Maker Mwangu : « La mutuelle de santé des enseignants est devenue un modèle »

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Le 11 novembre 2011 à 11 heures naissait la MESP, la Mutuelle de santé des enseignants de l’Enseignement primaire secondaire et professionnel. En cinq ans, l’initiative a non seulement amélioré les conditions de vie de ses bénéficiaires, mais elle a redonné la dignité à tout un métier. Grâce à elle, les enseignants et leur ayant-droits ont désormais accès à des soins de qualité dans les meilleurs hôpitaux de Kinshasa, Lubumbashi et Mbandaka. Maker Mwangu Famba, ministre de tutelle qui a porté à bras le corps la réforme, explique ici les raisons de ce succès. Interview de Jules Kidinda

L’Avenir: Comment vous est venue l’idée de mettre en place la mutuelle de santé des enseignants ?

Maker Mwangu Famba: Je ne serais pas correct de dire que l’idée est venue de moi. Je ne suis qu’un acteur. L’idée est venue des enseignants eux-mêmes. Les soins de santé coûtent excessivement cher. Et pour accéder aux soins de qualité, il faut débourser beaucoup d’argent. Tout le monde sait que les enseignants ont un salaire modique. C’est ainsi que nous avons voulu valoriser la fonction enseignante. Nous avions porté la requête auprès du Président de la République Joseph Kabila lors d’un séjour à Kisangani, au bord de la rivière Tshopo. J’ai eu la chance de lui exprimer cette requête des enseignants voulant une mutuelle de santé. Nous avions reçu de lui des instructions que nous avions, à notre tour, transmises à nos collaborateurs. Ainsi commença la réflexion. Il a fallu réunir toutes les informations afin de donner un service de qualité aux enseignants. Il y a eu beaucoup d’études, de contacts, ici et à l’extérieur pour la finalisation de la mise en œuvre de cette mutuelle de santé.

L’Avenir: Qui finance la mutuelle des enseignants ?

MMF.: La mutuelle de santé des enseignants est financée concurremment par les enseignants eux-mêmes, mais aussi par le Gouvernement. Ce sont les deux qui participent au financement de la mutuelle de santé des enseignants.

L’Avenir: A quelle hauteur chacun ?

MMF : Quand on a commencé, c’était 50/50. Mais pour le moment, les enseignants ont plus ou moins 60% et le Gouvernement a 40% dans le financement des soins des enseignants.

L’Avenir: La MESP est une structure privée. Pourquoi avez-vous choisi d’orienter l’argent de l’Etat vers une entité privée ?

MMF : Une structure privée pour réaliser une mission publique. Ce n’est pas interdit. Il faut dire que les membres les plus importants sont les enseignants avec leurs conjoints et leurs membres de famille. Alors, il fallait trouver une formule qui leur donnerait beaucoup plus de pouvoir. Le problème de la gestion de la mutuelle était beaucoup plus aux enseignants et ils voulaient que les gestionnaires leur rendent compte pour se sentir valorisés malgré leur contribution à moitié. Et la meilleure formule que nous avions trouvée à l’époque était d’en faire une association sans but lucratif.

L’Avenir: Est-ce que l’Etat exerce un contrôle quelconque sur la MESP ?

MMF : Bien sûr. L’Etat ne peut pas donner autant de ressources et ne pas vérifier la gestion. La mutuelle a mis en place elle-même certains mécanismes de contrôle. Il y a des audits interne et externe. Par ailleurs, nous avons reçu les instructions du Premier ministre de faire un audit de la gestion de la mutuelle. Cela a été fait par une institution internationale qui avait conclu « que la mutuelle rend de bons services aux enseignants ». Ce dernier avait aussi noté que les enseignants eux-mêmes sont très contents de la qualité de service rendu par la mutuelle.

L’Avenir: La MESP offre une prise en charge totale à ses mutualisés. Ne craignez-vous pas que cela puisse menacer la pérennité de la mutuelle ?

MMF : C’est vrai. Vous avez grandement raison. C’est un risque que nous prenons de prendre en charge toutes les pathologies mais nous n’avons pas de choix. Imaginez-vous que l’on dise à tous ceux qui vont dans des centres de santé: « votre pathologie n’est pas prise en charge par la mutuelle ». Imaginez-vous dans quel état psychologique serait cet enseignant ? C’est pourquoi, on s’était dit, on prend tout en charge. Au fur et à mesure que l’Etat est en train d’améliorer les revenus de nos amis enseignants, je suis sûr qu’il y aura un ticket modérateur ou un tiers payant parce que c’est comme ça dans toutes les mutuelles. On ne peut pas bénéficier des soins de santé gratuitement à cent pour cent. Il faut toujours que la personne malade puisse contribuer aussi. Nous ne sommes pas encore à ce niveau-là. Nous mesurons ce risque. C’est pourquoi la mutuelle réfléchit à promouvoir la prévention des maladies et à s’étendre à travers la République. Il faut pour ce faire une très bonne gestion, dégager suffisamment des ressources, continuer à frapper à la porte du Gouvernement qui doit comprendre aussi que les soins de santé de qualité des enseignants doivent être une priorité. Un enseignant qui est totalement pris en charge, qui n’a pas de souci de santé, va certainement s’adonner à son métier; son épouse ou son enfant blessé peut à tout moment se présenter avec sa carte dans une formation médicale. Ça doit être quelque chose de valorisant. Voilà pourquoi nous avons voulu, malgré la modicité du salaire de l’enseignant, que ce dernier mette sa contribution et vous avez de très bon résultat.

