Parcs agro-industriels: La Société civile redoute l’accaparement des terres des communautés locales

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Saluant la création des Parcs agro-industriels (PAI) à travers le pays, la société civile paysanne regrette cependant l’opacité sur les questions foncières qui entourent cette initiative présidentielle. Elle craint tout de même que la création des PAI ne puissent contribuer à soutenir les petits producteurs et moins, un développement socioéconomique inclusif du pays. Aussi réclame-t-elle un budget équivalent à celui des PAI, pour soutenir l’agriculture familiale, en appuyant les initiatives portées par les paysans et leurs organisations.

L’Initiative présidentielle articulée au Programme National d’Investissement Agricole (PNIA) est l’axe principal des autorités de la République pour un appui au développement de l’agriculture nationale. Il repose sur la création à travers le pays de vingt parcs agro-industriels (PAI). Le projet vise à inciter les investisseurs nationaux et internationaux à se mobiliser dans la relance de la production agricole.

Les premiers aménagements de ces parcs agro-industriels ont été engagés en 2013 : 20 zones sont ainsi identifiées de 1.000 à 150.000 ha. Et, le premier parc agro-industriel a été inauguré par le Président de la République à Bukanga-Lonzo, dans l’actuelle province du Kwango (dans l’ex Bandundu). Ce, pour un financement de plus de 80 millions de dollars américains procurés par la Banque mondiale qui, en outre, a confirmé sa disponibilité pour les autres parcs agro-industriels en préparation à travers le pays.

Les Organisations paysannes (OP) sont ainsi convaincues que si le projet tel qu’il est présenté vise à soutenir une mixité d’opérateurs agricoles dont des coopératives, dans les faits, les modalités d’implémentation donnent clairement la priorité à l’agrobusiness qui seul pourra mettre en œuvre de très larges espaces de production.

L’opacité décriée sur les questions foncières

Dans leur plaidoyer, elles regrettent que cet important programme ait été lancé sans concertation avec elles. « Il y a eu en son temps quelques consultations sur le projet de PNIA, mais aucun échange sur le projet des PAI, comme si l’intégration, même minime, des petits exploitants agricoles n’était pas recherchée dans les projets », note-t-on.

Aussi, fustigent-elles particulièrement l’opacité sur les questions foncières qui entourent la création de ces PAI. D’un point de vue plus général, elles déplorent qu’aucune étude d’impact environnemental (incluant les impacts fonciers et sociaux relatifs au statut des paysans qui seront embauchés dans les PAI) n’ait été prévue avant l’installation des PAI.

« Des craintes se font jour quant à des accaparements de terres par des voies détournées, sous couvert des décisions d’autorités publiques nationales », insistent les OP.

Un budget équivalent pour l’agriculture familiale

Un autre aspect « important » de l’analyse des organisations paysannes concerne le financement des PAI. Les OP estiment que les budgets mobilisés pour les PAI sont rendus non-disponibles pour les petits exploitants agricoles. « Ce ne sont pas les effets induits annoncés de la création des PAI qui peuvent témoigner d’un soutien à l’agriculture familiale ».

Ainsi, réclament-elles une clarification sur le rôle des PAI dans la formation des exploitants agricoles en périphérie et que d’une façon globale, les intérêts des petits paysans soient protégés par un cadre règlementaire négocié avec eux. Ce, afin que les Parcs agro-industriels puissent réellement contribuer à soutenir les petits producteurs.

Les OP réclament, par ailleurs, qu’un budget au moins équivalent à celui qui est consacré aux PAI soit disponible pour le soutien à l’agriculture familiale, en appuyant les initiatives portées par les paysans et leurs organisations et qui visent également à transformer et relancer l’agriculture.

Colonialisme ou violation de la loi

Pour sa part, M. Victor Nzuzi Mbembe, agriculteur à Nkolo dans le territoire de Mbanza-Ngungu au Kongo-central, et membre du Groupe de réflexion et d’appui à la promotion rurale (GRAPR), estime que les parcs agro-industriels est une initiative qui permet au Gouvernement d’avoir une grande production agricole, à un endroit précis, même arriver à industrialiser certains produits, et peut-être même à exporter les produits alimentaires.

Cependant, indique-t-il, les petits producteurs agricoles congolais ont une autre vision des choses. Ces derniers pensent qu’il s’est agi pour le parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, de ravir la terre à la population, de réquisitionner les terres des communautés. Pourtant, il y a des normes pour réquisitionner des terres, affirme M. Victor Nzuzi.

« Et ces normes sont inscrites dans la loi sur l’expropriation par rapport aux intérêts publics. C’est la loi de 1977. Pour exproprier, il faudrait qu’il y ait une négociation et un consentement de la population, son indemnisation et sa réinstallation en un autre endroit. Or, tout cela n’a pas été respecté dans le cadre du PAI de Bukanga-Lonzo ».

Tel que la situation a été gérée, estime M. Victor Nzuzi, la Loi est violée « et c’est regrettable que ça soit le Gouvernement qui viole la Loi ». « Nous sommes dans une situation où, pratiquement, il faille parler de l’accaparement des terres. Cette grande superficie telle qu’on l’a prise, plus de 80.000 hectares (…) c’est presque une forme de colonisation ou de néocolonialisme. Donc, c’est de l’accaparement des terres pur et simple », a-t-il déclaré.

A en croire le président du Conseil agricole rural de gestion (CARG/Mbanza-Ngungu), le Gouvernement doit réellement faire attention à ce genre de faits qui susceptibles de faire revenir encore au colonialisme.

Question de la dignité humaine

M.Nzuzi Mbembe s’étonne que le Gouvernement ait mis autant de moyens dans ce seul projet, plus de 82 millions de dollars américains. Alors que, indique-t-il, pour financer deux campagnes agricoles, le Gouvernement de la République n’a même pas atteint 50 millions de dollars américains. « Et cet argent n’a même pas été décaissé de moitié. Et là où l’on a décaissé cet argent, ça n’a pas profité aux paysans».

Il soutient que si une telle somme, 82 millions de dollars, était utilisée pour appuyer les 20 ou 25 millions de paysans congolais, chacun pourrait produire, « et l’on aurait une surproduction qui ferait qu’on pourrait même exporter. Donc, là, le Gouvernement a perdu. Réellement c’est un très mauvais projet, il faut le dire, et sans compter les conséquences écologiques ».

Pour ce leader paysan Victor Nzuzi, en effet, la durabilité c’est aussi la dignité de l’homme. « Ce n’est pas un projet où pratiquement les gens soient chosifiés, expulsés de leurs terres et sans reconnaitre leurs droits. Ce n’est pas normal ».

En outre, il dit ne pas être contre l’agro-industrie, mais, il redoute la mauvaise expérience d’un agroindustriel qui s’est installé depuis les années avant 1930 au Kongo central, et qui possède plus de 50.000 hectares : la société JVL, aujourd’hui SOGENAC. L’agriculteur Nzuzi avertit le Gouvernement pour que ces genres d’exploits ne puissent se refaire ailleurs dans le pays.

Il encourage les parcs agro-industriels, mais pas à l’échelle de Bukanga-Lonzo, « ces genres d’accaparement des terres, de criminalité foncière. Bukanga-longo c’est une criminalité foncière ! Plus de 80.000 hectares. L’on peut développer l’agro-industrie avec 5.000 hectares, avec 1.000 hectares, avec 2.000 hectares… Plus de 80.000 hectares, ce n’est plus de l’agro-industrie ; mais de la colonisation pure et simple », a-t-il contesté

Lepetit Baende

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