Samy Badibanga Ntita, nouvel homme fort de la RD Congo

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*Kabila n’a pas surpris les congolais, mais a fait un choix judicieux

Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange a fait son choix. Ce, 48 heures après son discours sur l’état de la nation devant les députés et Sénateurs réunis en congrès au palais du peuple mardi 15 novembre. Le Raïs Joseph Kabila a nommé, hier jeudi 17 novembre, le député national et opposant membre de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (Udps) Samy Badibanga Ntita au poste de Premier ministre de la RD Congo. Ce dernier fait partie des opposants qui ont participé au dialogue politique national inclusif convoqué par le chef l’Etat et qui s’est tenu à la cité de l’Union Africaine à Kinshasa. Notez que Samy Badibanga est aussi président du groupe parlementaire Udps et alliés.

Il était aussi Co-modérateur adjoint de l’opposition au dialogue politique qui a débouché sur un accord de gestion consensuelle du pays. Agé de 54 ans, Samy Badibanga n’est plus considéré à ce jour comme membre de la formation politique présidée par Étienne Tshisekedi, l’UDPS. Ce, pour n’avoir pas suivi le « mot d’ordre » appelant au boycott des institutions issues des élections de 2011.

Sa biographie

Samy Badibanga est un homme politique congolais né en 1962 à Kinshasa, au Congo.

Député national depuis 2011 à l’Assemblée du Parlement de la République démocratique du Congo, il siège à la Commission des ressources naturelles.

Il est actuellement président du groupe parlementaire UDPS et Alliés (opposition) à l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo et membre fondateur de l’IPDD (Initiative Panafricaine pour la Défense de la Démocratie).

Parcours professionnel

Samy Badibanga est détenteur d’un diplômé de l’Institut Supérieur des Sciences Humaines de Genève en 1986, et ensuite diplômé de l’école du Haut Conseil du Diamant d’Anvers (Hoge Raad voor Diamant) et de l’International Gemological Institute d’Anvers.

Il commence sa carrière en 1986 en tant qu’administrateur délégué de Socodam Sprl, puis devient en 1995 administrateur et directeur général de Samex Trading Sprl. Cette société est détentrice de plusieurs permis de recherches minières en RDC et partenaire en joint-venture de BHP-Billiton. Il devient consultant pour la société minière BHP-Billiton de 2005 à 2010, et participe à ce titre à l’introduction de la société en République démocratique du Congo, notamment dans les partenariats avec les entreprises publiques. Il participe à ce titre à différentes négociations avec le ministère des Mines sur la révision des contrats miniers mais aussi avec les ministères de l’Économie et de l’Énergie pour la construction et la fourniture d’énergie du barrage Inga III.

Il crée en 2006 la Fédération des Explorateurs et Extracteurs (FEE) en RDC pour promouvoir la bonne gouvernance dans la gestion des ressources naturelles.

Il a été maître de conférences lors des rencontres IPAD-RDC du secteur minier de 2005 à 2009.

Parcours politique

Samy Badibanga est membre d’honneur depuis 1994 de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et en est élu député en 2011. Il rencontre les politiciens Étienne Tshisekedi et Frederick Kibasa dans sa jeunesse à Kinshasa. Ce qui façonne son orientation politique démocrate et socialiste ainsi que sa volonté de rejet de la lutte armée et de la primauté de l’état de droit.

De 2009 à 2011, il est le conseiller spécial d’Étienne Tshisekedi. À ce titre, il est chargé de la stratégie diplomatique de ce dernier, en ce qui concerne la communication, image, organisation et direction de sa campagne pour les présidentielles de 2011. Des élections présidentielles très critiquées et dont les résultats ont été largement mis en doute par l’UDPS, accusant l’opposition de fraudes, d’arrestations arbitraires, de manipulations et même de violences répressives.

