Spécial Avenir Femme: Geneviève Inagosi conseille le dialogue aux couples

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Après la promulgation, le 26 juillet 2016, de la loi modifiant et complétant la loi portant Code de la famille, le quotidien L’Avenir, dans le cadre de la promotion  de la femme, a mis la main sur celle qui a été au four et au moulin de la réforme. Il s’agit de l’honorable Géneviève Inagosi, députée nationale élue de Wamba, dans l’ex-province orientale. L’ex-ministre du Genre, famille et enfant et actuelle présidente du conseil d’administration de l’Office nationale d’identification de la population, ONIP reconnaît que les débats ont été très nourris dans les deux chambres du Parlement. Mais l’essentiel pour elle, c’est d’avoir obtenu le résultat escompté, c’est-à-dire l’abolition de l’autorisation maritale. A l’en croire, dans les couples où le dialogue règne, où il y a la concertation mutuelle, il n’y a pas de problème. Mais c’est dans les couples où les hommes veulent s’imposer en maîtres absolus, en dictateurs, que le problème se pose. Elle termine en précisant que la réforme n’encourage pas la rébellion ; cela vise plutôt à conformer le Code de la famille à la constitution qui stipule, en son article 14, que l’autorité publique doit supprimer toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Mais aussi ce code se conforme aux instruments juridiques régionaux et internationaux auxquels le pays a souscrit, notamment la convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard de la femme. Ci-dessous, l’interview :

L’Avenir : Comment réagissez-vous à la promulgation par le Chef de l’Etat de la loi modifiant et complétant la loi n°87-010 du 1er août 1987 portant Code de la famille?

Géneviève Inagosi : Je suis très heureuse de voir enfin aboutir le projet de loi portant modification du Code de la famille, parce que c’est un dossier qui a suivi un très long parcours. Moi-même, j’ai eu à m’impliquer d’abord pour son examen laborieux au niveau du Gouvernement. Après son adoption au Gouvernement, il a été transmis aux deux Chambres du Parlement. En date du 30 mars 2014, j’ai eu à le défendre en plénière devant le Sénat, et il s’en est suivi un examen minutieux toujours au niveau du Sénat qui l’a lu en deuxième lecture et l’a transmis à l’Assemblée nationale.  La providence a fait que je sois revenue à l’Assemblée nationale et je suis membre de la commission Politique, administrative et juridique, PAJ. J’ai suivi le dossier, cela n’a pas été facile. Le plus important, ce n’est pas le chemin que cela a parcouru, mais le résultat, notamment la promulgation par le Président de la République. Je dois, pour ce faire, féliciter sincèrement l’ensemble de femmes de la Rd Congo, chacune en ce qui la concerne, qui est intervenue dans le processus de sa révision, mais aussi les sénateurs qui ont enrichi et amendé cette loi, aussi les députés qui l’ont examinée. Même si le débat était très difficile parce qu’il y a eu des options levées et qui ont été controversées par certains collègues que ça soit au niveau de l’Assemblée ou du Sénat. L’essentiel pour nous, nous avons obtenu le résultat escompté, celle de l’abolition de  l’autorisation maritale.

Quels sont les points forts de cette réforme ?

Le point fort de cette réforme, c’est d’abord l’abolition de l’autorisation maritale. Et puis, la conformité du Code de la famille par rapport à notre constitution qui stipule, en son article 14, que le pouvoir public doit supprimer toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Le Code antérieure avait quelques discriminations, parce que les femmes et les hommes n’avaient pas les mêmes droits. Par exemple, la femme pouvait se marier à l’âge de 14 ans  contrairement aux garçons et la femme mariée avait perdu certains droits parce qu’elle devait se soumettre à l’autorisation maritale pour pouvoir travailler, même pour ester en justice.  Ça c’est quelque chose qui appartient désormais au passé. Mais aussi ce code se conforme aux instruments juridiques régionaux et internationaux auxquels notre pays a souscrit, notamment la convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard de la femme.

