Que signifient les sanctions de l’Union européenne contre la RDC?

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Bien que le Congo ait connu deux négociations qui ont aboutit à un gouvernement d’union nationale comprenant des membres de la majorité et de l’opposition. Et qu’un accord soit intervenu à propos des violences au Kasaï avec la famille du chef coutumier des Kamuina Nsapu, le Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne a pris ce lundi 29 mai des sanctions contre 9 personnalités congolaises. Quel but poursuit l’Europe ?

Tony Busselen

Depuis début mai la République Démocratique du Congo a un nouveau gouvernement, c’est le deuxième gouvernement dans un délai de 4 mois. Le gouvernement précédent avait été formé le 19 décembre 2016, après de laborieuses  négociations qui ont mené à un accord en octobre. Les occidentaux n’étaient pas satisfaits de cet accord et exigeaient un nouveau tour de négociations avec la participation cette fois-ci d’un groupe de l’opposition qui s’était formé en juillet de l’année passée dans la petite ville Genval en Belgique. Le gouvernement Congolais acceptait la demande et un deuxième tour de négociations menait à un nouvel accord dans la nuit du 31 décembre. Aussi bien le premier que le deuxième accord impliquait que le Président Kabila ne se serait pas candidat pour un troisième mandat. Un gouvernement avec la participation aussi bien de l’opposition que de la majorité devrait rendre possible l’organisation d’élections dans des bonnes conditions.

Le premier accord prévoyait les élections pour mars 2018, le deuxième accord avançait ces élections vers décembre 2017. Le deuxième accord se différenciait du premier car il était signé également par le groupe de Genval et qu’un Conseil National de Suivi de l’Accord (CNSA) serait mis sur pied pour contrôler l’exécution du dit l’accord. Il ne restait plus qu’à négocier un « Arrangement Particulier » sur la composition précise du gouvernement et du CNSA. Et là ca bloquait de nouveau pour trois raisons.
D’abord, il y avait un noyau dur dans le groupe de Genval qui refusait tout accord. Il était composé du fils du dirigeant historique de l’opposition, Felix Tshisekedi, et quelques grandes têtes politiques qui avaient quitté la majorité présidentielle en septembre 2015 dont  Moïse Katumbi. Ce richissime homme d’affaires et ancien gouverneur du Katanga est mis en avant par les Occidentaux comme le plus important candidat pour les élections présidentielles prochaines.
Ensuite Etienne Tshisekedi qui était prévu comme président du CNSA est décédé entre-temps.
Enfin le groupe de Genval se scindait en deux. Une partie importante de l’UDPS (le parti du feu Etienne Tshisekedi) et ses alliés refusaient l’attitude intransigeante du reste du groupe et acceptait de négocier au nom du groupe de Genval.
Le 27 avril, ils signaient avec les autres forces politiques l’arrangement particulier, comme prévu dans l’accord de décembre. Concrètement le gouvernement qui était sorti du premier accord était élargi avec des membres du groupe de Genval qui avaient signé l’Arrangement particulier. Bruno Tshibala, un homme qui a milité pendant 37 ans à côté de Tshisekedi dès le tout début de l’UDPS était nommé premier ministre et présentait son gouvernement et son programme le 13 mai au Parlement congolais.

 L’Union Européenne prend des sanctions

Lundi 29 mai 2017, le conseil des affaires étrangères de l’UE prenait des sanctions contre neufs personnalités Congolaises. Dans une brève déclaration le texte consacre un paragraphe par personne pour motiver la sanction. Il n’y a aucun droit à la défense. Les personnes visées sont deux ministres en fonction, celui des affaires intérieures et celui de l’information, le chef du service national de sécurité, deux gouverneurs provinciaux, deux officiers de l’armée et un dirigeant d’une milice Katangaise.
Dans son texte, le Conseil de l’UE explique que les sanctions sont liées à l’obstruction du processus des élections, l’exécution de l’accord de décembre et des violations des droits d l’homme. Le Conseil ajoute que des mesures supplémentaires pourraient suivre ou au contraire peuvent être partiellement ou complètement retirés selon que « la situation politique évolue d’une façon positive ou négative ».
Le Conseil de l’UE exprime que les violences au Kasaï sont uniquement de la responsabilité du  gouvernement. Sur les responsabilités des milices locales et de bandits, rien n’est dit. Pourtant aujourd’hui, le 31 mai, radio Okapi note que les chefs coutumier se plaignent que depuis le début de cette année déjà 20 chefs coutumier ont été décapités par la milice locale de Kamuina Nsapu. “Ces sanctions donnent un chèque blanc aux milices et aux bandits. Pour l’UE ils ne sont que des victimes du seul bourreau : l’état congolais” écrit un blogueur congolais en colère. Que, par exemple, le ministre des affaires intérieures, Shadari Ramazani, soit un des personnes visées par les sanctions, étonne. Depuis le début de son mandat il est allé négocier avec la famille du chef coutumier des Kamuina Nsapu. Avec succès. Le jour même des sanctions, le Président Kabila voyageait au Kasaï pour y parler avec le nouveau chef coutumier et la population locale.
Autre exemple qui démontre l’arbitraire dans ces sanctions, c’est le ministre de l’information, Lambert Mende, qui est parmi les personnes visées. Ainsi l’UE vise directement celui qui défend la politique du gouvernement et qui riposte aux critiques à cette politique. Ainsi, on peut poser des questions qui démontrent l’arbitraire et le flou des accusations contre les 9 personnalités visées, qui n’ont même pas eu droit à a défense.

