Tribune: Libre De qui se moque l’ex-Premier Ministre Adolphe Muzito ?

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L’ex-Premier ministre Adolphe Muzito, sociétaire – suspendu ou non -du Parti Lumumbiste Unifié (PALU), commet depuis un certain temps des tribunes dans la presse congolaise, dans lesquelles il aborde tous les sujets. A travers ses livraisons, il s’érige en donneur de leçons sur les matières qui ont relevé jadis de sa gestion à l’époque où il était à la tête du Gouvernement central. Au départ, il faut signaler qu’il a violé le droit de réserve étant donné qu’il n’y a pas si longtemps qu’il vient de quitter ses fonctions. Mais, sa dernière tribune, donc la septième d’une série dont les épisodes sont connus de lui-même, me pousse à réagir en ma double qualité d’acteur politique et d’homme de gauche comme lui.

La dernière livraison de l’ancien locataire de l’Hôtel du gouvernement, intitulée « Des morts-nés », mérite que des esprits avisés s’y penchent un tant soit peu. Il y a abordé la question du découpage territorial et de la décentralisation, deux notions différentes à tout point de vue. Faut-il rappeler que le découpage territorial n’est pas la décentralisation, même si le découpage territorial c’est le contenant tandis que la décentralisation le contenu. Donc, il ne faut pas confondre le contenant du contenu.

En plus, l’alignement « des morts-nés » au côté « des prématurés » ne se justifie pas et ne signifie absolument rien. Et, il n’y a aucune relation entre « des morts-nés » et « des prématurés ». Ces deux notions traduisent aussi des réalités tout à fait différentes. Les nouvelles provinces sont nées de la volonté politique comme le fut l’ex-Etat Indépendant du Congo créé de toutes pièces à la Conférence de Berlin en 1885. L’Etat Indépendant du Congo n’a pas été « un mort-né » ou « un prématuré ». Il est toujours debout malgré de nombreuses vicissitudes, malgré le changement de statut et d’appellations. Les 26 nouvelles provinces tiendront aussi le coup.

La confusion atteint son comble quand l’ex-Premier ministre Adolphe Muzito rappelle le supposé conflit né de plusieurs malentendus entre les Fédéralistes et les Unitaristes congolais au sujet de la forme de l’Etat congolais. Or, la querelle autour de la forme de l’Etat a été entretenue à dessein pour distraire le Peuple congolais et ses politiciens de l’époque. Les tireurs de ficelles de l’ombre sont connus. Les Fédéralistes et les Unitaristes, par manque de vision politique, se sont engouffrés dans cette brèche.

Comme on dit, tout chemin mène à Rome, l’objectif principal à atteindre consiste encore à améliorer les conditions de vie des populations congolaises. Le « développement des communautés de base » n’a jamais été tributaire de la forme de l’Etat selon mon entendement. Dans sa prose confusionniste, l’ex-Premier ministre Adolphe Muzito n’énonce pas clairement les choses. Il croit par erreur que « la solidarité et l’unité nationales » sont l’apanage exclusif des Unitaristes. Mais, fédéraliste que je suis, ne badine pas et ne badinera jamais avec la solidarité. Je défendrai toujours l’unité nationale.

A travers le monde, on se rend compte que la plupart des Etats qui se sont développés, n’ont jamais mis l’accent sur la forme de l’Etat mais sur son mode de gestion, sur la prise en compte des préoccupations et des attentes des communautés de base, sur la recherche du bonheur collectif et sur la défense de la souveraineté nationale. A-t-il tenu compte de cela quand il était chef du gouvernement central ?

Des questions demeurées sans réponses

La décentralisation étant, pour tout homme de gauche, une question idéologique du fait qu’elle permet aux communautés de base de « se prendre en charge » comme le disait le Président M’Zee Laurent-Désiré Kabila, d’avoir un mot à dire sur la gestion des affaires locales, de sanctionner les leaders locaux. Le découpage territorial, pour sa part, ne constitue jamais un obstacle pour « garantir la cohésion, l’unité nationale, le rétablissement de l’autorité de l’Etat ».

