« Tshukudu », la trottinette congolaise qui combat la misère au Nord-Kivu

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C’est une exclusivité pérennisée de la province du Nord-Kivu. Très adapté à l’état désastreux des infrastructures routières de la région, le Tshukudu a, depuis une certaine période, été adopté au chef-lieu de la province comme symbole international de Goma, comme la tour Eiffel de Paris et le Big Bang de Londres en Europe.

Cet engin est fabriqué généralement dans la cité de Kibumba au chef-lieu du territoire de Nyiragongo à 27 kilomètres au nord de la ville de Goma. Il est conçu en bois long de deux mètres, doté d’un guidon à sa partie supérieure et de deux roues en bois couvertes de pneus. Le « Tshukudu » parait le vélo traditionnel africain made in RDC.

Il est partout dans la province du Nord-Kivu, dans l’Est du pays. Son chauffeur, le « tshukudeur », est voué à pousser, le jour durant, cette géante trottinette en bois. Il ne peut jouir d’un soulagement que sur des routes aménagées.

« Cet engin venu du hasard d’un rwandais vers le 19ème siècle, est le cargo préféré des Gomatraciens, pour le transport des petits, moyens colis en ville et pour la plupart, des marchandises des petits commerçants », témoigne Vichy Chagiro, tenancier d’une muni-boutique dans l’avenue du Commerce.

Au quartier commercial communément appelé Birere, le Tshukudeur est partout devant des kiosques, boutiques, magasins, dépôts et quincailleries à l’attente des clients ordinaires qui sont pour la plupart des petits commerçants et citadins venus s’approvisionner en denrées alimentaires ou en électroménagers.

A première vue, il est le plus sollicité du coin qu’un motard (Wewa).

Dans le territoire de Nyiragongo, quelque pas au nord de la ville, il est la star du coin car du moins « les familles préfèrent marier leurs filles aux Tshukudeurs qu’à tout autre homme, espérant de n’est jamais voire leurs filles drainer dans la misère », nous ont confié plus d’une native du territoire de Nyiragongo vivant à Goma.

Flavien Ndagije âgé de 31 ans exerce la profession de Shukudeur depuis 5 ans. Il habite la localité de Kanyaruchina à 7 kilomètres de la ville de Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu où lui avec une bonne dizaine de ses collègues avec leurs trottinettes en bois, font la route chaque jour à la recherche du pain quotidien pour leurs familles respectives.

La journée de ces Tshukudeurs s’amorce dans la localité par le cheminement des produits agricoles de premières nécessités (légumes, choux et carottes) cultivés dans les montagnes pour alimenter les marchés urbains à Goma et s’en suit par les transports des petits, moyens colis et marchandises en ville. Au finish, ils rentrent à Kanyaruchina, leurs logis avec leurs poches empiffrées de fonds.

Pour des lourdes embarcations, le Tshukudeur est censé embaucher un ou deux jeunes pousse-pousseurs pour lui tenir main.

« Avec mon Tskukudu qui ne me demande aucun frais d’entretien ni carburant, j’arrive facilement à réunir au minimum 10 dollars américains ( 9000 Franc congolais) le jour, soit 300 dollars américains le mois. Avec ce revenu, j’assure facilement la scolarité de mes 6 enfants dans des écoles conventionnées catholiques des quartiers périphériques de Goma. J’ai depuis trois ans achevé les travaux de ma maison en planche et d’ici quelques mois, je compte m’acheter une mototaxi pour la stabilité financière de ma famille », a témoigné Flavien Ndagije, ce Congolais qui n’a que son courage pour échapper à la misère africaine.

En effet, comme la plupart de ces Tshukudeurs, épargner vaut moins qu’investir. Ils sont propriétaires de taxis-moto de Goma et exercent le petit commerce. Seulement, abandonner ce métier pour un autre secteur économique, est ce qu’ils jugent impossible.
Une trottinette comme une pacotille

Se procurer un Tshukudu est le moindre qu’un citadin ne peut exécuter. Une somme comprise entre 50 et 100 dollars américains est celle qu’il faut s’acquitter pour se procurer un engin tout fait. Une somme qu’un Gomatracien ne peut nullement hésiter de mettre en jeu lorsqu’il s’agit d’un investissement rentable.

En plein centre ville au boulevard Kanyamuhanga, une sculpture géante dorée rend hommage depuis quelques années au labeur des nord-kivuciens à cette invention locale.   Le rond point Tshukudu est devenu de plus en plus un petit site touristique au centre ville. C’est un bel endroit et préféré de la ville par les habitants et les touristes, pour la prise de vue et de photographie.

La profession des Tshukudeurs est déjà régularisée dans la région. Dans la capitale provinciale, plus de 1. 600 Tshukudeurs sont regroupés au sein d’un collectif qui défend leurs intérêts professionnels.

Dans le grand nord de la province où ce métier connait son expansion, dans le territoire de Lubero, l’association des charretiers et “trottinetteurs” du Kivu (ACTK) possède depuis sa création en 2007, un magasin de vente de pièces de rechanges des Tshukudus commandées de la part des fabricants disséminés dans la région.

Pas de sot métier

Comme dans toutes les grandes agglomérations du Nord-Kivu (Goma, Beni et Butembo), devenir Tchukudeur est ce que le moindre citadin ne peut envisager, pourtant un métier fort rentable plus que l’enseignement et l’administration publique où un salaire de 10 dollars américains le jour, n’est réservé qu’aux cadres supérieurs administratifs.

A Goma, outre la bureaucratie dont rêvent les jeunes sans pour autant y parvenir, et le petit commerce qui s’impose pour une partie de la jeunesse urbaine démunie de moyens du bord, ils sont d’un effectif alertant ces jeunes qui vadrouillent sans revenu formel.

Au Conseil provincial de la jeunesse, Guy Kibira Ndoole, son président, reconnait à cœur la pré-inexistence de l’emploi formel pour les nouveaux jeunes sortis du banc de l’université communément appelés ‘‘nouveaux chômeurs’’. Mais le président du Conseil provincial de la jeunesse n’encourage point la fainéantise des jeunes gomatraciens. Il les appelle à s’impliquer dans tout métier, sans lequel un bel avenir ne peut être garanti.

(Pascal Mulegwa/Goma)

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