Province du Kasaï, Tshikapa : le site de l’«Association Tuluile Bantu» dévasté

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Le site de l’«Association Tuluile Bantu, ATUBA », littéralement traduire de tshiluba ‘’Défendons les peuples’’, une association militant en effet en faveur de la promotion et la défense des droits humains en Afrique, dans le territoire de Tshikapa, province du Kasaï,  vient d’être sauvagement visité. L’événement malheureux a eu lieu en date du jeudi 26 mai 2017, vers 3 h00 du matin. D’incontestables  témoignages attribuent unanimement cet acte lâche et ignoble à un groupe d’hommes en uniforme, non autrement identifiés, mais très organisés et visiblement chargés d’une mission dévastatrice en provenance de Ngulungu et Kalunga, deux villages Pende.

A en croire un prélat doublé de notable de ce coin, l’abbé Clément Kayembe Lubombo, ces hommes, armés jusqu’aux dents, ont été conduits sur les lieux par MM. Mukasa et Martin Bipulu Kombe, respectivement Administrateur général (AG) et Infirmier titulaire de l’hôpital secondaire Tuluile Bantu, tous de la tribu de Pende et Lele  venus, de l’autre rive de la rivière Kasaï. Ils ont donc envahi la cité de Tshimanyi (Makumbi) et, mandatés pour une destruction méchante,  tout le patrimoine a été systématique et sauvagement réduit à sa simple expression.

Une perte inestimable

Le patrimoine de l’ATUBA est unique dans l’histoire du territoire de Tshikapa. Ce, depuis le départ des Blancs en 1960, année de l’indépendance de la Rd Congo. L’œuvre est initiée, il y a 20 ans, par le Docteur Clément Kayembe Lubombo, un digne  fils du pays, Prêtre du Diocèse de Luebo.

L’ATUBA qui existe depuis 1997, ne fonctionne pas dans la clandestinité. Elle est dotée d’une personnalité juridique N° 113/CAB/MIN/J/2006 du 06 mai 2006 et mérite de ce fait protection et autres avantages dus aux ASBL congolaises.

Avant le 26 mai dernier, le site de l’ATUBA comptait en son sein des infrastructures importantes pour le développement du pays dans divers secteurs. Dans le secteur de la santé, un hôpital, un dispensaire, une maternité, une pharmacie et un système de forages pour la desserte en eau portable,… n’existent plus aujourd’hui que de nom. Dans le secteur de l’éducation, l’Ecole primaire et secondaire, l’Institut technique médical (ITM) et l’Institut supérieur pédagogique (ISP) de Kabambayi, avec plus de  350 étudiants pour l’année académique en cours, ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Qui pis est, même le secteur religieux est touché : l’Eglise catholique érigée sur les lieux a été saccagée.

Une dévastation générale

Ce groupe d’hommes en uniforme a « détruit d’une façon cruelle et criminelle notre patrimoine en vidant toutes nos maisons de leurs  meubles », a déclaré le prélat, larmes aux yeux. Tout compte fait avec  la désolation,  350 lits  et matelas, plusieurs centaines de chaises, 40 panneaux solaires, du matériel hospitalier performant, la toiture de l’hôpital trouée au moyen des armes, des produits pharmaceutiques et du  matériel de laboratoire de l’ITM et de l’hôpital emportés, une imposante bibliothèque de l’ISP contenant plus de 10.000 ouvrages en feu, et beaucoup d’autres ouvrages emportés. Comme si cela ne suffisait pas, le Secrétariat général et le bureau du Directeur général ont été vidés. Quatre groupes électrogènes ont pris une destination inconnue. Un tracteur agricole et une moto Yamaha ont été incendiés.

Mais au-delà de cette effroyable besogne des hommes qui ont du gravier en lieu et place de cœur, après avoir pillé et détruit tout ce patrimoine, les inciviques ont mis du feu à toutes les cabanes du grand village de Makumbi, assassinant aussi un des habitants pourtant malade. Cette grande tragédie a fait que tous les habitants de ce village soient, jusqu’à aujourd’hui, éparpillés dans la forêt, exposés aux différentes intempéries du moment. On compte tous ces jours des morts parmi ces dispersés en forêt, par manque de soins et des médicaments de première nécessité. Les besoins humanitaires appellent en urgence une assistance. « Chose grave et inimaginable pour notre beau et grand pays! », s’exclame monsieur l’abbé Clément, avant de se poser des questions sur la provenance de ces barbares et de lourdes  armes qu’ils portaient : qui sont les vrais auteurs, co-auteurs et leurs complices ? Sont-ils ces pauvres villageois ou des politiciens mal intentionnés bien connus dans le coin? Pour quelle raison ont-ils détruit tout un peuple et son avenir ?   Ces interrogations ne manqueront certes pas de faire tomber les masques dans les jours à venir.

Cette situation a poussé Clément Kayembe Lubombo à déplorer un autre cas similaire dans le Kasaï : « Nous sommes attristés aussi pour notre Diocèse de Luebo dont l’Evêché est pillé et incendié, les couvents des sœurs et le Noviciat vidés, les opérateurs pastoraux en fuite, et certains ayant trouvé refuge en Angola voisin», a-t-il ajouté, avant de tirer la sonnette d’alarme : «  Notre appel est lancé aux gouvernants et gouvernés, hommes et femmes de bonne volonté, pour qu’il y ait la paix et une paix durable pour tous dans notre pays ».

(Emmanuel Badibanga)

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