Obsèques de Papa Wemba

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Joseph Kabila rend hommag à Papa Wemba

Parti du Village Molokaï (Masimanimba, Oshwe, Lokolama, Kanda kanda et Inzia), Papa Wemba est devenu l’emblème de la République démocratique du Congo ; l’icône de l’Afrique et la renommée mondiale. Compositeur des plusieurs œuvres, dont « Bénit le Congo » qui a donné du tonus aux hommes en arme face à l’invasion de la RDC à l’Est, Papa Wemba a laissé toute une génération dans la consternation. Homme de la paix, ambassadeur de la paix, Jules Shongo a prêté sa voix aux œuvres caritatives, humanitaires en faveur de l’humanité. Micro à la bouche sur la scène d’Anuba à Abidjan, le Roi de la Rumba congolaise s’en est allé en ce dimanche 24 avril 2016. Date désormais consacrée à la journée de la musique.

Lundi noir où la République Démocratique du Congo pleure son fils, un artiste engagé, un homme resté longtemps un modèle de la jeunesse à en croire en ses valeurs. L’atmosphère est lourde, pas d’enthousiasme. La RDC porte le deuil d’un homme sur scène en train d’élever sa voix, loin des caméras des journalistes de la RDC. Devant cette évidence, les congolais disent merci à Dieu au moment où l’on s’attendait le moins après avoir vaincu la mort dans le coma à Paris. Pas Wemba n’est pas mort, en réalité c’est le début d’un mythe qui commence.    

C’est hier lundi 01 mai, que le Chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange a décoré à titre posthume, l’artiste musicien, Jules Presley Shongo Wembadio Pene Kinkumba, dit Papa Wemba. Le Président de la République lui a décerné la médaille du Grand chevalier d’officier, Héros nationaux Kabila-Lumumba, devant les sénateurs, députés nationaux, membres du Gouvernement, officiers militaires et membres de famille de l’illustre disparu. « En qualité des pouvoirs qui me sont conférés, nous vous élevons à titre posthume à la dignité du Grand Officier de l’Ordre national, Héros nationaux Kabila-Lumumba pour vos mérités, loyaux et imminents services rendus à la Nation Congolaise », a dit le Président de la République, Chef de l’Etat Joseph Kabila.

Décédé  à Abidjan le dimanche 24 avril 2016, capitale économique de la Côte d’Ivoire  en plein prestation sur scène aux festivals d’Anoumabo, le corps de l’artiste Papa Wemba est exposé au Palais du Peuple aux sortir de la morgue de l’hôpital du cinquantenaire ce, après les derniers hommages lui rendus au Village Molokaï par les siens et tous ceux qui l’ont connu, côtoyé et adulé sa musique.

Brève biographie

De son vrai nom, Jules Shongo Wembadio Pene Kikumba, c’est-à-dire voici ton père, porteur d’herbe et héritier du père. Issu de la polygamie d’un père soldat, converti en chasseur puis commerçant, avait déclaré Papa Wemba lors de son passage à la télé. Fils de Maman Nyondo, décédée suite à un accident de bus de la société STK au quartier 1 dans la commune de N’Djili, marié à Marie Rose Luzolo dit Amazone duquel il a engendré 6 enfants. Leur idylle débute lorsque son épouse avait 14 ans et Jules Shongo 20 ans. Sa musique a traversé les océans et mers, jusqu’aux confins de la terre. Il débute sa carrière musicale dans une chorale catholique de la paroisse Saint Joseph à Matonge dans la commune de Kalamu.

Poussé par sa mère, une pleureuse, Papa Wemba qui avait pour idole Pascal Sinamoy dit Tabu Ley, est l’un des géniteurs de l’orchestre Zaïko Langa Langa en 1969, avec Muanda di Vita dit DV Muanda, Pépé Felix Manuaku et Jossart Nyoka Longo. Invité par un certain Pierre Basikita de l’orchestre Bella Bella qui  faisait partie du groupe de son jeune frère Kande Djambulate, c’est sur l’avenue Popokabaka n°10, qu’un certain Chrysostome venu de la Belgique l’avait demandé de faire partie dans cet orchestre dit des Belgicains et DV Muanda était présent dans cette parcelle. C’était le 24 décembre 1969. A cette date a vu le jour l’orchestre Zaïko Langa Langa c’est-à-dire « Zaïre ya Bakoko » avec l’un des transfuges des Belgicains nommé Felix Manuaku Waku.