Alors que de nombreux candidats de l’UDPS avaient été élu députés nationaux aux élections législatives concomitantes, le Président Tshisekedi avait annoncé l’annulation de ces dernières. Malgré les instructions du leader de l’UDPS, 42 élus du parti, dont Samy Badibanga, sont allés siéger au Parlement, considérant leur élection comme crédible et souhaitant respecter le peuple congolais qui les avait élus pour les représenter. Conscients de la polémique suscitée au sein même de leur parti, les 42 élus continuent aujourd’hui encore de former et d’animer l’opposition parlementaire au régime de Joseph Kabila.

Actions et positionnement politique : Opposition parlementaire

À la suite des élections législatives de 2011, Samy Badibanga, élu député national, constitue et mène le Groupe Parlementaire UDPS et Alliés, face à une majorité présidentielle écrasante. Au travers de chacune de ses prises de positions médiatiques, Samy Badibanga insiste sur le rôle de contre-proposition de l’opposition parlementaire, à l’image du Shadow cabinet britannique. Samy Badibanga est l’auteur d’une série de propositions de réformes économiques et fiscales début 2014, relayées par le magazine Jeune Afrique.

Propositions politiques majeures

Alors que le budget national 2014 est présenté pour adoption à l’Assemblée, Samy Badibanga dénonce l’opacité de la gestion des affaires publiques et des revenus d’exploitation des ressources naturelles ; en témoignent la faiblesse et la chute des recettes fiscales de l’État ainsi que les faibles montants attribués à la santé et à l’éducation de ses compatriotes. Il dénonce ainsi en 2014 un budget de 7.664 milliards de francs congolais qui représente à peu près 100 dollars par habitant et 0,27 dollar/hab/jour». Joignant les propositions à ses critiques, Samy Badibanga propose alors trois réformes pour changer le quotidien des Congolais :

  • La mise à l’étude par le Parlement d’une nouvelle réforme fiscale inspirée de la “flat tax” ou taxation à taux unique. Un taux d’imposition fixe rendrait indiscutable le montant de l’impôt dû. Au-delà de simplifier la gestion administrative des entreprises et les déclarations des particuliers, M. Badibanga considère que la flat tax est de nature à encourager l’investissement et la création d’emplois, de ramener les entreprises du secteur informel et surtout d’augmenter de façon considérable (de 80 % à 150 % en trois ans) les recettes de l’État et par conséquent le budget national au service des besoins sociaux, sanitaires et éducatifs de la RDC.
  • Une étude sur la faisabilité d’une fusion des régies des impôts sur le modèle des réformes mises en place au Ghana, à l’Ile Maurice et dans d’autres pays voisins de la RDC. Il souligne les résultats spectaculaires en termes d’augmentation des recettes fiscales.
  • La mise en place d’un fonds national de développement alimenté par les revenus d’exploitation des ressources naturelles. Dans une tribune à Jeune Afrique en janvier 2014, il en détaille les bénéfices : véritable fonds souverain sur le modèle des fonds norvégiens, qatari ou encore du Timor Oriental qui a accumulé environ 15 milliards de dollars de réserve depuis sa création en 2005, avec l’appui de l’agence de coopération norvégienne. Ce nouveau type de Fonds Souverain se rapproche du concept d’impact investing proposé par le pape François en juillet 2014. Ce fonds serait d’une part à objet économique et financier, alimenté par une partie des revenus d’exploitation des ressources naturelles et par des investisseurs internationaux institutionnels comme privés. Le fonds, basé sur une structure distincte de l’État, compterait, au sein de sa structure dirigeante, des représentants des partenaires internationaux de la RDC, de la société civile, de différents fonds souverains du monde, afin de garantir sa bonne gouvernance. Les revenus et intérêts produits par le fonds de développement financeraient le développement social de la RDC, consacrant ainsi l’idée que le peuple congolais, ses générations actuelles et futures sont en droit de s’attendre à ce que l’exploitation des immenses ressources naturelles de la RDC financent la santé, l’éducation, la protection sociale, besoins sociaux et autres services publics.

