Répondant à la polémique sur l’association entre l’Eglise et les combattants de l’UDPS dans les marches, La CENCO lâche sans convaincre : « L’Eglise n’est inféodée à aucune organisation politique »

Want create site? With Free visual composer you can do it easy.

Comme annoncé, les évêques membres de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ont rendu publique leur déclaration, à l’issue de l’Assemblée plénière extraordinaire du 15 au 17 février 2018. Dans un document distribué à la presse hier par l’Abbé Nshole, Secrétaire général de la CENCO, près de vingt-deux pères évêques sont formels : « l’Eglise n’est inféodée à aucune organisation politique. Sa seule préoccupation, c’est de contribuer au bien-être du peuple congolais tout entier, à la sauvegarde et à la promotion de la dignité de la personne humaine, au respect de la vie, des libertés et des droits fondamentaux », indique la déclaration.

Comme on peut bien s’en rendre compte, la déclaration de la CENCO vient démentir les propos tenus dernièrement par Jean-Marc Kabund, Secrétaire général de l’UDPS, qui s’exprimait au sujet des marches dites pacifiques. « Nous sommes des associés. Nous avec l’Eglise catholique, c’est 50/50. L’église catholique nous offre le cadre que sont les paroisses et nous, nous offrons nos combattants, après nous allons tous à la marche », a-t-il fait savoir.

En prenant cette position, la CENCO a-t-elle dissuadé ceux qui pensent qu’elle prend fait et cause pour le Rassop/Limete ? Quelle est effectivement sa position par rapport à l’organisation des marches ? A cette question, la déclaration de la CENCO est claire, lorsqu’elle demande aux autorités compétentes d’annuler les édits interdisant les manifestations pacifiques, … Ce qui prouve de quel côté est la CENCO et pour qui elle roule.

Sinon, par rapport à la marche projetée le 25 février 2018 par le Comité Laïc de Coordination (CLC), les évêques ne condamnent pas l’organisation de cette marche, tout comme ils n’entrent pas dans l’opérationnalité de la marche. L’Abbé Nshole précise qu’il ne faut pas confondre les évêques et le CLC. Ce dernier est une structure ou association privée de l’Eglise catholique qui répond,  selon ses convictions, à l’appel des évêques. Même si la structure bénéficie d’un soutien moral des évêques, ceux-ci ne découragent pas leurs actions, ils sont là pour l’éveil des consciences.

Pouvons-nous réellement parler d’un bras de fer entre l’Eglise catholique et le pouvoir en place, vu les multiples marches organisées depuis un temps ? De même, un dialogue est-il possible entre les deux parties pour tenter d’aplanir les divergences ? L’Abbé Nshole ne croit  pas  que l’Eglise catholique ait un problème particulier contre le pouvoir. Il poursuit en disant que les évêques ont rappelé dans leur message  que l’Eglise n’est inféodée à aucune organisation politique, ni  celle  de la Majorité ni  de l’Opposition. Les évêques rappellent que leur seule  préoccupation, c’est d’apporter leur contribution au bien-être du peuple congolais, à la promotion de la dignité humaine, etc. Et ils ont clairement dit qu’ils ne vont pas céder  à la campagne de diffamation et d’intoxication. Et ne vont pas abandonner leur engagement pour l’avènement d’un état de droit,  c’est-à-dire, les principes et  des valeurs que les évêques sont entrain de défendre pour le bien-être du peuple congolais. Et de renchérir que les évêques ne sont pas dans la logique d’aller en guerre contre qui que ce soit ; mais ils invitent tout le monde à respecter ses valeurs qui sont éthiques, constitutionnelles et qui sont universellement reconnues.

Parmi les recommandations, signalons celle où la CENCO invite la CENI à lever l’équivoque et les suspicions autour de la « machine à voter », en acceptant sa certification par des experts nationaux et internationaux. Cette recommandation est une avancée par rapport à la position du départ. Les évêques qui ont été édifiés par Corneille Nangaa, président de la CENI, ont bel et bien compris le bien-fondé de cet instrument. Mais comment la faire passer devant les fidèles catholiques et d’autres Congolais ? Telle est la question. Raison pour laquelle elle a sollicité cette certification. Demande que le président de la CENI n’a guère rejetée, disant qu’il est disposé à recevoir toute aide pour l’organisation des élections ne pouvant pas déboucher aux conflits. Toutefois, Corneille Nangaa a insisté que la CENI est une institution indépendante et qu’au finish, c’est sa position qui s’imposera.

(Mamie Ngondo)

Ci-dessous la déclaration de la CENCO :

DECLARATION DE LA CONFERENCE EPISCOPALE

NATIONALE DU CONGO

A l’issue de l’Assemblée Plénière Extraordinaire du 15 au 17 février 2018

  1. Nous, Cardinal, Archevêques et Evêques, membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), réunis en Assemblée Plénière Extraordinaire à Kinshasa, du 15 au 17 février 2018, mus par la sollicitude pastorale à l’égard du Peuple congolais, partageons ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses (cf. Gaudium et Spes, n.l ).
  2. En moins de trois mois de notre dernière Assemblée Plénière Extraordinaire du 22 au 24 novembre 2017, nous nous sommes retrouvés encore une fois à cause de la persistance et de l’aggravation de la crise sociopolitique du pays.
  3. Corps du Christ, l’Eglise n’est inféodée à aucune organisation politique. Sa seule préoccupation, c’est de contribuer au bien-être du Peuple congolais tout entier, à la sauvegarde et à la promotion de la dignité de la personne humaine, 1 au respect de la vie, des libertés et des droits fondamentaux (cf. Gaudium et Spes, n. 76 §2).
  4. Suite aux appels constants de la CENCO, nous observons, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, un éveil de conscience du Peuple congolais et sa détermination à prendre son destin en main.

