Transféré à Kinshasa par la Tanzanie: John Tshibangu bientôt devant les juges

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L’ex-Colonel FARDC John Tshibangu, qui a été chef d’Etat-major de la 4ème Région militaire à Kananga (Kasaï-Occidental), a été transféré hier lundi à Kinshasa, après son arrestation à la frontière entre la République démocratique du Congo et la Tanzanie. C’est le ministre d’Etat en charge de la Justice et Garde des Sceaux, Alexis Thambwe Mwamba qui a donné cette information à la presse. « Il s’est rebellé et a créé le désordre au Kasaï, avant l’avènement des miliciens Kamwina Nsapu. Par la suite, il est allé en République centrafricaine et a même menacé dans une vidéo diffusée les 18 et 19 janvier sur les réseaux sociaux ‘’de chasser le président Joseph Kabila dans 45 jours, s’il ne demande pas pardon pour le massacre des catholiques qui avaient marché le 31 décembre 2017’’ », explique le ministre.

Et de renchérir qu’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international, lancé par les autorités judiciaires de notre pays. Le 30 janvier dernier, il a été arrêté à la frontière entre la Tanzanie et la Rd Congo. Conformément à l’accord sur les Etats de la Région des Grands Lacs, la Tanzanie a accepté de l’extrader en Rdc. Il est arrivé à Kinshasa aujourd’hui, indique-t-il, tout en insistant sur le fait qu’il va faire l’objet d’un procès en bonne et due forme. Et ce procès sera certainement public. « Il aura droit à tous les avocats qu’il voudra engager pour cette procédure. Au cas où il n’aurait pas de moyens pour se chercher d’avocats, les deux barreaux de Gombe et de Matete vont mettre les avocats pro deo à sa disposition », souligne le ministre d’Etat à la Justice, tout en signalant que le Colonel John Tshibangu avait entrainé M. Freddy Liloba, un capitaine de notre pays qui a joué un rôle dans le camp des Seleka. Il a fui la République centrafricaine pour revenir en Rdc quand les Centrafricains le cherchaient. Il a été arrêté à Bosobolo, en Rdc. Il va être emmené à Kinshasa, pour faire l’objet d’une procédure judiciaire.

Qui est John Tshibangu ?

Agé de 42 ans à l’époque, lors de sa défection, chef d’état-major en second de la 4ème Région militaire (les deux Kasaï), le colonel John Tshibangu – qui revendique le grade de lieutenant général – a annoncé, jeudi 16 août 2012, sa défection des Forces armées de la RD Congo. Né à Kananga (Kasaï-Occidental), ancien des Forces armées zaïroises, Tshibangu se présente comme un «commando» formé, en Israël, dans la lutte contre le terrorisme. Il assure avoir pris la résolution de rompre les bans avec les FARDC, après avoir pris conscience de l’implication des plus hautes autorités civiles et militaires dans un «projet de balkanisation» du Congo.

Après avoir parlé du “Mouvement pour la revendication de la vérité des urnes”, «John» se dit maintenant à la tête d’une «Armée du peuple congolais pour le changement et la démocratie». Objectif : Chasser «Joseph Kabila» du pouvoir et installer «le Président élu» Etienne Tshisekedi wa Mulumba.

Enrôlé dans les FAZ (Forces armées zaïroises) en 1988, “John” a suivi par la suite une formation à l’EFO (Ecole de formation des officiers) à Kananga avant d’être affecté dans le Service d’action et des renseignements militaires (SARM). Lorsque l’AFDL prend le pouvoir le 17 mai 1997 à Kinshasa, il se trouvait en poste à Uvira (Sud-Kivu). En 1998, il refuse de rejoindre la nouvelle rébellion «congolaise» pro-rwandaise dénommée «Rassemblement congolais pour la démocratie».

Tshibangu aurait été emprisonné à Munzenze, à Goma, pour avoir tenté de détourner un avion rwandais. Il se serait évadé du pénitencier avant de rejoindre le RCD K-ML de Mbusa Nyamwisi. A l’époque, ce dernier avait déjà engagé des pourparlers avec le gouvernement de Kinshasa. La suite est connue. L’officier connaîtra plusieurs affectations dans l’Est du pays. Baroudeur, disent ses proches, l’art de guerre n’aurait plus de secret pour lui. Il a affronté les combattants du CNDP à Mushaki avant la débâcle de la fin de l’année 2008. Il a participé à des combats à Kanyabayonga (Nord-Kivu). Dernier poste d’attache : Commandant en second de la 4ème Région militaire à Kananga.

Le 6 juin dernier, John Tshibangu se trouvait à Kinshasa. En compagnie de 126 autres officiers supérieurs, il participait à la deuxième session du séminaire sur la réforme de l’armée à l’ex-Cité de l’OUA. La rencontre s’est terminée par une «causerie morale». L’orateur n’était autre que «Joseph Kabila». Celui-ci a rappelé aux épaules galonnées présentes «qu’ils ont la mission sacrée d’assurer la paix et la sécurité» sur toute l’étendue du «territoire national». Et qu’«il n’y a pas de place pour les officiers indisciplinés qui pensent qu’au sein des FARDC, l’on peut avoir un commandement parallèle». Enfin, a dit “Joseph”, «l’officier militaire congolais ne peut servir deux maîtres à la fois. On ne peut pas être à la fois officier des FARDC et opérateur minier, il faut choisir entre l’armée et les affaires».

«Le mouvement que je dirige procède de l’initiative d’un Congolais à cent pour cent», lance-t-il en liminaire. Pourquoi a-t-il attendu huit mois après l’organisation des élections pour lancer son “mouvement pour la vérité des urnes” ? «Nous espérions que le personnel politique allait trouver une solution politique aux problèmes qui ont surgi après l’élection présidentielle chahutée du 28 novembre 2011. Rien n’a été fait. Nous nous sommes concertés avec des amis, avant de prendre notre décision…». Quels sont les objectifs de son mouvement ? «La population congolaise demande le changement. Le 28 novembre dernier, Etienne Tshisekedi wa Mulumba a été élu président de la République. Notre objectif est de l’installer à la tête de l’Etat».

A-t-il été contacté par des officiels à Kinshasa après son «départ» ? «Il y a eu une tentative d’amorcer des négociations avec moi mais ma décision est irrévocable. J’ai levé l’option de lutter pour l’avènement de la démocratie». Que pourrait-il répondre à ceux qui suspectent l’Angola de «parrainer» son mouvement ? «Je souhaiterais bénéficier du soutien non seulement de l’Angola et de la Belgique mais aussi de celui de toute la communauté internationale…». Quel est le fait ou événement qui a joué le rôle de «détonateur» à sa défection ? «John» dit garder encore quelques «détails secrets» qu’il divulguera «prochainement».

(JMNK)

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