Nord-Kivu: Que cache la fermeture de 5 bases fixes de la Monusco ?

Pendant que la sécurité n’est pas au rendez-vous en République démocratique du Congo, plus précisément dans la province du Nord-Kivu, la Monusco qui parle du changement de mode opérationnel, va fermer à partir du 31 juillet courant, cinq bases fixes dans les territoires de Walikale, Masisi et Lubero au Nord-Kivu. En réalité, il s’agit de 750 soldats du bataillon indien qui vont quitter le pays au plus tard à la fin du mois prochain, soit en août 2017. A en croire Maman Sidikou, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, les bases qui sont concernées sont celles situées à Walikale-centre et Bunyapuri (Territoire de Walikale), à Masisi-centre et Nyabiondo (Territoire de Masisi) et à Luofu (Territoire de Lubero).

Ainsi, le nouveau dispositif opérationnel consiste à privilégier la mobilité et la flexibilité des interventions militaires. Il est en ligne avec la stratégie adoptée par le département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Il comprend des patrouilles longues distances, des patrouilles de démonstrations de présence, la surveillance aérienne et un déploiement rapide en cas d’incident de sécurité. « La MONUSCO change son mode opératoire, tout en veillant à continuer à remplir son mandat, c’est-à-dire qu’elle poursuit le soutien aux autorités congolaises dans la protection des civils », déclare M. Sidikou.

Soulignons que ce nouveau dispositif opérationnel est déjà en application dans le Kasaï, où la MONUSCO a déployé à ce jour trois compagnies, soit environ 350 hommes. « Pour assurer la meilleure efficacité de ce dispositif, il est plus important que jamais que les communautés transmettent très rapidement toutes les informations concernant la sécurité à la MONUSCO », ont précisé les autorités militaires de la MONUSCO. La Mission onusienne renforcera donc le système d’alerte précoce et veillera à l’amélioration de l’accès aux populations. Actuellement, la MONUSCO peut déployer, selon le mandat défini dans la résolution 2348 de mars 2017, jusqu’à 16.215 militaires, contre 19.815 dans le mandat précédent.

Les FARDC vont faire le reste

Pour le Général Bernard Commins, Commandant adjoint de la Force de la MONUSCO, la première responsabilité de l’ordre et de la sécurité incombe aux forces de sécurité de la Rdc. C’est d’abord les forces armées et les forces de police qui ont la responsabilité d’assurer la loi et l’ordre et la protection des citoyens de ce pays, ajoute-t-il, tout en insistant sur le fait que « nous agissons en vertu du mandat en appui, dans toute la mesure de nos capacités et de nos possibilités, en appui de nos partenaires militaires congolais et si nécessaire, le mandat le dit, si nécessaire nous agissons seuls contre un groupe dont nous estimons qu’il faut mettre fin aux agissements ».

Et de marteler que la MONUSCO n’a pas choisi le moment de se désengager. Cette décision a été prise par la haute hiérarchie. « Les représentants du Conseil de sécurité qui ont estimé, pour des raisons évidentes, puisque tout cela fait partie de ce qui est accessible dans les travaux et dans toutes les discussions qui ont lieu à New York, qu’il était nécessaire que les forces de la MONUSCO décroissent », dit-il.

Signalons que cette décroissance reste quand même limitée, contrairement à ce que les autorités congolaises auraient voulu. Ceci permet à la Monusco d’avoir des capacités mieux adaptées à la mission qui leur est confiée. Donc, est-ce que c’est le meilleur moment ? « On ne peut jamais dire que c’est le meilleur ou le moins bon moment. La situation que nous connaissons dans ce pays reste fragile. Nous faisons tout ce qu’il faut chaque jour pour apaiser les tensions. La Force [de la MONUSCO] n’est pas le seul acteur. La Force ne devrait être que le dernier acteur, quand vraiment il n’y a pas d’autre solution que de mettre fin à une violence que certains veulent perpétuer », rétorque le Général Bernard Commins.