Constats douloureux

  1. Alors que nous sommes censés nous préparer à la tenue des élections en vue d’une alternance pacifique au pouvoir, nous sommes profondément inquiétés par des faits très graves et des attitudes hostiles. Il s’agit notamment de :

1°  La répression sanglante des marches pacifiques (le 31 décembre 2017 et le 21 janvier 2018)

Pourquoi tant de morts, de blessés, d’arrestations, d’enlèvements, d’attaques des paroisses et des communautés ecclésiastiques, d’humiliations, de tortures, d’intimidations, de profanations des églises, d’interdictions de prier? Quels crimes ont-Ils commis, ces chrétiens et citoyens congolais qui, pacifiquement, réclamaient l’application intégrale de l’Accord du 31 décembre 2016? Nous condamnons vivement la violence sanglante avec laquelle ces deux marches ont été réprimées.

2° La campagne de dénigrement et de diffamation de l’Eglise catholique et sa hiérarchie

La communauté tant nationale qu’internationale est témoin d’une série de campagnes d’intoxication, de dénigrement, voire de diffamation visant à affaiblir la force morale de l’Eglise, particulièrement de Son Eminence Laurent Cardinal MONSENGWO, et à détourner l’attention du Peuple de vrais enjeux.  Nous réaffirmons notre soutien et notre proximité au Cardinal Archevêque de Kinshasa. Inébranlables dans notre foi en Jésus-Christ, Roi de l’univers, et fidèles à notre mission prophétique, nous n’abandonnerons jamais notre engagement pour l’avènement d’un Etat de droit en République Démocratique du Congo.

3° L’extension inquiétante des zones d’insécurité

Nous sommes profondément préoccupés de voir s’étendre progressivement les zones d’insécurité dans différentes provinces. Comme récemment dans le Grand Kasaï, dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, en lturi, la présence des assaillants qui sèment la mort et la désolation, fait penser à la mise en œuvre d’un plan d’occupation et de balkanisation constamment dénoncé. Dans les Provinces du Kwango et du Kwilu, la présence d’« éleveurs étranges» et armés avec leurs troupeaux de vaches entretient un climat d’inquiétude et d’insécurité au sein de la population. A ce stade du processus électoral, on est en droit de se demander: à qui profite cette déstabilisation du pays?

4° L’Application sélective et biaisée des dispositions de l’Accord de la Saint-Sylvestre

Peut-on prétendre se préparer aux élections apaisées et passer outre les dispositions de l’Accord de la Saint-Sylvestre qui en sont les préalables? S’obstiner sur cette voie ne peut que conduire à des élections contestables et à de nouvelles crises. Nous en appelons au sens de responsabilité de tous et de chacun.

5° La polémique autour de la « machine à voter»

Nous sommes perplexes du fait que le projet de la « machine à voter» lancé par la CENI ne fait pas l’unanimité de la classe politique et ne rassure pas la population. Ce fait augure la contestation des résultats.

Recommandations

  1. La CENCO réaffirme l’urgence d’aller aux élections en 2018 et demande avec insistance J’application intégrale et effective des dispositions en souffrance de 1’Accord de la Saint-Sylvestre, notamment: le parachèvement des mesures de décrispation du climat politique, la redynamisation de la CE NI, les dispositions relatives au Conseil Supérieur de H’ Audiovisuel et de la Communication (CSAC).
  2. Elle demande aux autorités compétentes de :
  • Annuler les édits interdisant les manifestations pacifiques, engager des poursuites judiciaires à l’encontre de ceux qui ont commis des actes délictueux à l’occasion des marches organisées par le Comité Laïc de Coordination (CLC) et prendre des dispositions appropriées pour encadrer les marches pacifiques, comme cela se fait sous d’autres cieux.
  • Arrêter les poursuites et les menaces à l’endroit des organisateurs des marches pacifiques qui n’ont fait qu’exercer leurs droits reconnus par la Constitution.
  • Rendre crédible et effective l’autorité de l’Etat pour sauvegarder l’intégrité du territoire national, protéger les frontières et assurer la sécurité de la population ainsi que de ses biens.
  1. La CENCO invite la CENI à lever l’équivoque et les suspicions autour de la «machine à voter» en acceptant sa certification par des experts nationaux et internationaux.
  2. Au Peuple congolais, la CENCO recommande de demeurer débout et vigilant, de prendre son destin en main notamment par la prière et par des initiatives de nature à barrer pacifiquement la route à toute tentative de confiscation ou de prise de pouvoir par des voies non démocratiques et anticonstitutionnelles.
  3. A la Communauté internationale, la CENCO demande de continuer à accompagner la République Démocratique du Congo dans le processus électoral et à placer le bien du Peuple congolais au-dessus de ses intérêts.

Conclusion

  1. Nous rendons hommage aux morts, aux blessés, et exprimons notre proximité et compassion aux familles éprouvées par la perte des leurs durant les marches du 31 décembre 2017 et du 21 janvier 2018.
  2. La République Démocratique du Congo appartient à tous ses filles et fils; c’est un droit et un devoir de tous de combattre tout ce qui peut hypothéquer son avenir. A dix mois des scrutins, nous en appelons, une fois de plus, à la responsabilité des personnes et des institutions chargées de la préparation et de l’organisation des élections pour l’intérêt supérieur de la Nation.
  3. Que par l’intercession de la Sainte Vierge Marie, Notre Dame du Congo et Reine de la paix, Dieu bénisse la République Démocratique du Congo et son Peuple.

Fait à Kinshasa, le 17 février 2018

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.

PAS DE COMMENTAIRE

Laisser une Réponse