Ramener le taux de change de 1600 Fc à 1000 Fc: Pari risqué de Bruno Tshibala

Par quelle magie le Gouvernement du Premier ministre Bruno Tshibala se propose-t-il de ramener le taux de change de presque 1600 Fc aujourd’hui pour 1 dollar américain, à 1000 Fc? Cette question a alimenté les débats dans les réseaux sociaux et dans les salons huppés de la ville province de Kinshasa. Mais des nouvelles en provenance de la Primature renseignent que Bruno Tshibala est déterminé à freiner l’élan de la dépréciation du Franc congolais, en ramenant le taux de change à 1000 Franc congolais pour 1 dollar américain. C’est en vue d’arrêter des stratégies idoines que le Directeur de cabinet du chef du gouvernement, le Professeur Michel Nsomue Nsomue a tenu, mercredi 12 juillet 2017, une importante séance de travail avec les directeurs de cabinet adjoints, réunion élargie aux conseillers principaux, conseillers techniques spéciaux et responsables des cellules rattachées au cabinet.

Cette réunion de plus de trois heures n’avait rien d’ordinaire, parce qu’elle devait permettre de trouver des mécanismes, inverser les tendances et stabiliser l’économie nationale. Dans la salle du Conseil des ministres, le Dircab de Tshibala a, avec son équipe, fait le diagnostic sans complaisance de la situation économique du pays et proposé une thérapie. Face à la dépréciation de la monnaie nationale, le Gouvernement Tshibala veut inverser les tendances en redonnant confiance au Franc congolais. Il sied de signaler qu’aucune question n’a échappé à cet examen minutieux de la situation économique du pays. Tous les paramètres ont été évoqués et des réponses appropriées proposées. Et bientôt, des mesures importantes seront prises pour stabiliser la monnaie.

Selon le Conseiller principal au Collège Economie, portefeuille et bonne gouvernance, André Kayembe, pour y arriver, le gouvernement va travailler en collaboration avec l’autorité monétaire qu’est la Banque centrale du Congo (BCC) et cela va se faire au courant de ce mois de juillet. Bientôt, a indiqué André Kayembe, une commission sera mise en place et plusieurs mesures efficaces sont en chantier, en vue de ramener le taux de change de la monnaie nationale, actuellement de 1570 francs congolais sur le marché parallèle, à 1 000 fc

Par où commencer ?

Bruno Tshibala qui vient de l’opposition, précisément du Rassemblement, a besoin des actions d’éclat pour s’attirer la sympathie de la population. Une population dont le pouvoir d’achat s’effrite du jour au jour, au détriment du panier ou du sachet de la ménagère. Même si à l’issue de la réunion d’hier à la Primature, la presse n’a pas pu glaner plus d’informations à ce sujet, disons qu’au regard du contexte national et international, nombreux sont les Congolais qui veulent savoir par où va commencer le Gouvernement, pour ramener le taux de change de pratiquement 1600 Fc contre 1 dollar américain, à 1000 Fc. Nombreuses pistes sont proposées, mais aux résultats incertains, en attendant que le Gouvernement de la République propose les siennes. Il s’agit par exemple du recours aux appuis budgétaires, la diversification de l’économie, le rapatriement des recettes par les entreprises minières, la planche à billet, etc.

Disons que la politique d’appui à la balance de paiement a démontré ses limites, d’autant plus que le Fonds monétaire international (FMI) ne pouvait pas s’écarter de ce que pense toute la communauté internationale sur la Rd Congo. Raison pour laquelle des conditionnalités politiques ont été avancées, avec en tête la stabilité du pays, mieux l’application sans équivoque de l’Accord du 31 décembre 2016. Si tel est le code partagé par tout le monde, il sera difficile pour la Rd Congo, à moyen terme, de tirer profit de ces appuis budgétaires pour renforcer les réserves internationales de change de la Banque centrale du Congo (BCC).

La diversification économique a toujours été présente dans les discours officiels, mais peu d’efforts ont été fournis jusque-là pour la concrétiser. Et pourtant, le Gouverneur de la Banque centrale du Congo n’a cessé de s’adresser au Gouvernement, qui tirerait profit dans la diversification économique et dans l’industrialisation du pays. Ce dernier a un déficit criant en termes d’industries, et ne peut prétendre stabiliser son économie du moment où il ne se sera pas doté de vraies unités de production et d’utilisation de la main-d’œuvre.

Comme la société civile n’a cessé de le fustiger, le Gouvernement congolais a malheureusement attendu qu’il soit en difficulté, mieux qu’il manque de liquidités pour demander aux miniers de s’exécuter. Pourquoi ne pas alors utiliser les moyens dont on dispose pour mobiliser plus de recettes au Trésor public ? Pourquoi ce laxisme dans l’application de la loi ? Sinon, on ne peut pas vouloir une chose et son contraire à la fois.

Derrière cette obligation légale de rapatrier 40% de la vente de minéraux à l’étranger, la Rd Congo pourrait aussi tirer profit de l’embellie au niveau du marché international, où les cours des principales matières premières sont entrain de s’apprécier. Ce sont des gains dont le pays ne peut bénéficier immédiatement. Voilà pourquoi, entre-temps, il doit inventer des stratégies pour arrêter la dégringolade du Franc congolais, la monnaie nationale. C’est ici que certains fustigent les adjudications opérées par la Banque centrale, qui n’ont pas produit à ce jour de résultats escomptés. Comme conséquence, il y a toujours trop plein de liquidités en franc congolais sur le marché, la population, n’étant plus confiante au système bancaire, préfère garder ses devises à la maison.

Allons-nous alors recourir à la planche à billets de triste mémoire, pour financer certaines dépenses urgentes ? Telle est la question qui reste pendante, surtout lorsqu’on sait que d’une semaine à l’autre, l’inflation ne fait que galoper, causée par la dépréciation du franc congolais sur le marché. Peut-être que le Gouvernement va recourir à l’adage qui dit : « à l’impossible nul n’est tenu ». Mais le cas échéant, à ses risques et périls.

(Jean-Marie Nkambua)

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