Suite à la chute des cours du secteur minier: La Rd Congo dans l’obligation de s’ajuster et de diversifier son économie

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La chute spectaculaire des cours des minerais ces derniers mois provoque des licenciements massifs dans les mines en Afrique, laissant craindre des troubles sociaux en plus du ralentissement économique sur un continent riche en matières premières. Au cours des dernières semaines, plusieurs groupes ont annoncé des suppressions d’emplois, la fin de leurs activités ou la réduction de leurs opérations dans des pays miniers clés, comme l’Afrique du Sud, la Zambie et la République démocratique du Congo.

Concernant la Rd Congo, en raison de la morosité de la conjoncture internationale, la croissance économique, estimée sur la base des réalisations de production, a été revue à la baisse à deux reprises: 9,2% à fin mars et 8,4% à fin juin contre un objectif visé de 10,3%. Ainsi, la principale particularité du budget 2016 consiste au fait que le niveau prévu des recettes est en légère baisse, soit 0,9% par rapport à l’exercice 2015. Le budget qui sera incessamment déposé au bureau de l’Assemblée nationale est en équilibre et se situe à 8.418,7 milliards de FC, soit 9,02 milliards d’USD. La consolidation avec les budgets des provinces pourrait situer le budget global à environ 11 milliards d’USD.

Toutefois, le Gouvernement de la République a adopté une série des mesures de mitigation des effets négatifs de la conjoncture internationale et d’adaptation du budget du Gouvernement Central aux contingences et contraintes du moment. Il s’agira notamment de relayer la baisse attendue des investissements directs étrangers par des investissements publics endogènes porteurs à réaliser dès le dernier quadrimestre de cette année à l’effet de capitaliser rapidement leurs effets sur la croissance économique.

Disons qu’en dépit de la chute spectaculaire des cours des minerais ces derniers mois, en Rd Congo, il s’observe un taux de croissance inclusif de 10,4% et qui a été revu à la baisse, soit 8,4%, en tenant compte des estimations de huit premiers mois de l’année. Et selon les informations en notre possession, même si ce taux a été revu à la baisse, la Rd Congo sera toujours en pôle position du continent africain, foi du Premier ministre Matata Ponyo.

Ailleurs, surtout en Afrique du Sud, où le secteur emploie un demi-million de personnes et représente 7% du PIB, le Britannique Lonmin a décidé en juillet de supprimer 6.000 emplois. Un chiffre largement sous-évalué selon les syndicats qui estiment, eux, que 19.000 postes sont menacés. La plupart des licenciements se font dans le platine, dont la valeur a chuté d’environ 40% depuis 2011. « Nous sommes en crise. Les entreprises ne peuvent pas simplement se débarrasser de leurs employés », s’indigne Joseph Mathunjwa, à la tête de l’Association du syndicat des mineurs (AMCU). L’AMCU est à l’origine de la grève chez Lonmin à Marikana (nord-est de l’Afrique du Sud) en 2012. Trente-quatre mineurs avaient été tués par la police, une tragédie qui a profondément ébranlé le pays.

« La baisse des cours des minerais va continuer »

La Zambie et la RDC sont, elles, touchées de plein fouet par la chute des cours mondiaux du cuivre qui a enregistré une baisse de 25% lors des huit premiers mois de l’année, comparé au cours moyen de 2014. « La baisse des cours des minerais, en particulier du cuivre et du platine, va continuer à mettre la pression sur les entreprises afin qu’elles réduisent leurs coûts », estime Andrius Balsys, analyste à Euromonitor International. En plus de couper dans la masse salariale, des groupes pourraient « réévaluer leur projet » et même stopper ceux déjà engagés, ajoute-t-il.

C’est déjà le cas chez Glencore, géant du négoce des matières premières basé en Suisse. Il a annoncé en septembre la suspension de sa production de cuivre pendant 18 mois dans deux mines en Afrique, celle de Mopani en Zambie et celle de Kamoto en RDC, deux pays qui se disputent la place de sixième producteur mondial de cuivre.

Et Katanga Mining, filiale congolaise de Glencore, a annoncé vendredi la suspension de ses activités de traitement de cobalt à Kamoto. L’entreprise n’a pas précisé combien d’emplois étaient concernés mais, avec 10.000 postes, Mopani est le principal employeur dans les mines en Zambie. En juillet, ce pays d’Afrique australe avait déjà dû encaisser un coup dur: le Chinois Luanshya Copper Mines avait suspendu ses opérations, laissant 1.200 personnes sur le carreau.

Trop dépendants des mines

« Les défis de l’industrie africaine minière doivent être analysés dans le contexte du ralentissement de la croissance de la Chine et du faible cours des matières premières », estime l’analyste Sarah Boumphrey, à la tête du département Stratégie chez Euromonitor International.

« La difficulté en Afrique est que de nombreux gouvernements dépendent trop du secteur minier comme source d’exportations et de revenus », ajoute-t-elle. Le cuivre est ainsi la première source de devises étrangères de la Zambie. La crise des matières premières se produit au moment où le secteur minier sud-africain souffre également des effets des grèves récurrentes de ces dernières années.

Il en est de notre responsabilité collective de résoudre ces défis car le secteur minier est stratégique. Début septembre, Pretoria a tenté de s’immiscer dans la crise, en réunissant patrons et syndicats. « Il en est de notre responsabilité collective de résoudre ces défis car le secteur minier est stratégique pour l’économie sud-africaine », a déclaré le président Jacob Zuma.

Résultat, les parties ont signé un pacte appelant notamment à la vente des mines sinistrées plutôt qu’à l’abandon des activités. L’AMCU a cependant refusé de signer ce texte. Selon un expert sud-africain, Mamokgethi Molopyane, la crise dans les mines n’aurait pas pu se produire à un pire moment.

« L’économie est mal en point, le chômage élevé (25%) et les prix des produits alimentaires orientés à la hausse. Les pertes massives d’emplois vont certainement aggraver les niveaux de pauvreté et avoir un effet de domino », prévient-il à l’AFP. L’effondrement de l’emploi dans les mines n’est cependant pas nouveau. Selon la Chambre sud-africaine des mines, 35.000 emplois ont été perdus dans l’or, le platine et le fer entre 2012 et 2015.

Mais de nouvelles suppressions font peser des risques sociaux, comme l’ont montré cette année en Afrique du Sud les attaques xénophobes meurtrières perpétrées contre des migrants sur fond de pénurie d’emplois.

A ce sujet, le Gouvernement congolais dit qu’il est engagé. D’ailleurs, c’est même ridicule qu’on s’attache aux mines jusqu’à aujourd’hui, pendant que le Kenya, l’Egypte et d’autres pays africains n’ont même pas de minerais. Ainsi, l’accent sera mis sur le tourisme où la Rd Congo dispose des sites uniques en Afrique. Cette diversification demeure très importante, pour permettre à la Rd Congo jadis première exportatrice de l’huile de palme, de reprendre sa place occupée aujourd’hui par la Malaisie, qui a eu à importer les noix de palme de Yangambi, en ex-province Orientale.

(Jean-Marie Nkambua)

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