Kinshasa.

« La communauté n’était pas instruite par rapport à la planification familiale. Le désintéressement était dû aussi au monnayage dans l’offre des services PF. Voilà pourquoi l’on assiste à des grossesses sans espacement, sans planning. Le manque d’information est à la base de tout ça. Nous n’avons pas du courant dans notre cité ; Sur ce, la population n’a comme distraction que les sexes. C’est le pourquoi des grossesses en cascade, et non désirées. Les femmes ne peuvent plus s’autonomiser économiquement, car tout le temps enceinte. Je salue l’appui d’Ipas, notre grand partenaire, car aujourd’hui, je ne manque pas des piles dans mon mégaphone pour sensibiliser cette population à la planification familiale. Nous faisons un travail bénévole, mais Ipas a pensé à nous pour notre mobilité et une bonne communication. Quant aux produits, bien avant, on utilisait que des préservatifs pour prévenir des grossesses, et tout était payant. Voilà avec notre partenaire, nous avons des produits appropriés, et tout se donne sans frais. Le planning familial a donné le goût de vivre aux femmes », a dit monsieur Makenka Jean.

Enfin, les journalistes ont échangé avec l’infirmier titulaire du centre hospitalier de la fondation la Colombe, Alide Lukusa qui parle de parle de ce qu’il était bien avant sa formation, et de ce qu’il est devenu aujourd’hui, mais aussi de cette passion qui l’anime à offrir des services de Planification familiale aux femmes.

« La formation m’a beaucoup transformé et j’ai banni plusieurs erreurs que je pouvais commettre bien avant. Quant aux intrants, tout était payant. Nous n’avons pas beaucoup d’argent ici, car la population est pauvre. Mais aujourd’hui, ipas nous a aidés, et tout est gratuit. Nous avons des produits contraceptifs gratuitement et nous les donnons aux femmes gratuitement. Avec ça, le taux de naissance non désirée va diminuer à Kimbanseke. L’ignorance n’a plus sa place auprès de notre peuple, avec tout ce que nos relais communautaires font comme travail de sensibilisation. Il ne nous reste que de leur offrir des soins complets d’avortement et post avortement, et j’ai hâte de suivre cette formation que Ipas va organiser tout prochainement  », a-t-il dit.

A Kisenso, le besoin est immense

Après Kimbanseke, les journalistes, accompagnés par deux experts d’Ipas, ont pris le chemin du centre de santé et maternité d’Etat Regideso, où ils ont rencontré plusieurs femmes et jeunes filles qui veulent bénéficier des services de Planification Familiale.

D’abord avec l’infirmière titulaire de ce centre, Patience Kissey qui parle de sa formation par Ipas sur la PF, mais aussi du travail sur terrain.

« La Formation s’était bien passée. Depuis lors, nous avons commencé notre travail, et toutes les femmes sont contentes de ce que nous leurs offrons comme services. Nous saluons le travail de nos relais communautaires dans la sensibilisation. Nous accueillons ici les femmes et jeunes filles dont l’âge varie de 14 à 45 ans, et nous leurs offrons des services gratuitement. En plus, nous avons plusieurs méthodes de contraceptions, et les femmes choisissent elles-mêmes la méthode qu’elles veulent. Tout se passe bien jusque-là. Nous avons aussi les préservatifs pour les hommes. Nous lançons un appel à toutes les mamans, car bien avant d’offrir les services, nous expliquons le pourquoi et les avantages de toutes les méthodes contraceptives. C’est cette bonne information que nous leur donnons qui font qu’elles puissent oublier tout ce qui se raconte à la cité. Je suis fière d’être inscrite sur la liste des prestataires d’Ipas, et je demande à notre partenaire de continuer à soutenir ce centre, en intrant, dans la poursuite des formations, car nous accueillons les personnes de toutes les couches sociales, celles vivant avec handicap et d’autres. La route est impraticable ici, et les femmes viennent ici parce que nous sommes proches d’elles. Nous demandons à Ipas d’élargir son domaine d’intervention, notamment les soins après avortement, les consultations prénatales et autres », a dit Patience Kiessey.   

