Qui pleure encore ses morts à Kinshasa ?

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Une vue de la dépouille de papa Wemba à Molokayi.Ph/l' avenir
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Vous est-il arrivé d’aller dans un deuil organisé ici à Kinshasa ? Beaucoup peuvent répondre par l’affirmative. Vous êtes donc en mesure de reconnaître ce que nous décrirons dans les lignes qui suivent. Faut-il parler des funérailles ou carrément d’une fête en bonne et due forme ?

En effet, dès qu’une famille apprend la mort de son proche (père, mère, frère, sœur, cousin, beau-frère …), les préparatifs commencent. Un petit comité est constitué pour tout préparer. La mobilisation des fonds s’ensuit immédiatement. Et tous les moyens sont bons pour maximiser ces moyens : la famille cotise, quémande, sollicite, mendie…pour atteindre la somme escomptée qui permettra d’acheter outre le cercueil ( souvent de luxe, le Kinois étant un m’as-tu vu), le caveau d’honneur dans un cimetière réputé, louer une salle de grand standing, louer le meilleur service de gardiennage pour la circonstance, confectionner les uniformes, imprimer les badges et les programmes, prévoir le rafraichissement et les amuse-gueules, … Bref, une véritable fête avec un budget costaud qui n’a rien à voir avec le montant qu’exigeaient les soins de l’homme ou de la femme décédée.

Les deux jours de funérailles (levée du corps et enterrement) sont un moment adoré par le Kinois. Vêtu en costume ou robe noir, le Kinois n’oublie jamais sa paire de lunettes noires qui lui permet de cacher les yeux larmoyants. Fini le temps de l’émotion visible (les larmes ne doivent pour rien ôter le maquillage de la Kinoise qui y tient le plus sérieusement du monde). Une occasion de déposer la gerbe de fleurs sous le regard admirateur et parfois interrogateur de l’assistance. Il faut être un boss tel ou grand prêtremère telle pour être cité nommément lorsqu’on dépose sa gerbe de fleurs sous une musique chauffée pour la circonstance. Chacun est dans son 31, propre au possible. Les chapeaux-dames rivalisent ainsi que les hauts talons. L’assistance a tout le temps pour critiquer les mal coiffés et les mal habillés. Trop peu de compassion, on critique tout : du cercueil au caveau en passant par l’accoutrement de la famille éplorée. Gare aux absents. Ils sont qualifiés de tous les noms et condamnés sans jugement. Malheur à ceux qui au nom d’une certaine morale ou conviction religieuse veulent faire le contraire.

Où est passé l’émotion ?

« O tempora o mores », disaient les latins. « Autre temps, autres mœurs », dit-on. Il y a quelques décennies, l’on savait en Rdc faire la part de choses : pleurer avec les éprouvés et danser avec ceux qui fêtent. Mais aujourd’hui, c’est la confusion la plus totale. On exige tacitement à la famille éprouvée de danser autour du cercueil avant l’enterrement. Comment danser quand on a perdu un être cher ? Il y a même pire : la comédie. Plus d’une fois le soir, un ou deux comédiens sont autorisés à passer au micro pour distiller des blagues de mauvais goût qui n’ont rien à voir avec le deuil. Ces minables comédiens ne mesurent même pas l’ampleur de la tristesse de ceux qui sont présents ayant perdu un père ou une mère qui faisait tout pour eux. L’on ne peut pas accepter une comédie pendant que son père ou sa mère est étalé, inerte et qu’il n’a plus le souffle de vie. Aucun respect pour le mort. Pendant que le prêtre ou le pasteur essaie d’amener l’assistance dans la méditation et la prière, il y a des groupes de gens qui crient des insanités bravant l’ordre établi.

Chacun tente de pleurer en civilisé. Avec un gros mouchoir, sous des lunettes fumées, dissimilant ses larmes. Et ces mêmes personnes se mettent à danser de tous leurs corps aussitôt le corps inhumé. On oublie tout, on passe de la tristesse à la joie en une fraction de secondes. Et le gestionnaire des enveloppes du deuil trouve là, l’occasion de s’enrichir. Souvent, la veuve est abandonnée à son triste sort au retour du cimetière. Tout le monde mange, boit et se disperse tel un oiseau migrateur. Un monde matérialiste et sans pitié. A présent, seul une poignée des membres de la famille doit faire face à l’ensemble des dépenses occasionnées par ces funérailles ou chacun tenait à démontrer ce qu’il est dans la vie…

(Simon Kabamba)

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