Son départ de Zaïko Langa Langa était occasionné par la scission à l’interne, dont un groupe dit des fumeurs des chanvres et un autre des enfants dit sérieux. C’est alors que Papa Wemba, Evoloko Lay Lay, Gina Efonge, Mavuela  Somo et Bozi Boziana formèrent l’orchestre Isifi Lokole en 1974. Dans cet orchestre, il composa « Noël Zanga », « Chouchouna », « Liwa ya somo », « Miyelele », etc. Une année après, il quitte Isifi Lokole pour Yoka Lokole où, Mbuta Mashakado le rend ridicule en lui arrachant le micro. Il se converti en entraineur de l’équipe de Football dit Mado Lisano, sous pression de ses amis du Village Molokaï, il forme l’Orchestre Viva la Musica en novembre 1976 et sa sortie officielle intervint le 26 février 1977. Parmi les premières recrues, l’on peut citer Djenga Ka Espérant, Giva, Petit Aziza, Bongo Wende, Rigo Star, Jadoth le Cambodgien, Bowane,  Bipoli Nafulu, Sandoka, Lusikiya Maneno puis Emeneya rejoint le Groupe une année après.

C’est en 1980 que Papa Wemba connût son temps fort avec les compositions telles « Mère supérieurs », « Ekoti ya nzube », etc. Pendant 5 ans il a été meilleur artiste et son orchestre, meilleure formation musicale du Congo ex Zaïre. Cinéaste,  artiste, musicien, peintre, sapeur, Papa Wemba était un tout ; un artiste complet dont les œuvres musicales ont traversées le continent africain.

Par pur hasard, il a emprunté le concept Molokaï d’un prêtre qui projetait le film, intitulé « île de Molokaï, et baptisa son village de ce nom. Par sa créativité, il réunit 5 avenues Masimanimba, Oshwe, Lokolama, Kanda kanda et Inzia, pour en faire Village Molokaï, mais qu’il voulait en faire une République. Craignant les représailles du Maréchal Mobutu de faire une République dans une République, il en fait un Village.

Elevé au prix national de la Culture et des Arts à l’Ordre du Grand Officier, Héros nationaux

En liminaire, le Ministre de la Culture et Arts, Baudouin Banza Mukalayi a remercié le Président de la République, Joseph Kabila Kabange pour son implication personnelle depuis New York dès l’annonce du décès brusque de Papa Wemba, a exprimé sa vive émotion en instruisant le Gouvernement de la République d’organiser les obsèques à la mesure, à la dimension de ce qu’a été cet icône de la musique, de l’art qui vient de quitter la terre des hommes sans quitter les tiens.

En paraphrasant le poète sénégalais Birama Diop, « Les morts ne sont plus mort, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de l’artiste ».

Tout en remerciant le Premier Ministre, chef du Gouvernement pour le respect des instructions du Chef de l’Etat. « Comme ne pas remercier le Président de la République de  Côte d’Ivoire, son gouvernement et le peuple ivoirien pour les hommages solennels rendus à notre frère Papa Wemba. Nous remercions d’une manière particulière le ministre de la culture et de la francophonie à la tête d’une importante délégation pour les funérailles de Papa Wemba », a déclaré le ministre de la culture de la RDC.

Après avoir remercié les délégations des différentes provinces et de l’étranger aussi bien le comité organisateur, le ministre a souligné que de Papa Wemba, la postérité retiendra d’abord il a était un self made man, un homme qui, à force de travail, d’imagination et de créativité a pu frayer un chemin et se faire un nom au-delà de mers et des océans. « De la star que toute l’Afrique et le monde pleure en ce moment que garde la mémoire d’un homme au talent inestimable ; artiste multidimensionnel. Papa Wemba faisait de l’art pour l’art. Dans un monde de plus en plus dominé par le culte de l’argent, lui faisait le culte de l’art ; du bien, du vrai et du beau », a vanté Banza Mukalayi.        

Fort de son idéal artiste élevé, Papa Wemba a échappé à l’emprise de l’avoir pour se consacrer à celle de savoir et de savoir-faire.  Artiste multidimensionnel, assurément même l’art vestimentaire n’avait pas de secret pour celui qui a été trop connu comme Pape ou le Roi de la Sape. Cet art de mieux paraitre et de célébrer l’habillement assorti des canaux éthiques et esthétique d’originalité et de beau et d’attractivité. Pour les communs des mortels, Papa Wemba était le disciple latin Horace qui disait à l’époque « carpediem » c’est-à-dire profite du jour présent. « Par Wemba, Papa Wemba a fait don de sa personne au pays, foncièrement patriote. Plusieurs foi, n’a-t-il pas donné pour sa patrie pour l’unité, pour son intégrité du pays sa voix ? Bien plus, le patriote Papa Wemba ne se concevait pas sans le panafricanisme. L’artiste que la RDC, l’Afrique et le monde pleurent aimait tout aussi passionnément son continent ; il épousait toutes les causes justes. Il a été par exemple de ceux qui ont œuvré par la chanson pour l’éradication de l’apartheid et la libération de Nelson Mandela (Ndlr Esclavage). Pour nous qui croyons modeste, c’est ne pas par hasard que la mort l’est arrachée à notre affection en Côte d’Ivoire, terre africaine », a souligné le ministre.