Ensuite, l’équipe a échangé avec les bénéficiaires.

Anna Mutomo, quarantaine révolue, mariée et mère de quatre enfants, est venue solliciter ce services de planification familiale après avoir été sensibilisé par un relai communautaire.

« J’ai appris beaucoup de choses sur ça, mais ici, j’ai trouvé la bonne information, et je n’ai pas hésité à donner ma main pour recevoir cette piqure qui me permettra de ne plus donner des enfants en désordre », a-t-elle raconté.

Dans la maternité de ce centre hospitalier situé dans une zone urbano-rurale de la ville de Kinshasa, l’équipe a raconté une jeune fille de 20 ans, qui venait d’accoucher d’une jolie fille, et n’a pas hésité de se faire procurer une pilule pour protéger son enfant.

« Je suis venue ici parce que je veux protéger mon bébé. Je veux qu’elle grandisse dans de bonnes conditions, et que si j’aurai un autre enfant, qu’il vienne au moment voulu. Pas dans la précipitation, car je suis encore très jeune », a-t-elle signalé aux professionnels des médias.

Pour sa part, La Blonde Mukubua Moza, qui n’a pas de précisions sur son âge, parlant tantôt de 14 ans mais avec beaucoup de doute, est déjà mère de deux enfants, elle relate à l’équipe qu’elle veut se reposer et poursuivre ses études.

« Je ne veux plus avoir une grossesse. Je veux me reposer, je suis encore enfant moi aussi, et je veux poursuivre mes études. Ça poussera aussi au papa de mes enfants de venir me prendre officiellement en mariage, mais je veux d’abord étudier », déclare-t-elle.

Ruth Kusongila, cette jeune fille âgée de 19 ans, est étudiante en deuxième graduat en sciences infirmières dans une université de la ville. Elle n’a qu’une seule raison qui l’a poussé à bénéficier de ces services de planification familiale : « je pratique déjà des relations sexuelles, et sur ce, je veux éviter que je tombe un jour subitement enceinte. Ça risquera de gâcher mes études ».

De son côté, Léonnie Tako, âgée de 39 ans, mariée et mère de 4 enfants, craint la mort en donnant des naissances sans espacement.

« Je n’accouche que par césarienne. C’est trop risquant pour moi, car j’ai déjà 4 enfants. Je crains la mort », affirme-t-elle.

Par la suite, les journalistes ont échangé avec Françine, jeune fille âgée de 27 ans, et mère de quatre enfants. Elle a été informée par un relai communautaire, et a pris l’engagement de rompre avec des grossesses surtout non désirées.

« Je suis jeune, mais me voilà comme une vieille. Je veux jouir de ma jeunesse. C’est ainsi que je veux en finir avec ça par cette piqure que je viens d’avoir », souligne-t-elle.

Enfin, madame Landu Kenge, âgée de 44 ans, et mère de 6 enfants dont 4 sont déjà décédés, ne veut plus tomber de nouveau enceinte.

« Il m’arrive de tomber enceinte à seulement 3 ou 5 mois après une nouvelle naissance. J’ai opté pour cette pilule pour me mettre à l’abri du danger », a-t-elle dit.

Les centres de planification familiale sont les lieux qui mettent à disposition ces moyens et qui informent sur leur mise en œuvre.

Les prestations du planning familial peuvent d’avèrent donc importantes en RD Congo, car les centres de planification informent sur la contraception et l’interruption volontaire de grossesse, orientent vers les médecins et partenaires, pratiquent des tests de grossesse, réalisent des examens gynécologiques ainsi que la prise en charge des infections gynécologiques. La prescription d’une contraception (pilule, stérilet, implant, etc.) est possible grâce à la présence d’un médecin ou d’une sage-femme. D’où l’importance de renforcer leurs capacités, en vue d’un meilleur résultat sur terrain.Bernetel Makambo

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