L’Avenir: Est-ce que vous pensez à ouvrir la mutuelle à d’autres professions ?

MMF : c’est un choix que le gouvernement peut lever. Mais je pense qu’il faut la préserver comme telle parce qu’il faut finir son extension à travers toute la République. Qu’elle s’installe sur toute l’étendue du pays pour que les enseignants puissent en bénéficier et je crois qu’après, le Gouvernement peut l’envisager. Pourquoi ne pas transposer cet exemple dans d’autres secteurs. La mutuelle est devenue aujourd’hui un modèle au niveau national mais aussi à l’extérieur. Aujourd’hui certaines personnes sont impressionnées par la qualité de service et la manière dont la mutuelle est gérée et en tant qu’asbl, je ne peux que dire bravo à ceux qui gèrent au quotidien de cette mutuelle.

L’Avenir: On a noté également que sont membres de droit de cette mutuelle, tous les anciens ministres de l’EPSP.

MMF: ça s’est pour la gestion. Ils sont membres de l’Assemblée générale.

L’Avenir: Et bénéficiaires également ?

MMF: Ils peuvent bénéficier s’ils contribuent. C’est un choix. L’ancien ministre honoraire de l’Education bénéficie des soins parce qu’il paye et ce n’est pas pris à la source comme nos amis enseignants. Tous les ministres qui sont passés au Ministère de l’Enseignement primaire secondaire et professionnel ont chacun donné un bon résultat. Nous voulons donc ne pas oublier ce que chacun a apporté et nous avons fait un appel pour que tous viennent. Ils acceptent. Personne ne peut croire que papa Yerodia est membre de l’Assemblée générale de la MESP. Personne ne sait par exemple que papa Losembe du Sénat est aussi membre de l’Assemblée générale de la MESP. Je crois que cette forme d’organisation permet d’avoir un regard sur les gestionnaires. Et là nous veillons que dans tous les centres les meilleurs lits et draps soient pour les enseignants. La meilleure réception, le meilleur accueil doit être en faveur des enseignants. Nous avons rompu avec certaines formations médicales parce qu’elles n’ont pas eu à satisfaire les enseignants… Ce fut le souci du Président de la République. Si l’enseignant est valorisé, la qualité des enseignements que nos enfants vont recevoir sera ce que nous recherchons. Nous allons mener une étude pour montrer l’impact de la mutuelle sur l’amélioration de la qualité des enseignements.

L’Avenir: Sur quel critère avez-vous choisi les établissements qui travaillent avec vous ?

MMF : nous travaillons avec le Ministère de la Santé et nous avons demandé une enquête de viabilité pour vérifier si ces Centres de santé méritaient une signature de convention avec la MESP; nous étions descendus sur terrain et une enquête a été menée chez tous les malades qui sortaient de ces centres de santé. On leur demandait comment ils étaient accueillis, soignés, dans quel état ils ont trouvé des latrines, est-ce que les gestionnaires étaient corrects ? Tout un éventail de critères que le Ministère de la Santé avait demandés. Une liste nous a été proposée par la suite par ce dernier. Avec la direction technique et nos médecins conseils de la MESP, on a vérifié si les formations médicales indiquées méritaient d’être partenaires de la MESP.

L’Avenir: Que diriez-vous à tous les partenaires qui travaillent avec la MESP et aux enseignants, bénéficiaires de la MESP ?

MMF : Nous demandons à toutes les formations médicales de recevoir les enseignants avec dignité puisque nous payons toutes les factures qu’elles introduisent. Je sais que, comme la mutuelle paye les factures, la fraude rode. Nous leur demandons de tout faire pour qu’à leur niveau toutes ses factures soient des factures réelles. De toutes les façons, il y a un service de vérification qui vérifie toutes les factures qui sont introduites avec les médecins. J’aimerais dire aux enseignants, que c’est leur mutuelle et ils doivent veiller sur la pérennité de cette mutuelle. Elle doit servir à d’autres enseignants qui vont venir demain. Les ressources que nous pouvons dégager dans les contributions des enseignants peuvent nous servir d’aller dans d’autres provinces. Ainsi, dis-je bravo à l’initiative, bravo aux instructions que nous avons reçues du Président de la République, bravo à l’équipe qui gère chaque jour la mutuelle. 5 ans c’est peu, 5 ans c‘est beaucoup. On peut avoir de très belles formations médicales mais l’accès aux soins de santé de qualité, c’est un problème. A travers le monde, nous voyons comment la plupart de gouvernements s’organise pour permettre l’accès aux soins en créant une certaine solidarité. Je crois que la mutuelle a été, selon les instructions du Président de la République, un pilote et je crois que le pilote a réussi son mandat.

 

L’Avenir: Pensez-vous que sans l’implication et la volonté du chef de l’Etat, vous auriez pu avoir ces très bons résultats ?

MMF: Ce n’est pas possible. Où allions-nous trouver les 50% des ressources pour faire fonctionner cette mutuelle. Ça pouvait être des études qui allaient enrichir nos tiroirs. Beaucoup de mutuelles ont commencé avant celle-ci, mais je crois que la prise en charge, la technicité de la MESP, dépassent tout entendement. Et ça, c’est parce qu’il y a un apport, un œil du Gouvernement. C’est très important. Je ne vois pas comment on pouvait réaliser une telle mutuelle sans l’apport du Président de la République.

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