EMMANUEL SHADARY AU CŒUR DU CONGO ET 7 CANDIDATS OPPOSITIONNELS EN SUISSE: UN DECRYPTAGE POLITICO-ELECTORAL

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Les contradictions de la brumeuse arène politique Congolaise ne cessent pas de nous étonner. A quelques 13 jours du lancement de la campagne pour les élections du 23 Décembre 2018, dans une saison effervescente de la  précampagne, Emmanuel Ramazani se rend au Kasaï, le cœur du Congo, et les 7 mousquetaires oppositionnels, eux, se rendent en Suisse au cœur de l’Europe. Deux trajectoires porteuses des significations distinctes. Ces déplacements et les rencontres (visibles et invisibles) qui s’y déroulent, tout en étant rationalisés par des objectifs apparemment nobles, émettent aussi des signaux sur les stratégies des compétiteurs.

A 13 jours du lancement de la campagne électorale, si des compétiteurs ne sont pas encore en élan d’interaction-immersion pré-électorale avec le Congo profond, il y a un sérieux problème de génie politique en RD Congo. Comme intellectuel-Kataskopos Congolais, je cerne la réalité au-delà de sa phénoménologie événementielle (faciale). J’y capte la dimension de «l’étant que du devrait être». Ici je propose une lecture de ces deux déplacements dans deux directions diamétralement opposées, à 13 jours de la campagne électorale, sur la triple toile de la symbolique politique, de la stratégie électorale et surtout de l’ingéniosité des élites politiques.

  1. RAMAZANI SHADARY EMMANUEL AU KASAI AU CŒUR DU CONGO : UNE IMMERSION STRATEGIQUE

Dans les pays avancés où j’ai observé la conception et la mise en œuvre des campagnes électorales (où j’ai aussi été formé en cette matière), notamment aux USA et en Afrique du Sud, l’un des facteurs déterminants la victoire électorale est aussi la trajectoire de la précampagne et de la campagne. La ville par laquelle on démarre la précampagne, qui est une interaction et une immersion préalable dans l’atmosphère électorale du Peuple, et la suite de la trajectoire, émettent des signaux sur plusieurs registres. Ceux-ci sont du type symbolique-psychologique, stratégique et aussi en ingéniosité politique. Trois aspects de ces registres combinés peuvent être épinglés par rapport à la première sortie en précampagne du candidat  Shadary à Mbuji-Mayi, au Kasaï, cœur de la RDC.

Primo, la ville par laquelle on commence son immersion en précampagne est l’une des mesures de l’intelligence stratégique du candidat et sa compréhension de la psychologie politique de la société. En amorçant une tournée de la précampagne dans une ville précise, le candidat indique qu’il possède un entendement perspicace de la configuration géopolitique des élections et sa réverbération nationale. Deux rationalités en termes de génie électoral. Shadary sait que l’espace Swahilophone (l’Est) lui est acquis surtout avec un ancrage dans le Katanga, le Maniema, l’ancienne Province Orientale et des portions du Nord Kivu et du Sud Kivu. L’Ouest sera disputé.  L’espace Kasaien (le centre) est en réalité le swing state où il doit chercher à maximiser son ancrage en addition aux segments acquis de l’Est/Swahilophone. Ensuite, l’espace Kasaien porte deux des tribus les plus grandes et les plus homogènes (Luba et Tetela) du pays en termes de leurs langues et cultures communes respectives. Bien plus intéressant sur le plan de la dissémination démographique, les membres de ces tribus sont les  plus  tentaculaires sur le territoire Congolais. Les Lubas du Kasaï et les Tetelas résident presque dans toutes les villes et grandes agglomérations de la RDC. Ils ont un important impact dans ces villes par leurs réactions à la descente du candidat du FCC dans le Grand Kasaï.

Tertio, sur le plan politico-électoral, Mbuji-Mayi étant le second bastion de l’UDPS après Kananga, le candidat du FCC y relève un défi de popularité. Il a réussi ce pari si on considère l’engouement produit par cet événement. La mobilisation organisée des mains de maitre par le Gouverneur Ngoyi Kasanji, en conjonction avec la robuste action des politiciens de gros calibre du Kasaï,  appuyée par la descente préalable de l’ancien compagnon de Dr Etienne Tshisekedi, Bruno Tshibala Nzenze, a produit l’effet escompté. L’installation du comité de la campagne électorale du FCC au Kasaï Oriental sous le leadership du bouillant «tshobesha Ngoyi Kasanji » a planté des racines. Cet élan va certainement être maintenu par le FCC comme fondation pour la campagne fulgurante dans le Grand Kasaï.

