Travailleurs, jeunes, étudiants « Soyez tous des prédicateurs du dialogue »

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*Dans un document de six pages rendu public hier à Kinshasa, le Vice-Premier ministre, Ministre de l’Emploi, Travail et Prévoyance sociale Willy Makiashi exhorte les Congolais à préserver les emplois et garantir la paix sociale. Ce, au moment où les débats tournent autour des élections de 2016 qui, à en croire le professeur, ne sont pas une fin en soi

* Pour lui, les travailleurs congolais doivent se mobiliser pour le dialogue, seul cadre capable de sauvegarder la paix et les emplois. Car, si les travailleurs ne protègent pas les emplois, personne d’autre n’aurait intérêt à le faire. Si les chômeurs ne protègent pas les emplois qui existent, si les emplois qui existent sont détruits, le nombre des chômeurs augmente, la compétition pour les emplois devient rude au détriment de ceux qui n’ont jamais travaillé

Ci-dessous l’intégralité de cette exhortation

La République Démocratique du Congo, est un pays né dans la lutte. Un pays parmi ceux qui ont l’expérience de lutte. Ce pays a traversé des situations qui doivent aujourd’hui l’aguerrir et l’empêcher de retomber dans les erreurs du passé. Ce serait malheureux et inacceptable que, comme un étourdi, le Congo se mette à tourner à rond, tombant dans le même trou à chaque tour.

En notre qualité de gestionnaire de la réglementation et de la préservation des emplois, nous saisissons cette occasion, au moment où se préparent des tribulations à travers les échéances politiques qui viennent au galop, de rappeler que chaque tournant de l’histoire de notre pays a été une occasion de destruction des emplois, augmentant ainsi, chaque fois, le nombre des chômeurs.

En 1960, l’euphorie de l’indépendance s’est transformée en deuil à la suite des émeutes, des mutineries avec à la base, les appétits gloutons de certains politiciens. Conséquences: les opérateurs économiques, les investisseurs, ont fait leurs valises et ont quitté le pays qui s’est retrouvé dès le lendemain de l’indépendance, sans portefeuille, sans économie. Nous pensions, naïvement que nous pourrions nous passer des capitaux étrangers. Car, l’indépendance, croyions-nous, apporterait tout sur un plateau en or et serait une fin en soi, même sans travail.

En 1965, Mobutu utilisant les forces armées nationales, prend le pouvoir, chasse ceux qui avaient ~es nationalistes et usurpé le pouvoir que ces derniers avaient reçu du peuple congolais à travers la coalition, Mnc/L-PsalG-Cerea-Balubakat avec en tête; Patrice-Emery Lumumba, Antoine Gizenga, Anicet Kashamura et Janson Sendwe. Croyant que le pouvoir était une fin en soi, le régime Mobutu a multiplié les mesures qui ont « tué» les emplois au Congo, alors Zaïre.

Parmi ces mesures, véritable suicide économique, il faut citer la « Zaïrianisation », qui a consisté à exproprier les opérateurs économiques étrangers de leurs entreprises au profit des politiciens congolais dont beaucoup n’avaient aucune expérience des affaires.

Conséquences: toutes les entreprises zaïriarisées, radicalisées ensuite, ont mis la clé sous le paillasson. Les Congolais employés dans ces entreprises sont tombés dans le chômage du jour au lendemain.

Ceux des Congolais de l’arrière-pays qui avaient vu pillées les usines, huileries, savonneries, magasins et autres qui les employaient, n’avaient d’autre choix que d’aller chercher la solution de rechange dans les grands centres, particulièrement dans la capitale. Ils ont ainsi boosté l’exode rural, en allant grossir les rangs des sans-emplois dans les villes où ils ont enfin, donné le coup de grâce aux infrastructures sociales.

Les hôpitaux, les écoles, les maisons étaient obligées d’accueillir plus de monde que leur capacité initiale. Ne pouvant plus supporter cette surcharge, il s’en est suivi la destruction. Donc la pauvreté extrême.

La promiscuité dans les villes et particulièrement dans la capitale, est devenue un problème, un vrai fléau dans la mesure où elle a contribué et contribue à dégrader la qualité de vie.

En 1990, soufflait le vent de la perestroïka et de la glasnost. L’heure avait sonné pour chanter, avec raison, le requiem pour la dictature, après plus de trois décennies du régime sans partage du MPR-Parti-Etat.

