Point de vue: Moi aussi je suis « Basile »

par -
0 176
Want create site? With Free visual composer you can do it easy.

Dans la décennie soixante-dix, des rumeurs persistantes ont alimenté l’imaginaire collectif des Kinois, mettant en cause un expatrié, Basile, alors patron  de la  maison des services funèbres. En effet, l’investisseur jouissait d’un monopole qui ne disait pas son nom, et opérait dans les parages de l’hôpital général de Kinshasa (ex Mama Yemo). La rumeur faisait croire que l’expatrié soudoyait le personnel médical dudit hôpital, en vue de réaliser des gains dans la vente de ses services funèbres. Et en ce temps-là, la simple évocation du nom de cet investisseur produisait l’illusion d’un illustre personnage cynique.

Des années plus tard, la capitale enregistre encore et toujours des décès. Pendant ce temps, les Pompes funèbres populaire (Pofupop) et de Kinshasa (Pofukin) sont entrées dans la mémoire collective. Les générations ont changé, certes, mais par le principe de la continuité des familles  (la consanguinité), les Kinois n’ont pas présenté d’excuses posthumes à Basile. Pour l’heure, l’hôpital général de Kinshasa a vu naître une myriade de centres médicaux de toutes classes. Et des pompes funèbres se comptent désormais dans chaque rue, à l’instar des églises et autres lieux de prières. En certains endroits, le lieu de vente de cercueils est si restreint que de tout petits enfants respirent l’âcre odeur du mélange de la couleur et du vernis plaqué au bois. Les familles installées dans des cimetières supportent, pour leur part, les nouveaux enterrements. En effet, les particuliers qui érigent dans des sites abritant des cimetières, se disent en eux-mêmes : « comme l’Etat traîne les pas à désaffecter ces lieux, occupons les lieux, afin de l’inciter à les déclarer espace à lotir ». De son côté, l’Etat qui ne partage pas nécessairement pareil entendement, interdit l’activité d’enterrements sur le site, sans se prononcer sur l’avenir de cette étendue. Il se fait qu’un langage des sourds s’établit : des habitations s’accumulent, de nouveaux  numéros cadastraux s’obtiennent bon gré malgré.

Moi aussi je suis « Basile »

Des décennies après la  disparition  (du circuit funèbre à Kinshasa) des Pofupop et Pofukin, des cimetières se remplissent sans Basile. En son temps, c’étaient les cimetières de Kimbanseke et Kintambo. Après lui, Kinsuka (tous désaffectés). Et pour l’heure, Benseke Futi Nouvelle cité, Kinkole, Mitendi et la Nécropole de la N’Sele absorbent du monde, loin derrière (la mémoire) de Basile.

Basile d’aujourd’hui, je le suis quand je sacrifie les miens pour accéder à la bourgeoisie. Feu le Grand Maître Franco Luambo Makiadi a dénoncé dans une chanson : « Mu mwini mbongu nkatu ; mu mpimpa mbongu zingi » (traduire de kintandu : de jour, vous n’avez pas d’argent mais de nuit, vous êtes des barrons). Feu Madilu Multisystem avait  chanté : « Kindoki ya Mondele b’avions na likolo , ba ordinateurs, oyo ya Moyindo koniokolo batu … » (entendez : la magie blanche produit des avions et des ordinateurs ; celle du noir se borne à la haine). Moi aussi je suis Basile ! De nos jours, la plaie cancéreuse appelée communément « mbasu » décime des vies, fait des orphelins, des veufs et des veuves dans ma société. Après ma formation dans le domaine médical, je prends de mon temps à fabriquer des poisons et à répondre, moyennant rétribution, aux attentes de femmes qui veulent avorter. C’est la sorcellerie !

Moi aussi je suis Basile ! La Providence divine dans sa faveur souveraine, a permis que je dispose d’énormes capitaux et que je sois dans l’ordre des multinationales. Plutôt que de prendre soin des plus petits de l’humanité, pour plaire à l’Eternel, loin de là !  J’investis dans des conflits armés, pour ôter la tranquillité des peuples, décimer des villages entiers et exploiter leurs richesses naturelles contre leur gré. C’est le capitalisme inhumain. Je suis agent payeur, je me complais à manipuler les maigres salaires des gens soumis à moi, parmi lesquels des retraités. Tout cela, parce que je sais qu’ils sont si vulnérables qu’ils manquent de voies de recours. Mais l’heure vient, où la voix du Seigneur Jésus Christ me sera adressée en ces termes : « Toutes les fois que vous avez fait cela à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». Moi aussi je suis Basile, je n’applique pas la justice distributive,  je méprise la sentinelle qui veille chez moi, je lui accole une rétribution qui ne lui permette pas de s’en sortir. Mais l’heure vient, le Christ tranchera : Balaie d’abord devant ta propre case, avant de balayer chez le voisin… Ôte d’abord la paille de ton œil, avant de voir comment enlever la poutre de l’œil du voisin.

(Payne)

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.

PAS DE COMMENTAIRE

Laisser une Réponse