L’échec enregistré dans le domaine du développement de la République Démocratique du Congo depuis plusieurs décennies n’est pas imputable à la forme de l’Etat ni au découpage territorial. Il procède plutôt de l’absence de vision politique claire dans le chef des politiciens nationaux souvent jouisseurs et corrompus, de la mauvaise qualité de la plupart des gestionnaires de la res publica, de l’inconscience, du tribalisme et du régionalisme.

Dans le cas de l’ex-Premier ministre Adolphe Muzito, il faut noter que, chargé de « la définition de la politique de la nation qu’il devrait conduire et dont il assumait l’entière responsabilité », les provinces n’ont jamais touché, sous son gouvernement, les 40% de rétrocession à la source, les lois et les textes réglementaires qu’il évoque maintenant n’ont jamais vu le jour ou ont été gelés pour des raisons inavouées.

Les gouvernements Muzito – il y en a eu deux – ont fait l’impasse sur la caisse de péréquation, ont gêné les exécutifs provinciaux dans la jouissance de leurs « pouvoirs politiques et administratifs reconnus par la Constitution».

Qui paie le plus, paie le moins, dit-on. Privées de leurs moyens d’action, les provinces s’étaient tournées vers le gouvernement central qui, sous l’ex-Premier ministre Adolphe Muzito, n’a pas investi un seul sous dans la construction des infrastructures devant abriter les institutions et les services provinciaux. Au contraire, les gouvernements Muzito se sont révélés dépassés et incapables à la limite de l’incompétence.

Par manque de vision et d’initiative, le Parlement acquis à sa cause –en démocratie parlementaire à l’anglaise comme la nôtre, le Premier ministre est le chef de la majorité parlementaire – n’a pas produit des lois essentielles et vitales pour la transformation de la société congolaise, mieux pour sa modernisation.

Un exemple parmi tant d’autres. Les arriérés électoraux de la CENI sont aussi imputables à l’ex-Premier ministre Adolphe Muzito dont les deux gouvernements n’avaient pas prévu des crédits pour la tenue des élections provinciales et locales. L’érection des villes et des communes a été tellement mal faite au point où l’ex-Premier ministre Muzito a été recalé par le Sénat. A-t-il oublié ce malheureux épisode?

Avec un peu de recul, nous comprenons maintenant les raisons qui l’ont amené à geler le découpage territorial pourtant prévu dans la Constitution du 18 février 2006.

Le donneur de leçons Adolphe Muzito se rappelle aujourd’hui que son passage à l’Hôtel du gouvernement a laissé des nombreuses questions sans réponses. Cela ne peut étonner personne quand on sait que la plupart des politiciens congolais souvent parachutés déçoivent quand ils sont en charge des affaires publiques. Ce qui les intéresse le plus, ce sont des postes et l’argent. Ils innovent rarement et préfèrent perpétuer la gestion coloniale dont ils sont les dignes continuateurs, cinquante-cinq ans après l’indépendance de notre pays.

Quelles sont les réformes que les générations futures retiendront du passage d’Adolphe Muzito à la Primature ? Aucune. De l’enseignement à la santé en passant par le logement, l’énergie, l’habitat, l’urbanisme, les transports, les affaires foncières entre autres, les gouvernements Muzito se sont illustrés par des mesurettes sans impact.

De la lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics, on n’en a jamais parlé. Sauf peut-être la découverte de son « destin national » par l’intéressé. Après avoir parcouru la série de ses tribunes, faut-il en rire ou en pleurer ? Je laisse le soin à chacun d’y répondre. Toutefois, le sociétaire du PALU actuellement suspendu devra éviter de se moquer du Peuple congolais. La critique est facile mais l’art difficile. Sur ce, je conclus.

(Par Crispin Kabasele Tshimanga, Président National de l’UDS, Membre de la MP)

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