  1. LES 7 MOUSQUETAIRES OPPOSITIONNELS EN SUISSE AU CŒUR DE L’EUROPE : QUETE D’UNE RATIONALITE

Les observateurs politiques et autres intellectuels Africains trouvent les politiciens, surtout les opposants Congolais, très étranges par leur obsession (fixisme) par les voyages politiques à l’Etranger pour y trouver des solutions aux problèmes de leur pays. En cette matière, nous avons battu tous les records en Afrique. La raison généralement avancée pour ces rencontres à l’étranger est la nécessité d’un terrain neutre et la médiation internationale, surtout dans le contexte des crises armées ou des impasses politiques.  Mais, aujourd’hui nous ne sommes ni en guerre, ni en perspective des négociations politiques : Nous devons aller irréversiblement aux élections. Quelle est alors la rationalité des rencontres des opposants à l’extérieure de la RDC, loin du Peuple Congolais ? Trois réponses sont possibles. Elles sont légitimes mais pulvérisables politologiquement.

La première réponse est qu’il y a des leaders qui ne peuvent pas rentrer au pays. On sait qu’il n’y a qu’un seul candidat président, Moise Katumbi, qui ne peut pas rentrer en RDC. Mais, il faut bien équilibrer les choses dans le calcul stratégique électoral: Fallait-t-il nécessairement (aux regards des enjeux sur terrain) déplacer tous les autres candidats en dehors du pays à quelques 16 jours de la campagne pour parer aux inquiétudes d’une personne, ou fallait-il prendre en compte l’immense valeur ajoutée d’une rencontre dans une ville du pays ? C’est pourtant clair qu’une rencontre au pays aurait cimenté la perception du nationalisme et aussi ancré le candidat président unique de l’opposition dans l’imaginaire des électeurs comme un produit du terroir. La deuxième réponse est que le régime allait empêcher une telle rencontre et «coffrer les candidats présidentiels». Cette réaction encapsule une vision trop diabolique du régime (qui serait infecté d’une pathologie irrémédiable des arrestations démentielles). C’est la plus frivole des réponses. On a vu plusieurs rencontres des candidats président à Kinshasa. Ils n’ont jamais été inquiétés. Le régime n’est pas suicidaire pour arrêter un groupe de candidats présidentiels à quelques jours de la campagne électorale. Donc cette rencontre aurait bien pu avoir lieu à Tshikapa, à Mbanza Ngungu ou à Kisangani. Et, en plus de l’ancrage de la précampagne, les opérations inhérentes à l’organisation de cette rencontre au pays auraient boosté l’économie de la ville choisie. Ce  qui aurait apporté une motivation de vote supplémentaire en faveur de l’opposition. Dans cette hypothèse Moise Katumbi serait intervenu par vidéoconférence ou par le biais de son représentant.

Pourquoi l’opposition ne comprend t-elle pas qu’elle doit absolument démontrer la capacité d’ancrage sur terrain et faire preuve de nationalisme par immersion dans le Peuple et dans le pays ? Les réponses sont aussi nombreuses. Mais celles qui prédominent soulignent ce que les intellectuels Africains appellent « la propension  déambulatoire des politiciens Congolais» et les manipulations de différents centres d’intérêts politiques et surtout miniers internationaux. Dans l’opinion nationale il est clairement établi que les mains de certains capitalistes visant les minerais stratégiques du Congo sont derrières certains candidats dont le mercantilisme et de notoriété publique. Genève a été un mauvais choix, à un très mauvais moment et surtout pour un objectif trop délicat. Les observateurs, les Congolais, les intellectuels Africains progressistes, notent qu’il est inconcevable que des leaders politiques à cet âge de l’histoire du Congo de Lumumba aillent à Genève pour designer le candidat qui à leurs yeux va être le Chef de l’Etat de ce pays. Ce candidat, qui qu’il soit, va porter la symbolique des interférences inhérentes à la conception du monde sur Genève : le centre impérialo-capitaliste du monde.