Et pourquoi pas aussi d’entonner l’hymne à la démocratie! Malheureusement, encore une fois, les Congolais se sont trompés d’objectif et de tactique au point de faire du départ du dictateur, une fin en soi. Querelles politiciennes et stériles, villes mortes, grèves prolongées et incontrôlées. Le tout couronné par les pillages historiques de 1991 et 1993. La liberté de manifester a détruit le droit au travail.

Dans l’indifférence totale des pouvoirs en place, des marrées humaines ont déferlé dans les rues aussi bien de Kinshasa que de grands centres et agglomérations du pays, partout où il y avait industries, magasins, banques, entreprises de services. Comme dans un rêve, sans se soucier du lendemain, les Congolais ont tout pillé. Le tissu économique du pays a été totalement détruit. Le pays souffre encore pour s’en sortir. Les séquelles de ces pillages sont encore vivaces.

Depuis ces pillages de triste mémoire, travailler était devenu une exception au Congo tandis que le chômage s’était érigé en règle. Voilà la situation’ héritée par Mzee Laurent-Désiré KABILA lorsqu’il chassa le dictateur Mobutu le 17 mai 1997. Un pays où tout était devenu priorité.

Mais, c’était très loin de décourager le patriote, le soldat du peuple qui avait compris que cette immense œuvre de reconstruction du pays exigeait l’implication de la population.

Pour ce faire, il fallait un vrai changement des mentalités. Ce qui explique différents mots d’ordre du Chef de l’Etat, Son Excellence Joseph Kabila Kabange, dont le plus important et le plus significatif reste, à notre avis: «Organisez-vous, prenez-vous en charge », «Ne jamais trahir le Congo ». C’est toute une méthode, tout un programme, toute une philosophie. Lorsque le Premier ministre, Augustin Matata Ponyo estime que les jeunes qui, sortant de l’école avec un diplôme à la main, se mettent à leur compte personnel, participent d’une manière ou d’une autre à résorber le chômage, il s’inspire de cette judicieuse recommandation de Mzee Kabila. Quitte au gouvernement de les encourager et de les encadrer.

Pour ce faire, il fallait commencer par créer le climat propice aux affaires. Juguler l’inflation et maîtriser le cadre macro-économique, c’est la première protection que le Gouvernement a assurée aux «petits entrepreneurs» dans la mesure où la stabilité de la monnaie sauvegarde leur pouvoir d’achat et leurs économies.

Ces emplois sont peut-être précaires, mais sans cela, la vie serait encore plus précaire. Ils donnent au pays une certaine base pour créer une classe moyenne et aller plus vite dans la démarche de renverser la courbe de chômage au lieu d’attendre la Création de grandes entreprises afin de créer des emplois pour tous.

Cela n’a été possible que grâce à la politique d’ouverture entreprise par le Président Joseph Kabila dès janvier 2001. Le pays réunifié et pacifié, est entré dans le concert des nations inspirant désormais confiance. Ce qui se traduit par le boom immobilier, par exemple. La Révolution de la modernité est une continuité de cette politique. Bukanga Lonzo, le dernier fleuron de la politique agricole, en est un exemple parlant.

Une poursuite des initiatives prises sous Mzee Kabila dans le but d’alléger le fardeau du peuple. C’est le cas des cantines populaires, du service national, des réserves stratégiques, sans oublier le lancement du franc congolais, unifiant ainsi les espaces monétaires créés à la suite du manque de confiance de la population au Zaïre-monnaie. Car certains billets du .zaïre-monnaie étaient acceptés dans certaines provinces et refusés dans d’autres. Avec ces initiatives de Mzee Kablla, le décor était planté pour refonder l’économie nationale. En perspective, sur le plan politique, Mzee Laurent-Désiré Kabila, insistait sur les élections qui devraient avoir lieu dans deux ans afin de donner au peuple le droit de se choisir ses dirigeants, lutte menée par Antoine Gizenga et le Palu depuis des lustres.

Malheureusement, dans une impatience quasi congénitale et dans une agitation inconsidérée, un an avant ces échéances, pendant que la commission constitutionnelle était à pied d’œuvre, la guerre est venue détourner le gouvernement congolais de ses priorités jetant ainsi un, voile noir sur les perspectives qu’entrouvrait la politique responsable d’auto-prise en charge initiée par le gouvernement de salut public.

Certains Congolais, pour leurs intérêts égoïstes, ont offert le flanc aux agresseurs étrangers. Finalement, avec les mêmes complicités, l’histoire s’est répétée. Le 16 janvier 2001, Mzee Kabila est assassiné comme ce fut le cas avec Patrice-Emery Lumumba, un certain 17 janvier 1961.

