Mzee Laurent-Désiré Kabila, champion de la réunification monétaire

par -
0 1196
Want create site? With Free visual composer you can do it easy.

Une année seulement après son arrivée au pouvoir, soit le 30 juin 1998, Mzee Laurent-Désiré offrait aux Congolais (ex-Zaïrois) la réunification monétaire. Pour y parvenir, il confia cette lourde tâche à l’ex-directeur général de Citibank, Jean-Claude Masangu Mulongo. Sa tâche consistait à lancer le franc congolais (FC), en remplacement des Nouveaux Zaïres (NZ), à l’époque où le pays était divisé en quatre espaces monétaires, chacun d’entre eux avec ses réalités économiques : l’Ouest avec Kinshasa, le Centre avec les deux Kasaï, le Sud avec le Katanga, et enfin l’Est avec le Grand Kivu et la province Orientale.

Le 17 mai 1997, après la guerre-éclair de moins de huit mois, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) de M’Zee Laurent-Désiré Kabila entra dans Kinshasa après s’être assurée du contrôle de tout le territoire zaïrois. Avec pour point de départ le Rwanda, les partisans de Mzee Kabila avaient bénéficié, dans leur conquête du Zaïre, du soutien actif de Kigali et Kampala, ainsi que de la bienveillance de l’administration Clinton désireuse d’en finir avec le régime de Mobutu. Le 20 mai 1997, après la fuite du maréchal vers le Maroc, Laurent-Désiré Kabila prit la direction du pays rebaptisé République démocratique du Congo (RDC).

Avant la déroute finale de l’armée zaïroise face à l’avancée de l’AFDL, Jean-Claude Masangu, dans son livre intitulé « Pourquoi je crois au progrès de l’Afrique. Credo d’un banquier africain », explique qu’il savait que le régime de Mobutu était agonisant. En tant que directeur général de la Citibank dans le pays, il observait depuis plusieurs années le lent dépérissement économique du Zaïre. Dans les derniers temps du règne Mobutu, tous les indicateurs économiques étaient au rouge : le zaïre monnaie se dépréciait de 77% en moyenne par an, toutes ses dénominations n’étaient pas acceptées sur l’ensemble du territoire national, la production minière était en chute libre et le pays accusait un taux de croissance négatif, allant jusqu’à -13,5% en 1994.

L’hyperinflation à trois chiffres était devenue courante, jusqu’à atteindre 9.800% en un an. Le Zaïre était à genoux et tous les bailleurs des fonds traditionnels nous tournaient le dos. C’était un véritable gâchis pour un pays doté des ressources naturelles incroyables et d’un potentiel considérable. A l’indépendance, en 1960, le PIB s’élevait à 522,36 dollars par tête d’habitant, chiffre que nous n’avons toujours pas réussi à atteindre à l’heure actuelle, près de cinquante ans plus tard. Les Congolais avaient alors un niveau de vie supérieur à celui des habitants de la Corée du Sud et de l’Afrique du Sud. De nombreux Sud-africains blancs venaient se faire soigner dans les hôpitaux du Katanga. De même, le centre agronomique de Yangambi produisait de nombreuses variétés de plantes asiatiques. Des étrangers de toutes nationalités venaient en grand nombre, passer leurs vacances dans notre pays, pour profiter de la douceur de vivre et admirer la luxuriance des paysages congolais.

Le défi du franc congolais

Il sied de souligner que le premier objectif du mandat de Jean-Claude Masangu à la tête de la Banque centrale du Congo (BCC) avait été fixé par le président Kabila, lors de leurs entretiens : réunifier monétairement le pays et introduire une nouvelle monnaie dénommée le franc congolais (FC). Pourquoi cette appellation ? Entre autres réponses, parce qu’elle rappelait l’époque où le Congo était prospère. Voulant prouver que sa libération de la dictature apportait le changement, LDK imposa un délai de trois mois, pour faire renaitre le fc. « Le défi était très grand et l’objectif impossible à atteindre en si peu de temps », témoigne l’ex-Gouverneur de la BCC (ci-haut évoqué), avant de poursuivre : Il nous a fallu expliquer au président que l’introduction d’une nouvelle monnaie ne se limitait pas au simple remplacement des billets de banque, mais qu’il fallait au préalable établir des fondations solides sur lesquelles le FC allait s’appuyer et que cela demandait plus de temps.

