Les suites des élections sénatoriales: La gestion de la communication du président divise

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Des erreurs dans la communication du nouveau chef de l’Etat se multiplient. Elles pourrissent malheureusement son début de quinquennat. Etaient-elles évitables ? Absolument oui. Est-il trop tard pour remettre de la sérénité dans ce secteur clé ?  La réponse est nuancée.

Les deux décisions de Felix Tshisekedi en rapport avec les élections sénatoriales ont soulevé des commentaires divers. Il lui est fait globalement grief d’avoir empiété sur les compétences de la CENI et de la Justice. Pour le défendre, certains puisent dans le passé récent, afin d’y trouver de la « jurisprudence ».  Un exemple revient souvent, c’est celui du renvoi des élections dans le Nord-Kivu et le Maï-Ndombe. Une réunion interinstitutionnelle avait, disent certains, pris la décision en lieu et place de la CENI. Qu’en est-il exactement ?

Lorsque la CENI a annoncé, mercredi 26 décembre 2018, le report des élections directes dans les circonscriptions électorales de Beni, Beni-ville et Butembo-ville, la pullule est passée sans beaucoup de difficultés. Pourquoi ? Parce que ce report était dans l’air depuis plusieurs semaines.

L’on se souvient que la question avait été abordée treize jours auparavant, lors de la réunion interinstitutionnelle du 14 décembre 2018, autour du président Joseph Kabila. Henri Mova, l’un des participants à  cette rencontre et ministre de l’Intérieur de l’époque avait, dans la foulée, appelé la CENI à  prendre conscience de l’importance des risques que représentait Ebola.

Il y a donc eu, en amont, concertations entre l’Exécutif et la Centrale électorale pour parvenir à la nécessité de reporter les élections dans ces trois coins. Toutefois, l’annonce du report a été laissée à la seule compétence de la CENI. C’est ce qui a cruellement manqué au nouveau président de la République.

On ne peut nier qu’il y avait malaise face aux dénonciations de vaste corruption,  avant, pendant et après les élections sénatoriales. On ne peut contester que notre démocratie fût moquée, fragilisée, par tout ce qui se racontait, dans les réseaux sociaux, autour de l’achat des voix des députés provinciaux. Le terrain était donc propice aux mesures prises. Toutefois, Felix Tshisekedi et son équipe sont peut-être allés vite en besogne. Il n’aurait pas été difficile, au nom de la confiance des Congolais en leurs institutions, de pousser la CENI, du reste compétente, à  reporter l’élection des gouverneurs, sans grogne populaire. Au lieu de cela, les Congolais sont aujourd’hui divisés et une partie d’entre eux est vent debout contre le chef de l’Etat.

Le président a commis une grosse erreur en prenant et publiant les deux décisions controversées, a l’issue de la dernière réunion interinstitutionnelle.  Le président s’en est très vite rendu compte. En ce qui concerne le renvoi sine die de l’élection des gouverneurs et vice-gouverneurs, il a, depuis quarante-huit heures, initié des négociations en coulisses qui devront, selon nos sources, conduire au report d’un mois de ces élections. Les participants seraient d’accord là-dessus. La CENI devrait l’annoncer, sous peu, selon nos informations. Le camouflet médiatique était donc évitable.

Pour ce qui est de la suspension de l’installation de nouveaux sénateurs, l’article 114 de la Constitution tranche la situation. Après la tenue du scrutin, personne ne peut plus bloquer la machine. Même pas le président de la République. En effet, aux termes des dispositions de l’article précité : « Chaque Chambre du Parlement se réunit de plein droit en session extraordinaire le quinzième jour suivant la proclamation des résultats des élections législatives par la Commission électorale nationale indépendante (CENI)… ».

La session se tiendra donc de plein droit dans ce délai. Ici encore, ça ne servait pas à grand-chose d’user de précipitation. Il aurait fallu, au président, de favoriser la mise en mouvement de l’action pénale et des enquêtes sérieuses contre tous ceux qui sont soupçonnés d’avoir été corrompus. Les preuves contre eux, bien que difficiles, sont existantes. Dès lors que la justice aurait condamné les députés provinciaux poursuivis pour corruption, leur invalidation du Sénat s’en serait suivie. La chambre haute aurait été ainsi assainie en respectant la Constitution, du reste. Aujourd’hui, les faits de corruption deviennent difficiles à établir. Et ce, parce que les autorités judiciaires ont mis du temps à réagir. Et si elles ont mis du temps à réagir, c’est parce que la Présidence ne disait rien non plus. Pourtant, la presse avait fait étalage des candidats sénateurs qui se retiraient pour cause de corruption.

Une meilleure communication aurait conseillé au chef de l’Etat, garant du bon fonctionnement des institutions, de sortir de son silence avant la tenue des élections sénatoriales, en brandissant la menace d’invalidation et la consolidation par tous, de notre jeune démocratie.

En somme, il est crucial de muscler toute sortie médiatique du premier citoyen congolais.

Noëlla Mbula

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