Cette répétition de l’histoire doit nous interpeller. Car, il n’est plus un fait du hasard. En lisant attentivement les signes de temps, on est en droit d’y voir un complot et même un stratagème que nous devons déjouer. Les événements nous ont surpris en janvier 1961, ils nous ont trouvés distraits en janvier 2001, ils ont failli nous surprendre en janvier 2015.

Faut-il nous laisser surprendre une fois de plus en janvier ou en février 2016? Pour quelle raison? Pour quel combat? Honnêtement, a-t-on besoin de mettre le pays à feu et à sang parce que, semble-t-il, on veut assurer le respect de la Constitution ou parce qu’on veut s’assurer de la tenue des élections? Faux prétextes qui ne tiennent pas la route. Par rapport aux événements de janvier 2015, c’est ici l’occasion de saluer le professionnalisme de la police nationale qui, elle, avait compris, qu’il n’était nullement et plus jamais question de laisser se répéter les événements de septembre 1991. Car, si en septembre 1991, les pillages donnaient à Mobutu l’occasion de voir se réaliser sa «prophétie- menace» selon laquelle: « après moi, c’est le déluge », déluge promis et réalisé, pour Joseph Kabila, c’était tout le contraire. Il n’était pas question de laisser les caprices de certains politiciens en mal de positionnement, détruire les bases de la modernité et la fondation de l’émergence patiemment construite grâce à la révolution de la modernité et les cinq chantiers de la République, gage de la refondation de l’Etat Congolais.

C’est également l’occasion d’interpeller- le peuple congolais, essentiellement les jeunes et les travailleurs congolais. Ils ont l’obligation de protéger leurs emplois en évitant de participer de loin ou de près à la création des conditions de destruction des unités de production et de service, surtout d’effrayer tous les investisseurs disposés à apporter leurs capitaux au Congo. Le gouvernement congolais, quoi qu’il fasse, ne résorbera jamais le chômage si, en des mouvements cycliques, les Congolais se mettent à détruire ce qu’ils ont construit et si, ceux qui doivent apporter des capitaux pour construire des entreprises et créer des emplois, sont convaincus- en nous regardant agir – que ce pays n’offrait aucune sécurité des affaires. Personne ne viendra investir au Congo s’il sait que du jour au lendemain, il peut tout perdre parce que, le fait pour ‘la population de descendre dans la rue pour tout piller, serait devenu une tradition.

En 2016, l’histoire doit-elle se répéter négativement? Il y a certes des enjeux importants en 2016. Certes, dans un pays démocratique, l’année électorale est une année importante. Mais doit-on tout casser en prévision de 2016 afin de reconstruire une fois le but visé atteint? C’est semble-t-il, l’option que certains politiciens ont levée. Il faut arrêter.

Faisons attention à la dangereuse répétition de l’histoire en prévision de 2016. Une année nous sépare des échéances de 2016. Force est de constater que la réalisation des ambitions de certains politiciens prend le dessus sur l’intérêt général. On nous dirait que la Constitution’ autoriserait les Congolais de manifester. Avec la seule expérience de janvier 2015, avec le pillage des commerces, on est en droit de se de remettre en cause et de douter de la bonne compréhension des dispositions constitutionnelles de la part de certains leaders politiques. On ne doit pas se leurrer. Pour manifester conformément à la Constitution, on F:1’a pas besoin de pèlerinage dans la sinistre Ile de Gorée, de triste mémoire.

Les travailleurs congolais doivent se mobiliser pour le dialogue, seul cadre capable de sauvegarder la paix et les emplois. Car, si les travailleurs ne protègent pas les emplois, personne d’autre n’aurait intérêt à le faire.

Si les chômeurs ne protègent pas les emplois qui existent, si les emplois qui existent sont détruits, le nombre des chômeurs augmente, la compétition pour les emplois devient rude au détriment de ceux qui n’ont jamais travaillé. Protéger les emplois c’est un devoir sacré pour les travailleurs et les chômeurs.

Je vous exhorte tous: organisations syndicale, organisations des jeunes, jeunesse estudiantine, d’être des prédicateurs du dialogue et prophètes de la paix, seul cadre de protection des emplois et d’encouragement des investissements.

Prof. Willy Makiashi

Vice-Premier ministre, Ministre de l’Emploi, Travail et Prévoyance sociale

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