Quatre espaces monétaires, du jamais vu !

Disons qu’à l’époque, le pays était divisé en quatre espaces monétaires, chacun d’entre eux avec ses réalités économiques : l’Ouest avec Kinshasa, le Centre avec les deux Kasaï, le Sud avec le Katanga, et enfin l’Est avec le Grand Kivu et la province orientale. Les deux provinces du Kasaï (zone Centre) étaient entrées en rébellion monétaire en 1993 contre le pouvoir central dans le contexte général de la lutte de l’opposition politique pour faire tomber le régime Mobutu. C’est ainsi que ces provinces refusèrent sur leurs territoires le nouveau zaïre en remplacement du zaïre monnaie, comme monnaie ayant cours légal et pouvoir libératoire dans toutes les transactions financières. Ainsi, pour que les neuf autres provinces puissent commercer avec les deux Kasaï, il n’y avait d’autre choix que de passer par une transition de change en dollars Us. C’est comme si les deux Kasaï étaient devenus des Etats souverains et non des provinces zaïroises. Cette rébellion monétaire dura six ans !

Quant aux trois autres espaces monétaires, le problème était le manque d’acceptation du nouveau zaïre monnaie, comme ayant cours légal et pouvoir libératoire dans toutes ses dénominations. Cela créait des distorsions et poussait les opérateurs économiques à passer encore une fois par une transaction de change en dollars. Pour être un peu plus explicite, les coupures de 100.000 NZ de couleur bleue n’étaient acceptées qu’à Kinshasa et au Katanga. Tandis que les 100.000 NZ de douleur orange approuvées qu’au Katanga, ainsi que celles de 500.000 NZ et 1.000.000 NZ. En ce qui concerne le pouvoir libératoire dans l’Est, il ne se limitait qu’à la coupure de 50.000 NZ.

« Notre mission consistait donc à faire cesser le désordre économique et monétaire ambiant, pour pouvoir lancer le franc congolais et garantir à celui-ci convertibilité et stabilité aussi bien internes qu’externes », explique l’ancien Gouv’, tout en martelant que nous allions donc devoir faire fusionner ces quatre espaces monétaires au sein d’un même ensemble. Les écuries d’Augias devaient être nettoyées de fond en comble. Pour ce faire, il était convaincu que nous ne pourrions nous passer de l’aide des institutions de Bretton Woods ou les Institutions financières internationales (IFI).

Tout a commencé par Mbuji-Mayi

L’introduction progressive du FC a débuté dans les deux Kasaï, puisque ces provinces n’avaient toujours pas accepté le NZ six ans après son introduction. « Nous avions dû « remonétiser » les anciens zaïres toujours utilisés au Kasaï pour qu’ils aient cours légal et que les deux Kasaï se sentent concernées par la réforme », avoue-t-il. La Société minière de Bakwanga (MIBA), entreprise diamantifère mixte congolo-belge, payait pendant les six années de rébellion monétaire, ses salariés en dollars américains. En accord avec le président administrateur délégué de la Miba, Tridon Katende, l’Institut d’émission, racheta donc les devises de l’entreprise contre des francs congolais qui devaient servir au paiement des salaires. Par la suite, les mêmes devises furent vendues sur les marchés de change kasaïens contre les anciens zaïres, afin de les retirer en douceur mais définitivement de la circulation. De la même manière, les recettes en devises de la Gécamines au Katanga furent vendues à la Banque centrale pour que celle-ci puisse racheter en priorité tous les zaïres monnaies à valeur faciale élevée, c’est-à-dire 100.000, 500.000 et 1.000.000 NZ, en circulation dans la zone Sud, et ainsi les retirer du marché progressivement. Au niveau de Kinshasa et du Bas-Congo, ce sont les royalties pétrolières qui nous ont servi d’appoint.

La méthode était simple : profiter des principales sources de devises du Congo (cuivre, diamants et pétrole) pour rapidement retirer de la circulation l’ensemble des billets de banque indésirables dans le pays, et réunifier l’espace monétaire et les différents taux de change des monnaies nationales par rapport aux devises étrangères, principalement le dollar américain. La technique s’est avérée efficace puisqu’en neuf mois, la BCC a pu lancer officiellement le franc congolais avec toutes les chances de plein succès.

(Jean-Marie Nkambua)

 

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.

PAS DE COMMENTAIRE

Laisser une Réponse