Une certaine opinion vous qualifie d’avocate  des femmes « têtes brûlées ». Qu’en pensez-vous ?

Rires. Non ! Il n’y a pas de femmes « têtes brûlées ». C’est une question essentiellement de justice. C’est le droit des femmes. Vous savez que je suis moi-même mariée ? Je n’ai pas de problème dans mon foyer à cause de cela. Mais il y a encore certains hommes qui ne comprennent pas le bien-fondé de cette loi-là. Parce qu’aujourd’hui, les hommes se comportent différemment quand on est parent d’une fille, ou quand on n’a pas de filles, on est marié ou on ne l’est pas. S’il est marié, l’homme considère la femme comme la fille d’autrui. Par contre, lorsque vous lui dites que la loi est valable pour votre fille, pour qui vous avez consenti des sacrifices énormes pour payer ses études, l’attitude change carrément. Il n’y a pas de tête brûlée, c’est question de justice. Comment voulez-vous ? Quand vous êtes allés à l’Université, vous et moi, nous avons étudié avec les garçons et les filles et ce sont les mêmes matières qui nous ont été dispensées à nous tous. Mais de quel droit vous pensez que parce que moi je suis mariée, je perde tous mes droits en rapport avec le garçon qui hier était pour moi un condisciple ? Sur base de quoi ? Nous subissons encore le poids de nos us et coutumes, ainsi que de nos traditions. Je ne dis pas que celles-ci sont mauvaises. Nous avons des valeurs que nous devons promouvoir dans nos traditions. Par contre, nous évoluons. Le monde demande que la fille et le garçon, que l’homme et la femme, nous puissions contribuer au développement de notre pays. Ce n’est pas que les hommes soient devant et les femmes derrière, non. Nous devons contribuer ensemble au développement de notre pays. C’est cette complémentarité que moi je prône. Je n’appelle pas à la rébellion. Il n’y a pas de femmes « têtes brulées », c’est question de justice.

Apparemment vous conseillez le dialogue dans le couple ?

Ce que nous demandons au couple, c’est le dialogue. Dans les couples où le dialogue règne, la concertation mutuelle, il n’y a pas de problème. Mais c’est dans les couples où les hommes veulent s’imposer en maîtres absolus, en dictateurs, que le problème se pose. Je veux que dans les couples l’on promeuve le dialogue en tout et pour tout. Ce que je veux, c’est que lorsque vous vous réveillez, vous faites le programme d’activités pour votre famille, vous devez vous entendre pour le bien de la famille. C’est seulement ça.

Votre dernier mot ?

Mon  dernier mot, c’est de dire qu’il faut que les hommes comprennent que le Code de la famille n’encourage pas la rébellion. Il n’est venu que rétablir la justice. Qu’on donne désormais et aux filles et aux garçons les mêmes opportunités. Et que les hommes, quand ils épousent les femmes, qu’ils ne considèrent pas que c’est une faveur faite. Je pense que vous avez besoin d’un complément. Sinon, les hommes vivraient seuls. Pourquoi vous ne vous dites pas que vous mourrez célibataire ? Peut-être c’est le vœu de chasteté que les prêtres, les religieux et religieuses prononcent ! Donc, c’est cette complémentarité-là. Donc dans nos foyers, nous devons promouvoir le dialogue pour le bien de notre couple. Moi-même, je n’ai eu l’occasion de consulter le Code de la famille que dans le cadre professionnel, c’est-à-dire que je n’en ai jamais eu besoin. Je pense que beaucoup de couples qui nous lisent vont connaître le bien-fondé du Code et aussi le vulgariser, pour désormais permettre aux hommes et aux femmes d’avoir les mêmes droits, les mêmes opportunités. Parce que naturellement parlant, les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes opportunités, au regard notamment des dissemblances biologiques. Que les uns et les autres se respectent mutuellement.

Propos recueillis par Jean-Marie Nkambua

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