 Promotion de la gouvernance participative

Il affirme dans une tribune relayée par le journal Le Monde : « il faut donner une gouvernance participative au développement durable. Sans cela, de nombreux pays en développement, où vit la majorité de la population mondiale, en proie aux sécheresses, aux inondations et à l‘insécurité alimentaire, seront sans doute écartés ou auto-exclus du nouveau modèle de développement. Ce qui mettra en péril toute la transition écologique mondiale ». Il propose de stimuler la gouvernance participative par la création d’un index dénommé « Doing Inclusive » qui classerait les pays en mesurant la participation citoyenne aux affaires publiques de leur pays et aux initiatives de développement durable.

Il souhaite ainsi mieux répartir les pouvoirs et donc indirectement les richesses au sein de la République Démocratique du Congo mais aussi ailleurs. La gouvernance participative, concept relativement nouveau, est un modèle d’organisation au sein duquel s’opèrent un partage et une répartition équitable des pouvoirs, selon la volonté et les capacités des membres qui le composent. Si l’on veut que les citoyens s’impliquent dans la vie sociale, économique et écologique de leur pays, il faut qu’ils s’y sentent eux-mêmes impliqués. Il rappelle que le Congo détient à lui seul 13 % du potentiel hydroélectrique mondial sans que cela ne produise aucune faveur à ses habitants. « Il faut donner le pouvoir énergétique aux populations locales […] C’est grâce à l’énergie que pourront se développer les communications, source de vie sociale, d’innovation, de commerce et de paix. Les solutions d’en haut ne sont pas durables », rappelle-t-il.

 Préparation des élections de 2016

Il mène déjà un combat politique pour des élections libres, crédibles et démocratiques, et contre la révision de la Constitution de 2006 de la République démocratique du Congo en suscitant une double pression intérieure et extérieure sur la CENI (Commission Électorale Nationale Indépendante) et le pouvoir du président Joseph Kabila.

Sur le plan extérieur

Il tente d’utiliser tous les relais diplomatiques et médiatiques disponibles au niveau international. À sa demande, François Hollande rencontre Étienne Tshisekedi lors du sommet de la Francophonie le 13 octobre 2012. En février 2014, il en appelle à l’Union européenne lors d’une conférence au Parlement européen. Depuis, il multiplie ensuite les courriers aux ambassades et rencontres multiples pour demander à la Communauté internationale son attention et pression concernant la préparation des élections à venir. À la suite du sommet USA-Afrique, il cherche du soutien auprès de nombreuses personnalités politiques au département d’État des États-Unis.

Aux côtés du peuple congolais, il descend dans la rue le 19 janvier 2015 et suite à cela le Parlement retire l’article controversé de la loi électorale. Sous la pression populaire et internationale, un calendrier électoral global est alors publié par la CENI. Mais ce calendrier comprend toujours des zones d’ombres : les nouveau majeurs par exemple, moins de 23 ans, ne sont pas intégrés dans le nouveau fichier électoral soit l’exclusion de 31 % du corps électoral.

Samy Badibanga entame à cette fin une nouvelle tournée diplomatique pour que le soutien financier de la communauté internationale soit conditionné au respect de la Constitution (article 5) et de l’article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme faisant de la participation aux affaires publiques, par le vote, un droit fondamental. Il dénonce la corruption du fichier électoral (doublons, absence des nouveaux majeurs, non mise à disposition de l’ensemble du fichier), soutenu par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), il continue son combat.

Sur le plan interne

Après le dialogue politique national inclusif qui a abouti à un accord consensuel, le nouveau premier ministre Samy Badibanga aura la charge de conduire un gouvernement d’union nationale qui devra mener le pays vers des élections libres, démocratiques et apaisées, selon les termes reprises dans l’accord.

(Bernetel Makambo)

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