Mamadi Indoka affirme : « Seul le cinéma congolais peut améliorer l’image de la RDC à l’extérieur»

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Il fait partie de ces jeunes congolais passionnés du 7ème art. Il a créé sa propre société de production qui s’intitule Congo Film Productions. Mamadi Indoka investit dans du matériel professionnel (caméras, lumières, ordinateurs, appareils photos, machinerie), et finance lui-même sept courts et un long-métrage. Réalisateur très actif, Il partage son temps entre Kinshasa, New York aux Etats-Unis et Luanda en Angola. A travers cet entretien réalisé par Rdc-Society, il livre son opinion sur le cinéma congolais.

Comment est née votre passion pour le cinéma ?

Mamadi Indoka : En 2002, j’ai participé au tournage d’un court-métrage à Madrid en Espagne. J’ai eu le coup de foudre pour cet univers ! J’ai décidé d’en faire mon métier.

Que pensez-vous du cinéma africain et congolais ?

L’imaginaire africain est riche. Sur notre continent, nous savons raconter des histoires. Nous avons des artistes, des techniciens et des comédiens. Mais le cinéma africain, surtout congolais, a du mal à exister parce que nous manquons de producteurs. En RDC, il est pratiquement impossible de convaincre quelqu’un d’investir dans un film. Par contre, pour la musique, beaucoup de gens financent. Le gouvernement ne mesure pas combien le cinéma pourrait améliorer l’image de notre pays et donc, contribuer à la santé de notre économie. Il n’y en a que pour la musique. Lors du Sommet de la Francophonie, l’on a organisé « La nuit de la Francophonie », c’est très bien mais il n’y avait que de la musique !

Quels sujets abordez-vous dans vos longs-métrages ?

« 32 ans après » sorti en 2007, raconte l’histoire d’un Angolais venu habiter en RDC, fuyant la guerre. 32 ans plus tard, il retourne en Angola où il est traité en étranger. Le film a été produit à 100% par un Angolais, Blanchard Ndombaxi. « L’héritage envahi » sorti en 2010 conte un crime crapuleux : une famille est massacrée par celui qu’on croyait être l’homme de confiance, le garde du corps. Il n’épargne qu’un bébé, qu’il abandonne ensuite dans une forêt, certain qu’il sera dévoré par des bêtes sauvages. L’enfant survit et réapparait 18 ans plus tard, décidé à se venger. J’ai totalement produit ce film. J’ai même vendu ma voiture pour pouvoir le terminer !

Que pensez-vous du niveau des techniciens et des comédiens en RDC ?

Au Congo, nous avons de bons techniciens et de bons comédiens. Ce qui manque, ce sont des producteurs, qui nous permettraient de découvrir les talents cachés. Prenons le film « Rebelle », la jeune Rachel Mwanza est un pur talent de cinéma, mais si elle n’avait pas participé à ce film, comment aurions-nous pu la connaître ?

Quelle différence voyez-vous entre le jeu des comédiens du Nigéria dont le cinéma et celui des acteurs congolais ?

Les Nigérians sont tout le temps en train de tourner! Ils sont expérimentés. Nous, nous avons des acteurs qui ne tournent que tous les cinq ans ! Ils ont le temps d’oublier les normes de leur métier, comment se placer devant la caméra… Le problème, c’est le nombre trop faible de productions.

Que pensez-vous du niveau actuel des arts et de la culture en RDC ?

Le niveau est en hausse. Aujourd’hui, malgré tous les problèmes, les jeunes s’intéressent aux arts. Ce qui me dérange, c’est que beaucoup de Congolais pensent que la culture, c’est uniquement la musique… et quelle musique ?… Le Ndombolo !

Que souhaiteriez-vous apporter au cinéma à travers votre œuvre ?

Je veux tout d’abord apporter ma pierre au cinéma congolais, lui permettre de se faire connaître et reconnaître comme un cinéma africain de valeur. Je voudrais aider notre industrie à exister, à se développer, à se professionnaliser. Les Nigérians ont commencé à faire des films après nous. On leur reprochait leur mise en scène trop théâtrale, ne tenant pas compte des normes cinématographiques, le fait de faire des sketches et non des films… Aujourd’hui, les Nigérians sont les troisièmes producteurs de cinéma au monde, derrière les Américains et les Indiens. L’important, c’est de se lancer, d’y aller et de se donner les moyens, même s’ils sont modestes au début. Il est important pour nous d’avoir notre cinéma, d’exprimer notre imaginaire et de montrer de nous une image dont nous puissions être fiers.

Quels sont vos projets ?

Ils sont nombreux ! Je suis actuellement à la recherche de financiers et de producteurs. Ils sont les bienvenus !

(OM)

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