Publication prématurée et inopportune d’un rapport sur le Kasaï: La Rdc redoute une instrumentalisation de l’ONU

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Informé de la publication du rapport de la mission effectuée en juin dernier en Angola auprès des réfugiés ayant fui les événements sanglants dans les provinces du Kasaï, le Gouvernement de la Rdc ne comprend pas comment cette structure de l’ONU peut violer sa propre Résolution prise à l’occasion de la 25ème Session du Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies à Genève. Voilà qui pousse le Gouvernement congolais à qualifier de « prématurée et inopportune » la publication d’un quelconque rapport sur des témoignages peu crédibles, non vérifiés et recueillis unilatéralement par le Haut commissariat aux Droits de l’homme des Nations-Unies auprès des refugiés ayant fui la crise dans le Kasaï pour l’étranger. Pour lui, en effet, pareille démarche renforce les suspicions quant à la neutralité du Haut commissaire des Nations-Unies aux Droits de l’Homme et la volonté de certaines puissances étrangères hostiles à vouloir instrumentaliser ce dernier pour déstabiliser les Institutions congolaises en place. Au regard de tout ce qui précède, la Rdc ne s’en tient qu’aux dispositions pertinentes pré-rappelées de la Résolution 35/33 du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Plus de 250 personnes ont été victimes d’exécutions sauvages entre mars et juin au Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo. Parmi ces victimes figurent 62 enfants, dont 30 avaient moins de 8 ans, indique un communiqué du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, publié vendredi dernier à Genève. Selon cette équipe d’enquêteurs onusiens, les exécutions ont été soit « extrajudiciaires » et commises par des agents de l’Etat, soit commises par des milices de tous bords ou des rebelles.

La violence qui sévit dans le Grand Kasaï, en RDC, a pris une dimension ethnique inquiétante. Selon le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, les informations recueillies durant le mois de juin par une équipe d’enquêteurs des Nations Unies suggèrent que par leur nature et leur échelle, certaines des violations des droits de l’homme et abus commis pourraient constituer des crimes contre l’humanité.

Les exécutions ont été commises entre le 12 mars et le 19 juin, précise le Haut-commissariat, qui ajoute que sa Mission en RDC a recensé «au moins 80 charniers dans la région». Le rapport se fonde sur des entretiens menés par les enquêteurs avec 96 personnes, qui ont fui vers l’Angola voisin, pour échapper aux violences en cours au Kasaï. Les personnes interrogées ont indiqué que les forces de l’ordre locales et d’autres agents de l’État ont activement fomenté, alimenté et parfois même dirigé des attaques sur la base de l’appartenance ethnique.

L’équipe a vu des personnes gravement blessées ou mutilées, dont un garçon de sept ans amputé de plusieurs doigts et totalement défiguré. Une femme dont le bras avait été coupé a raconté comment elle a réussi à s’échapper, en se cachant plusieurs jours dans la forêt avant d’atteindre la frontière angolaise et d’être évacuée par les airs et transportée à l’hôpital. Certains réfugiés ont supplié l’équipe des Nations Unies d’écouter leurs témoignages, et deux des personnes interrogées sont décédées peu après, de leurs blessures.

« Les survivants ont évoqué les cris de personnes brûlées vives, la vision de leurs proches traqués puis abattus, et leur propre fuite, terrorisés », a d’ailleurs déclaré le Haut-commissaire aux droits de l’Homme Zeid Ra’ad al Hussein. « Ces bains de sang sont d’autant plus terrifiants qu’il semblerait que les populations sont toujours plus souvent ciblées en raison de leur appartenance ethnique », a-t-il ajouté. Face à l’ampleur des abus, le Haut-commissaire adresse un «avertissement très sérieux» au gouvernement de la RDC, «afin d’agir sans délai pour empêcher que cette violence ne bascule dans un processus de purification ethnique à plus grande échelle». Le chef des droits de l’homme de l’ONU appelle ainsi Kinshasa « à prendre toutes les mesures nécessaires pour s’acquitter de son obligation première de protection des personnes de toutes origines ethniques dans le Grand Kasaï.»

L’équipe a aussi recueilli des témoignages de viols et d’autres formes de violence sexuelle. Tous les faits documentés par l’équipe de l’ONU impliquent des garçons et filles, âgés de 7 à 13 ans, engagés comme combattants par les Kamwina Nsapu. Des témoins ont également rapporté que des groupes de filles, les «Lamama», accompagnaient la milice, agitant leurs jupes de paille et buvant le sang des victimes dans le cadre d’un rituel magique censé rendre le groupe invincible.

Face à cette situation, les services du Haut-commissaire soulignent la nécessité pour l’équipe d’experts internationaux sur la situation dans la région du Kasaï, établie en juin dernier par le Conseil des droits de l’homme, de se voir accordé un accès sûr et sans restriction aux informations, aux sites et aux personnes nécessaires dans le cadre de leur mission.

Ci-dessous le communiqué de presse du Gouvernement :

(JMNK)

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

Dans une réaction à la publication par Monsieur Zeid Rad/ad AI Hussein, Haut Commissaire des Nations-Unies aux Droits de l’Homme à Genève du rapport de la mission effectuée en juin dernier en Angola auprès des réfugiés ayant fui les évènements sanglants dans les provinces du Kasaï, le Gouvernement de la RDC sous la signature de son Ministre des Droits Humains, Mme Marie Ange Mushobekwa a déclaré ce qui suit:

  1. Les autorités Congolaises ont reçu le 27 juillet 2017 ledit rapport du HCDH pour commentaires préalables là sa publication;
  2. A la suite des violences liées au phénomène Kamuina Nsapu, les autorités congolaises ont rappelé qu’elles avaient sollicité et obtenu de la 35ème Session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies à Genève une assistance technique en vue de leur permettre d’identifier au moyen des enquêtes conjointes les auteurs présumés des violences et abus commis sur tout l’espace du Kasaï. Il s’agit de la Résolution 35/33 prescrivant au Haut Commissaire des Nations-Unies aux Droits de l’Homme de dépêcher une équipe d’experts internationaux pour accomplir, conjointement avec les experts nationaux congolais et de l’Union Africaine la compilation des faits et des circonstances afin de les communiquer aux autorités judiciaires de la RDC dans le but de voir les auteurs de ces crimes déférés devant les juridictions compétentes de la RDC ;
  3. En exécution de cette Résolution, le Haut Commissaire a désigné le 19 juillet 20117 3 experts en chef et 19 autres experts pour le compte du Secrétariat Technique attendus en RDC pour le 3 septembre prochain, tandis que le Gouvernement congolais lui a communiqué le 27 juillet les termes de référence devant régir la collaboration entre les deux équipes;
  4. Vu ce qui précède, le Gouvernement congolais a donc jugé prématuré et inopportun à ce stade de publier un quelconque rapport sur des témoignages peu crédibles, non vérifiés et recueillis unilatéralement par le Haut commissariat aux Droits ce l’homme des Nations-Unis auprès des refugiés ayant à l’étranger fui la crise dans le Kasaï.

Pour le Gouvernement congolais, pareille démarche renforce les suspicions quant à la neutralité du Haut commissaire des Nations-Unies aux Droits de l’Homme et la volonté de certaines puissances étrangères hostiles à vouloir instrumentaliser ce dernier pour déstabiliser les Institutions Congolaises.

La RDC s’en tient aux dispositions pertinentes pré-rappelées de la Résolution 35/33 du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Fait à Kinshasa le 4 Août 2011

Lambert MENDE OMALANGA

 

Porte-parole du Gouvernement

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