Pour sauver des vies des femmes: La Rdc autorise les avortements sécurisés

par -
0 646
Want create site? With Free visual composer you can do it easy.

En ratifiant le protocole à la charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, autrement dit Protocole de Maputo en juin 2008 , et publié dans le Journal officiel le 14 mars 2018, la République Démocratique du Congo entre dans la logique de la promotion du droit à la santé et à la reproduction. Ce dernier qui promeut également l’accès à l’avortement médicalisé en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus. Le pays s’est engagé de ce fait à l’observer en respectant, protégeant, en promouvant  et en mettant en œuvre les droits qui y sont prescrits. Tout, pour le bien-être de la femme, surtout celle victime des cas précités.

Ce protocole de Maputo ratifié par la RDC aborde 8 thématiques qui promeuvent les droits de la femme en Afrique dont, notamment les droits à l’égalité et la non-discrimination ; la protection des femmes contre la violence ; les droits relatifs au mariage ; les droits à la santé et reproduction ; les droits économiques sociaux et culturels ; le droit à la paix ; la protection des femmes dans les conflits armés et les droits des groupes des femmes bénéficiant d’une protection spéciale.

En matière de santé, le Protocole invite les Etats à assurer le respect et la promotion des droits de la femme à la santé y compris la santé sexuelle et reproductive. Ces droits comprennent entre autres le droit d’exercer un contrôle sur leur fécondité, le droit de décider de leur maternité, du nombre d’enfant et de l’espacement des naissances.

Dans article 14 alinéa 2 point C, le Protocole stipule : que « les Etats prennent toutes les mesures appropriées pour protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus ».

Ainsi pour tout mettre en œuvre, une circulaire du président de la Cour constitutionnelle publiée le 19 avril 2018 dans le Journal Officiel demande aux chefs de juridictions et offices des parquets de procéder immédiatement à l’application de cette disposition du Protocole de Maputo ratifié par la RDC depuis 2006.

L’avortement thérapeutique est bel et bien autorisé en RDC. Ce, puisque les chartes internationales ratifiées ont une suprématie sur les lois nationales, selon la Constitution. L’avortement clandestin est la deuxième cause de la mortalité maternelle en RDC, selon l’Enquête démographique et de santé (EDS) 2013-2014. En plus, 10% de grossesses non désirées se terminent par cet avortement à risque.

Les acteurs étatiques et non-étatiques sont donc appelés à vulgariser ce protocole à travers le pays et s’assurer de sa mise en œuvre. Cette mise en œuvre suppose que la République Démocratique du Congo s’emploie à prendre des mesures législatives et administratives nécessaires telles que celles déjà prise par le Conseil Supérieur de la Magistrature.

En plus, il faudra adopter des politiques et programmes appropriés pour améliorer la situation de la femme, garantir des voies de recours judiciaires ou administratifs aux femmes lésées, maintenir l’attention  particulièrement sur les femmes pauvres des milieux ruraux, celles vivant en zones de conflits et tant d’autres.

Quand faut-il avorter ?

Lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus ou en cas d’agression sexuelle, de viol ou d’inceste, le Protocole de Maputo, ratifié par la RDC, dépénalise la pratique de l’avortement.

Des organisations nationales et internationales ont dressé un état des lieux de la mortalité maternelle liée à l’avortement clandestin en RDC et ont proposé des pistes de solution pour une meilleure santé sexuelle et reproductive de la femme.

« Il faudra accompagner les femmes et les communautés dans la compréhension de ce nouveau contexte, pour qu’elles aient enfin accès aux soins de qualités et aux droits qu’ils leur sont dues », a dit la ministre du Genre, Enfant et Famille, Chantal Safou Lopusa lors de la célébration de la journée internationale pour l’avortement sûr, le 28 septembre dernier à Kinshasa.

Les témoignages recueillis témoignent que les avortements clandestins demeurent jusqu’à ce jour l’une des causes majeures de la mortalité maternelle.

 

En voici quelques exemples :

A 15 ans, Christelle, la fille de « maman » Clémentine, tombe enceinte. Elle est obligée d’arrêter l’école pour s’occuper de la grossesse et, plus tard, du bébé. La famille du garçon-adolescent-, auteur de la grossesse, décline toute responsabilité.

Avec sa petite débrouillardise, Clémentine doit se démener seule, pour prendre soin de sa fille et sa petite-fille. Mais deux ans après, Christelle retombe enceinte. La « gaffe » est de trop pour la jeune adolescente. Elle est convaincue par son entourage d’interrompre la grossesse. A l’insu de sa mère, elle utilise des produits traditionnels.  Il s’en est suivi des complications. Les médecins des centres de santé de proximité se méfient de la prendre en charge, craignant des ennuis judiciaires. La loi pénalise toute forme d’avortement au pays.

C’est aux urgences de l’Hôpital général de Kinshasa que Christelle décède. Trois ans après, Clémentine a du mal à s’en remettre. Ses larmes sont intarissables à chaque fois qu’elle pense à ce jour le plus long de sa vie. Elle reste profondément convaincue que si l’avortement était dépénalisé au pays, sa fille serait toujours vivante.

« Autorités congolaises, s’il vous plait, autorisez l’avortement pour sauver des vies de nos enfants », supplie-t-elle, en sanglotant.

Au moment de son témoignage, Clémentine ignore encore que, depuis le 19 avril 2018, le recours à avortement est appliqué en RDC lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus ou en cas d’agression sexuelle, de viol ou d’inceste.

Chiffres alarmants

Une étude de Guttmacher Institute indique que la majeure partie d’avortements en RDC est non sécurisée, donc réalisée en clandestinité et sans respect des normes de l’OMS. Pour la seule ville de Kinshasa, cette étude estime à 146 700, le nombre d’avortements en 2016. Ce qui représente un taux de 56 pour 1 000 femmes en âge de procréer (15-49 ans). Ce taux est le plus élevé en Afrique centrale dont la moyenne est de 35 pour 1 000 femmes. La même année, 37 900 femmes ont obtenu un traitement dans un établissement de santé de Kinshasa pour des complications en lien avec l’avortement, selon Guttmacher Institute.

Selon l’OMS, un avortement médicalisé dans un milieu approprié est même plus sûr qu’un accouchement.

L’on ne peut que saluer l’engagement de la RDC de ratifier le Protocole de Maputo, afin de sauver les vies des femmes en mettant fin aux avortements clandestins.

Bernetel Makambo

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.

PAS DE COMMENTAIRE

Laisser une Réponse