Livraison des filles mineures à la vie conjugale: Les coutumes et la pauvreté des parents, entorse au changement culturel

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En République démocratique du Congo, le mariage est un des plus grands honneurs pour la femme. Et de manière implicite, la femme épousée va dans son foyer avec des obligations tacites imposée par l’environnement socioculturel. Il en résulte que la mariée ne doit pas oublier sa famille. En fait le mariage, pour la famille de la femme, est considéré comme une main- d’œuvre. C’est ainsi que lorsque certains parents ont du mal à subvenir aux besoins de leurs enfants, ils s’ils ont des filles en âge de procréer, peu importe qu’elles soient mineures, les parents les offrent en mariage à un homme qui pourrait bien s’assumer. Et par ricochet, la jeune mariée s’occupera de sa famille. Il est possible que ce qui précède ne soit pas l’unique raison du mariage précoce de la jeune fille ; mais plutôt une des plus grandes, puisque même pour ceux qui ne sont pas nécessiteux, l’aspect du mariage comme main-d’œuvre est d’essence culturelle.

En effet, L’Avenir-Femme a choisi se interlocuteurs pour l’éditions courante au village Lodi, dans la commune de la N’Sele. C’est là que les reporters ont débarqué, dans les agglomérations environnant  N’Djili-Kikimi (anciennement N’Djili- Brasserie). C’était dans l’intention de palper cette réalité qui, pour tout dire, bat son plein dans les milieux semi-ruraux de Kinshasa. Après avoir emprunté une moto pour aller à plus d’une dizaine de kilomètre,  au-delà de N’Djili-Brasserie, un entretien de porte à porte a été amorcé,  comme si les limiers de L’Avenir-Femme  s’intéressaient aux activités rurales du milieu. Entre les lignes, quelques questions étaient glissées, relatives à la situation du mariage précoce. Les réponses étaient liées à des valeurs traditionnelles qui ne donnent pas à la jeune fille la chance de mûrir et de décider du mariage par elle-même.

Dans une famille, Plamedi confie son cas : « … Je  me suis mariée quand j’ai fini mon cycle d’orientation. Mes parents disaient que je n’avais pas besoin de faire de hautes études. Pour ne pas perdre du temps, je devais vite me marier et faire vite des enfants et arrêter la maternité tôt, pour m’occuper de mon foyer, de mon mari, de mes enfants et aussi de mes parents ».

A la question de savoir si elle avait adhéré à cette  idée sans contrainte,  l’intéressée répond avec moult hésitations : «… heu ! Bon je n’avais pas trouvé du mal à cela. Mais après, certaines de mes copines ont appris un métier et elles sont un peu plus libres. Cela me dérange un peu. Mais moi, je suis mariée et j’ai mes enfants, c’est ma richesse. J’aimerais avoir plus de filles pour les marier. Elles m’aideront plus tard. Quelques rares filles sont parties en ville, prises en charge par des frères et sœurs de leurs parents, elles ne sont pas mariées et n’ont pas d’enfants… Apparemment, elles sont bien. Mais elles n’ont pas de valeurs parce qu’elles sont comme des femmes libres ».

 Quel âge as-tu, Plamedi ?

 Je suis née en 1996. Tu peux calculer ton âge à partir de ton année de naissance ? «  Eh ! Je ne sais pas… C’est à l’enrôlement pour avoir ma carte d’électeur que mon mari avait donné cette année. Il était à mes côtés parce que certaines questions, je ne les comprenais pas ».

Au regard de ce qui précède, le mariage précoce est une question liée à la pauvreté. Et cette dernière entretient des cultures, des coutumes, et des traditions qui laissent la jeune fille sans choix.

Selon, ‘’Plan international’’, un organisme qui travail pour la protection de l’enfant, la jeune fille est victime de l’inégalité des sexes, qui lui ôte dès l’enfance, le droit à l’éducation, au respect de son avenir…

Parmi les  principales causes de cette situation, la pauvreté est généralement en tête de lice. Mais aussi la négligence des services publics dans la sensibilisation pour l’octroi et l’acquisition du certificat de naissance. Document sans lequel il est difficile de prouver son jeune âge.

Les guerres successives dans lesquelles le pays s’est enlisé sont aussi une des raisons du phénomène mariage précoce. Parce que la pression économique est un poids qui pèse sur les foyers. Comme effet d’entrainement, en effet, des  familles opèrent parfois des choix inespérés.

Bien des risques sont à énumérer en ce qui concerne le mariage précoce. C’est notamment la violence et les abus sexuels dans le couple de la jeune fille, de la part du mari. Aussi le risque de dégradation de la santé devienne-t-il élevé. Parce qu’entre 15 et 19 ans, la jeune fille est exposée à la mortalité due aux grossesses précoces, au VIH/Sida. Dans le mariage, elle ne saura pas négocier de relations sexuelles protégées, du fait de son incurabilité parce qu’elle s’est mariée sans sa volonté.

Il faut considérablement lutter contre cette réalité qui paradoxalement enchante plusieurs hommes, imbus de préserver leur hégémonie sociale. Malheureusement, les moyens de lutte amorcées par des institutions étatiques et non étatiques se heurtent, le plus souvent aux traditions, aux coutumes et aux cultures relatives au mariage précoce entretenu par des conservateurs, du nombre desquels des personnes instruites.

A ce jour, cela va sans dire, la sensibilisation est le meilleur moyen. Elle doit se faire dans les milieux éducatifs et cela, depuis l’école primaire. L’ambition étant de rendre les jeunes visées culturellement capables de dire non et, au besoin,  de trouver soutien et réconfort aux autorités compétentes, pour être soutenues. Bien que cela ne soit pas encore une façon de faire acceptable dans les milieux du pays, mais l’implication du ministère de l’éducation est indispensable pour la réussite du changement des mentalités dans ce domaine. La création des lois luttant contre le mariage précoce, des actions de plaidoyer, aussi une des pistes.

Cependant, une bonne lutte exigerait une famille à l’abri des besoins primaires. Ce qui est loin d’être une réalité en République Démocratique du Congo.  Voilà pourquoi même sans moyens suffisants, les institutions non gouvernementales et les familles doivent continuer à faire ce qu’elles peuvent, pour que le message continue de passer de toutes les manières possibles. Et ce, pour sauver même une seule fille sur dix.

Hana Kel

 

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