L’EGLISE CATHOLIQUE DANS LA NECROPOLITIQUE EN RD CONGO : UN PHENOMENE SOCIETAL INTERPELLANT

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L’implication politique de l’Eglise Catholique de la RD Congo dans un stratagème de l’opposition pour un changement de régime est un nouveau phénomène sociétal. Un stratagème qui dans la déconstruction politologique relève de l’instrumentalisation de la mort sur le registre de la nécropolitique – pour reprendre le concept luminescent  de l’historien et penseur Africain Achille Mbembe. Principe machiavélique limpide: causer ou faire causer des morts et exploiter cette rebutante extinction de la vie afin de conquérir ou même de préserver le pouvoir. A ce sujet, les trois marches dites pacifiques organisées par les Laïcs Catholiques, avec la bénédiction de l’Eglise Catholique, continuent à défrayer les chroniques nationales et internationales. Les bavures policières subséquentes (inéluctables dans un Etat fragile post-conflit) ont causé des morts. L’image du Congo comme la terre des absurdités politiques infinies s’est enrichie d’un nouveau coup de pinceau avilissant. Au plan principiel, les marches en elles-mêmes sont légitimes. Mais les observateurs élucidant ont noté qu’elles ne jouissent pas de cohérence dans leur finalité. Tantôt l’application intégrale de l’Accord de la Saint-Sylvestre, tantôt la transition sans Joseph Kabila, tantôt la libération totale du Congo. C’est dans cette nouvelle dynamique que l’Eglise Catholique affirme être engagée à «lutter pour l’instauration de l’Etat de Droit.» Désormais elle fait sien un combat essentiellement et éminemment  politique de feu Dr. Etienne Tshisekedi et l’UDPS. Cette nouvelle orientation résolument politique de l’Eglise Catholique engendre un visqueux problème de société. Cela exige une réflexion substantielle par les intellectuels républicains alertes aux dynamiques de notre existence collective.

En effet, l’Eglise Catholique est une importante institution de notre société, voire une actrice majeure de notre éclosion existentielle. Elle a participé à la structuration de notre histoire, et notre trajectoire en tant que nation. A ce titre, elle n’appartient pas seulement aux Catholiques mais à toute une nation. Cette cognition permet de réaliser que son opérationnalité a un impacte sur toute la société. Ainsi donc, la société ne peut pas être pétrifiée par la déclamation de l’omniscience des animateurs de cette institution, pour laisser cette structure sociétale vitale être lancée dans n’importe quelle entreprise. Face à l’engagement de l’Eglise Catholique, sous l’impulsion  politique du CLC, à lutter politiquement, la société devrait se poser des questions profondes. Nous avons le devoir d’élucider le sens non déclamé de cette nouvelle dynamique pour la collectivité par rapport aux enjeux nationaux et internationaux.

  1. DERRIERE LES MARCHES PACIFIQUES : LE DEROULEMENT DU SCHEMA CANVAS EN NECROPOLITIQUE

Il est établi, avec factualité et actualité, que les Laïcs Catholiques, une frange de la Société Civile et l’opposition dite radicale ont souscrit au schéma de «regime change» (changement de régime) par l’insurrection urbaine. Ce schéma est conceptualisé par les académiciens de la gauche  Américaine, notamment le Professeur Gene Sharp dans l’ouvrage «From Dictatorship to Democracy» (De la Dictature à la Démocratie) et  la Professeure Erica Chenoweth dans son livre intitulé «Why Civil Resistance Works » (Pourquoi la Désobéissance Civile est Efficace). Cette technique a été promue à partir de l’Europe de l’Est par le CANVAS (Centre for Applied Non-Violence Strategies). Le schéma dénommé «how  to topple a dictator by non-violent means » (comment écrouler un dictateur par les moyens non-violents) a été appliqué en Ukraine, en Géorgie, en Maldives, en Tunisie, en Macédoine, et dans une certaine mesure en Egypte. La formule a été aussi mise en œuvre au Burkina-Faso (grâce à un Ambassadeur Américain Démocrate d’origine Congolaise !). Wikileaks avait révélé en 2013 que le milliardaire Américain Soros finançait  CANVAS, dirigé par Srdja Popovic, pour l’expansion de ses activités dans le monde, notamment en Afrique. Cette relation a été aussi étalée par Patrick Henningsen du journal The Guardian (15 Novembre 2011). Les relations de l’opposition congolaise radicale avec la gauche des Démocrates anti-kabilistes est un fait notoire. Donc les ramifications transitives avec CANVAS sont indéniables.