L’ingérence met de l’huile sur le feu

En prenant ces sanctions, l’UE continu sa politique grossière d’ingérence dans la vie politique au Congo. Depuis la formation du groupe d’opposition radicale dans le village belge de Genval en été 2016, l’Union Européenne prend régulièrement des positions identiques à celles du groupe de l’opposition. Même quand ce groupe se divisait en morceaux et quand la majorité présidentielle signait des accords avec le reste de l’opposition, l’UE s’entêtait à appuyer le noyau le plus radical. Concrètement, pour satisfaire l’Union Européenne, il faudrait que demain Felix Tshisekedi, fils de l’opposant connu, soit nommé premier ministre. Et que Pierre Lumbi, le transfuge qui était jusqu’en septembre 2015 le conseiller de sécurité national du Président, devient Président du CNSA, l’organe de contrôle du processus électoral.
Par contre, que les autorités congolaises aient quand même osé former un gouvernement, avec la participation de tous les autres opposants, c’est dans les yeux de l’UE impardonnable.  Le gouvernement de Bruno Tshibala déposait le 27 mai un budget pour l’année 2017 au parlement dans lequel il prévoit 760 millions de dollars pour l’organisation des élections. Mais surtout une phrase de son programme gouvernemental doit sans doute beaucoup déplaire à l’UE : “Éviter que l’aide matérielle et financière qui viendrait de nos partenaires extérieures pour l’organisation des élections ne soit pas une occasion de s’ingérer dans les affaires intérieures de la RDC.”

Le processus électoral risque d’être sérieusement contrarié

L’union Européenne exige que les élections soient organisées dans les plus brefs délais. Mais en soutenant envers et contre tout les plus intransigeants de l’opposition, elle rend l’organisation des élections plus difficile et met la stabilité du pays en danger. Car à force de vouloir installer à la tête de l’Etat congolais des pouvoirs antagoniques, la conséquence sera de mener à un chaos comme dans la période 2003-2006. A cette époque, le camp nationalistes et les rebelles devaient se partager le pouvoir, avec un système 1+4 (un Président et quatre vice-présidents). Dans les faits, le pays se trouvait alors partiellement sous tutelle occidentale.
Entre temps les préparations des élections continuent comme prévu : la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a déjà enrôle 24 millions d’électeurs, ce qui est pratiquement le nombre d’électeurs en 2006, et ils ne sont qu’à la moitié du chemin. Tous les partis, dont l’UDPS de Felix Tshisekedi, ont appelé la semaine passée leurs membres de se faire enrôles et de mobiliser la population lorsque la CENI a lancé l’enrôlement d’électeurs à Kinshasa.
Mais l’UE continue à mettre la pression et à jeter de l’huile sur le feu au nom … de l’organisation des élections. La date et les conditions de ces élections divisent le pays déjà depuis mai 2014. A l’époque déjà, John Kerry, l’ancien vice-président des Etats-Unis était arrivé à Kinshasa pour y déposer un ultimatum. Depuis lors l’Occident ne laisse plus aucun doute : après 2016 Kabila devrait partir. L’occident n’acceptera même pas un nouveau président qui sortirait du camp politique de la majorité actuelle. Sous Kabila la Chine est devenu le partenaire commercial le plus important. Et aussi en ce qui concerne les investissements, les multinationales occidentales ont perdu de part de marché. Pour l’UE c’est le vrai problème à résoudre. Le soi-disant « souci » hypocrite pour les droits démocratiques du peuple congolais ne forme que la justification de leur ingérence et cache leur vrai agenda.

Ces sanctions vont rencontrer une grande résistance

Avec cette politique d’ingérence et de sanctions, nous retrouvons l’arbitraire colonial du siècle passé. Quand chaque volonté d’indépendance réelle était réprimée avec force ou avec des intrigues en instrumentalisant certains dirigeants congolais au service de la puissance coloniale.
Le problème pour l’UE est que le monde et l’Afrique ont changé. C’est ce qui ressort aussi des premières réactions au Congo même. Plusieurs articles parlent de ces sanctions et réfèrent à la période colonial. On fait la comparaison avec les ingérences occidentales en Libye et en Somalie qui ont laissé ces pays dans le chaos. Le gouvernement congolais a déjà fait savoir que ces sanctions étaient « inacceptables ». Au moment que nous écrivons cet article la réaction officielle du gouvernement congolais n’est pas encore connu. Mais lors des dernières sanctions, le gouvernement du Congo avait mis fin à la coopération militaire bilatérale avec la Belgique. On peut donc s’attendre à des réactions sérieuses.
Au sein de l’Union Africaine et les autres gouvernements africains, ces pratiques ne sont plus acceptées non plus. Les gouvernements africains savent que les problèmes en RDC sont importants. Mais ils connaissent la réalité africaine et ils savent que sous un régime de tutelle occidentale et de sanctions, les problèmes ne peuvent que s’accroître. Le pays voisin important qui est l’Angola a fait ces dernières semaines des déclarations critiques envers la situation politique en RDC et envers la situation au Kasaï. Mais le ministre angolais des affaires étrangères, Georges Chikoti, n’a pas laissé l’ombre d’un doute sur son attitude vis-à-vis de ces sanctions. Mardi 30 mai il déclarait : « on ne peut pas résoudre les problèmes congolais avec le recours aux sanctions précoces. L’UA va se réunir pour analyser et prendre une position qui irait dans le sens de soutenir la RDC et s’opposer à ces sanctions. »

L’Avenir

 

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