Disons tout simplement que la Monusco est arrivée à un moment de l’histoire où elle a cette contrainte. « Nous sommes à un moment de l’histoire de ce pays que vous connaissez avec tout cet environnement sécuritaire et politique, et nous devons faire face. Nous, la Force mais également avec tous les partenaires qui sont autour de nous », précise-t-il, avant d’ajouter que je n’irais jamais dire que la situation va se calmer demain matin. Nous, en revanche, avec nos camarades militaires, avec tous les organismes des Nations Unies qui travaillent à nos côtés, et avec lesquels nous travaillons, avec toutes les organisations internationales qui travaillent ici, avec les autorités de ce pays, avec le gouvernement, les gouverneurs, les administrateurs territoriaux, au quotidien, je peux vous assurer, pour parler simplement, que nous mouillons notre chemise pour faire en sorte que le dialogue s’installe, que les difficultés foncières ou les litiges fonciers qui ont existé trouvent une solution, que les communautés qui se regardent un peu en chiens de faïence, eh bien, qu’elles trouvent des manières de dialoguer.

Encourager la dynamique communautaire

Il sied de souligner que lorsque les bases ont été implémentées, il n’a jamais été dit que ces bases ne vont jamais partir. Toutes ces bases sont temporaires. Donc suivant la situation donnée, ces bases se reforment, la mission se reconfigure conformément à la nouvelle donne. Ceci dit, donc ce n’est pas parce que la MONUSCO n’était pas flexible, mais parce que la MONUSCO veut mieux faire avec une nouvelle stratégie, une nouvelle méthode.

A la veille de l’annonce de la fermeture de ces bases, souligne Abdou Diacko, Responsable des affaires civiles de la MONUSCO/ Nord-Kivu, les sections civiles, en l’occurrence la section des affaires civiles avec le soutien permanent de la section des droits de l’homme, nous avons conduit les missions, respectivement à Walikale, à Bunyampuli, à Masisi et à Nyabiondo, et avec d’autres composantes de la MONUSCO, des missions dans chacune des bases qui doivent être fermées.

Ces missions récentes ont évalué les risques potentiels de la protection et permis de discuter avec la population des mesures à mettre en place, conjointement avec les autorités locales pour assurer la protection de ces zones. C’est ainsi, par exemple, nous travaillons pour améliorer l’accès à ces zones en améliorant les routes. Exemple : Kitshanga et Walikale [avec] l’accès au réseau téléphonique et l’antenne de la radio Okapi.

En ce moment, la Monusco est entrain de négocier avec Vodacom pour essayer d’étendre le réseau téléphonique. Et ce, parce qu’il y a des zones à risque où la population n’a pas d’accès au téléphone. De même, elle négocie comment transférer certaines antennes d’une localité à une autre pour une meilleure réception. Au même moment, elle développe l’implémentation des antennes dans des zones qui n’ont jamais eu accès au téléphone.

Ceci, c’est en coordination d’un système mis en place en 2010-2011, appelé ‘’ le système d’alertes précoces communautaires’’, que la section des affaires civiles avait inventé pour les zones qui n’ont pas d’accès, négocié avec des points focaux. A l’époque même, ces points focaux étaient discrétionnaires. Dans la communauté, personne ne savait qui ils étaient, ils avaient un téléphone spécifique qu’ils pouvaient [utiliser] en appelant la base militaire la plus proche.

C’est ainsi que les militaires parvenaient à aller dans ces zones difficiles à atteindre, où la population n’avait pas d’accès [au téléphone]. Ceci dit, aussi dans les endroits qui seront fermés, les affaires civiles vont pleinement s’impliquer avec nos partenaires du gouvernement, de la société civile, renforcer les mécanismes de coordination, par exemple, les comités locaux de protection.

« Dans toutes ces bases qui ferment, nous avons ce que nous appelons des « comités locaux de protection ». Ce sont des femmes et des hommes de bonne volonté qui sont intéressés par la protection de leurs communautés. Nous les avons formés et donc, nous les avons encore rencontrés pour les sensibiliser par rapport à la fermeture de ces bases », signale-t-il, avant de préciser que tous ont accès à des numéros. Ce sont des numéros qui sont liés aux bases militaires. Il y a quelqu’un qui doit leur répondre 24 heures sur 24. S’il y a risque, nous prenons des mesures préventives soit par la Force [de la MONUSCO], soit par les FARDC, soit c’est un dépendant de la base ou de la force qui est près de cette zone et qui connaît mieux comment accéder à cette zone. Il a terminé par inviter les communautés à continuer d’informer la MONUSCO à temps. Plus la MONUSCO est informée à temps, plus l’intervention sera rapide et beaucoup plus importante. Pour l’instant, c’est cela la réponse à votre question.

(JMNK)

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