Il faut dire que Papa Wemba avait le souci de la relève, d’où sa disponibilité constante à former et encadrer les jeunes. Ainsi, pour tous les hauts faits sur fond de la culture et des arts, il a été déjà élevé par le Chef de l’Etat au prix national de la culture et des arts dans l’ordre Kabila-Lumumba. Aujourd’hui, Papa Wemba vient d’être élevé au grade le plus élevé dans cet ordre. D’où, le mérite du Président de la République Joseph Kabila.

24 avril, journée congolaise de la musique

En vue de perpétuer sa mémoire et ce, conformément à la volonté du Président de la République, le ministère de la culture et Arts envisage de soumettre au Gouvernement le projet de construction d’une salle de spectacle moderne à laquelle sera annexée un musée qui reprendra tous les effets de Papa Wemba.

Par ailleurs, le ministre a informé l’opinion tant nationale qu’internationale que le ministère de la Culture et des Arts est en pourparlers avec l’Unesco pour la reconnaissance et l’insertion de la Rumba sur la liste du patrimoine immatériel mondial de l’humanité. Cette Rumba, dont Papa Wemba a été l’un des fervents promoteurs. « A la demande de beaucoup de mélomanes, mon ministère va introduire auprès de la haute hiérarchie la réclamation selon laquelle la date du 24 avril soit proclamée la journée de la musique congolaise », a indiqué Banza Mukalayi Sungu. Ce dernier qui s’est permis opportunément de paraphraser l’auteur belge George Simenon lorsqu’il pleura sa fille « Marie Jo, tu es morte, mais tu sais que les morts ne sont pas mort pour ceux qui les aiment ? », s’adressant à Papa Wemba, le ministre dit « Papa Wemba ,tu es mort physiquement, mais sais-tu que tu n’es pas mort dans le cœur de nombreuses personnes qui t’aime, tant ils sont nombreux au Congo que sur la planète terre. Tu as été humble, affable, et par-dessus tout homme de dialogue. Moi qui t’ai pratiqué, je peux témoigner de ce que même tes excès de colère tombaient aussi vite que survenait et laisser la place à l’homme de conciliation à celui qui n’avait de cesse de jeter de ponts, des passerelles entre les hommes. Toute la vertu de la culture est là, que ta mort nous incite à dialoguer sans cesse. Adieu Roi de la Sape, Adieu Kuru yaka, Adieu  Papa Wemba », a dit Baudouin Banza Mukalayi.

Homme multiple

La multi dimensionnalité de Papa Wemba se résume dans ses pseudonymes à chaque fois qu’il produisait un album. Celui-ci se faisait accompagner d’un pseudo, dont les congolais se souviendront de celui qu’ils appelaient « Jeune premier, Maitre d’hôtel, Maitre d’école, Kuru Yaka, Roi de la Rumba, Chef coutumier du village Molokaï, le Roi de la Sape, M’Zée, Mwalimu, Fula Ngenge, Bakala Diakuba, cent pourcent pure star ; formateur des idoles ; Wembadiyoyo ; Linioko ya Tembe ; Ekumani, Mangrototo, Floridole, Pape de la Sape, petit rossignol, Jules Presley, Ke mafumbe etc.

Ceci dit, qui peut soulever son doigt et jurer qu’il n’a pas écouté, fredonné et dansé la musique de Papa Wemba ? Lui qui aimait le travail, le résultat concret, ses œuvres ont traversé le continent. Autour de lui, des musiciens se sont greffés avec ses différents groupes « Viva la Musica, Nouvelle écrita, Molokaï etc. Papa Wemba est une légende absolue de la musique congolaise, un conservateur de la tradition Otetela, africaine ; il vient de prendre un virage divin dont sa voix a fini son ardeur. Micro à la bouche, Papa Wemba est parti comme il a toujours prophétisé « Je mourrais sur scène entrain de chanter », disait-il.

(Pius Romain Rolland )                         

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