Sur le plan politico-électoral, les opposants ont offert à leurs adversaires une munition discursive imparable : le candidat unique de l’opposition est un pion des capitalistes-impérialistes fabriqué à Genève à des fins de cannibalisation de la RDC.  La terre Congolaise n’a pas été jugée digne d’être le lieu où le candidat oppositionnel sauveur de la République pouvait être désigné, selon la logique de ces opposants. L’opposition s’est auto-assené une énorme entaille dans l’imaginaire collective. Toute la narrative de la campagne tournera autour de l’origine argentière du candidat des 7 mousquetaires de Genève. Encore que ce choix n’est pas nécessairement celui des autres 13 candidats présidents restés à Kinshasa.  Dans une saison électorale comme celle-ci, avec des moyens très limités, un immense territoire, mener des actions déterminantes et de grande envergure au pays porte de loin une valeur ajoutée politique et électorale que les multiples réunions à Johannesburg, Bruxelles Washington ou Genève. Si toutes les rencontres des 7 mousquetaires oppositionnels avaient eu lieux dans des villes Congolaises, les candidats auraient rencontré les chefs coutumiers de ces coins, les prélats, les jeunes, les mamans. De telle sorte qu’à la campagne le candidat unique aurait eu très peu d’efforts à fournir vis-à-vis de ces segments électoraux. Et bien plus, le candidat unique aurait porté l’aura national. Evidement, il y a un problème de sous-éclosion politologique sur le champ politique Congolais.

  1. CONCLUSION : LES ELITES POLITIQUES CONGOLAISES ET LE DEFI DE L’INGENIOSITE POLITICO-ELECTORALE

Selon Samuel Huntington, l’illustre politiste Américain et l’un des meilleurs de notre époque, le troisième cycle électoral est crucial pour la consolidation de la démocratie dans un pays en transition. C’est dans ce cycle que les élites politiques doivent faire preuve d’une intelligence politique nouvelle. Cette intelligence politique se cerne aussi sur le plan de la culture et la praxis électorale. Sur ce registre, la pratique électorale doit traduire une certaine profondeur dans la compréhension des interactions stratégiques avec le peuple et la société. Une certaine ingéniosité dans les choix des actions, des discours, par rapport aux enjeux politiques et électoraux, est impératif. Malheureusement, on ne peut vraiment pas asserter que les candidats présidents de la République, même certains qui sont venus de la Diaspora, sont tous distingués  en narrative, en stratégie, ou en actions sur terrain. Les prestations sont vraiment en deçà de l’ingéniosité politique et électorale pour un troisieme cycle électoral. Il n’y a pas de sagacité électorale à la hauteur du poste de Président de la République. Pourtant, c’est depuis 2014 que les politiciens exigent les élections. Quatre ans après le spectacle est totalement ahurissant : amateurisme, débrouillardise, tâtonnement. Et très attristant : c’est à 16 jours du lancement de la campagne électorale que les opposants se déplacent en Europe pour choisir un candidat unique. Vraiment insolite.

Et plus important en termes de symbolique, notre héros national Emery Patrice Lumumba avait prophétisé que l’histoire du Congo ne sera pas écrite dans une capitale occidentale. La désignation du candidat unique de l’opposition est un événement composant une importante page de notre histoire. Cet événement restera à jamais sculpté dans les annales d’or de notre pays car ce sera la première fois que des opposants Congolais choisissent un candidat fédérateur. Malheureusement, Lumumba va se retourner dans sa tombe car la terre du Congo n’a pas été jugée digne de porter cet événement historique.

Les observateurs tant nationaux qu’internationaux notent que sur terrain, les stratégies et les efforts sont déployés avec des philosophies politiques et approches électorales diamétralement opposées. L’une est nationaliste et pragmatique, et l’autre internationaliste et idéaliste cherchant les conditions d’une élection impeccable. Pendant que le candidat Shadary occupe le terrain, certains candidats présidents qui sont à Kinshasa font des meetings des  salons huppés, des rhétoriques dans des salles de conférence luxueuses et des prestations télévisées. Ils n’arrivent même pas dans les zones périphériques de Kinshasa (Kisenso, Malweka, Camp Luka). D’autres encore passent d’une ville Africaine à une ville Européenne. Il s’y dégage un écart objectif d’immersion qui est un facteur déterminant de l’issue de cette compétition électorale. Les observateurs notent également qu’à 13 jours de la campagne électorale, les comités directeurs de campagne de certains candidats sont inconnus. Les efforts logistiques et le déploiement sur terrain, même dans la ville de Kinshasa, sont presque nuls. Il y a quelque part en l’air comme l’exhalaison d’une volonté d’auto-euthanasie électorale avec l’astuce de l’attribuer aux autres. Malheureusement cela aura été précédé par le déficit d’ingéniosité électorale et des défaillances stratégiques identifiées par les observateurs nationaux et internationaux. Time will tell…dixit Bob Marley.

 

Hubert Kabasu Babu Katulondi (Libre-penseur et écrivain)

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