En RD Congo, les sessions d’endoctrinement sont parties de l’Ile de Gorée. Elles ont été poursuivies dans les officines des stratégistes internationaux du schéma régime change, notamment dans les milieux de l’extrême gauche des Démocrates aux USA. Dès 2016, l’opposition Congolaise radicale a tenté de matérialiser ce schéma d’insurrection urbaine en le rationalisant avec le label de «marche pacifique» sans beaucoup de succès. Les partis politiques de l’opposition dite extrémiste n’étant plus tellement écoutés par la population depuis le décès de feu Dr. Tshisekedi, la nouvelle option levée est d’exploiter la crédibilité de l’Eglise Catholique. Ainsi, on recourt aux paroisses comme des «foyers d’incandescence révolutionnaire.» Et donc, on pousse les Catholiques auxquels se joignent les militants des partis radicaux à la marche le dimanche à la sortie des paroisses, en sachant consciemment qu’il y aura des morts. A  tort ou à raison les agents de l’ordre ouvrent le feu. La conscience nationale et internationale est choquée. Ainsi, on mobilise l’opinion mondiale pour le départ d’un «régime sanguinaire». En RD Congo la matérialisation de cette option envisageait une transition avec le Dr. Mukwege comme président de la République (Jeune Afrique : «Denis Mukwege et la question Congolaise dans les Coulisses du Global Positive Forum », en ligne, 08 Septembre 2017).  Il apparait aujourd’hui que cette possibilité aurait été ensuite élaguée en faveur du Cardinal Monsengwo. Celui-ci présente l’avantage d’avoir un background  politique et institutionnel bien garni. L’argument des marches pacifiques avec des bibles et autres chapelets sert d’artefact rituel et discursif : il donne un apparat et appât moral à la tactique de «la nécropolitique made in Congo

  1. LA GEOPOLITIQUE ACTUELLE VERSUS LE SCHEMA REGIME CHANGE EN RD CONGO : UNE POLITOSCOPIE REALISTE

Il semble donc qu’en dépit de la légitimité de leur combat en faveur de la consolidation du processus de la démocratisation, l’Eglise Catholique, l’opposition, les Laïcs et le Cardinal Monsengwo, ne fondent pas leur démarche sur un décryptage lucide et conforme aux enjeux nationaux et mondiaux. Au plan interne, le régime de Kabila n’est pas abjectement de type totalitaire comme celui du Marechal Mobutu. Ce dernier fut miné par une quintuple absence d’essence électorale, de constitutionalité, de perspective électorale, en plus de l’Etat disloqué et l’économie en déliquescence totale. Dans le régime actuel en instance de démocratisation, il existe une constitution démocratique, des institutions, une «légitimé électorale résiduelle», une perspective électorale visible, un Etat en reconstruction et une économie en croissance.

En plus, les puissances régionales semblent être en bonne intelligence avec le régime de J. Kabila. L’arrivée des présidents régionaux (Denis Sassou Nguesso, Ali Bongo, Joao Lourenço, Emmerson Mnangagwa) à Kinshasa en cascades en dit long. L’Angola est la plus grande puissance régionale. Elle ne vat pas certainement accepter l’instabilité institutionnelle assortie d’insurrection en RD Congo, à cause de la catastrophe humanitaire que cela porte pour ce pays (les effets  du drame du Kasaï au Nord de l’Angola sont éloquents). Et plus périlleux encore, à moins d’être conduit par une pulsion aveugle d’accession au pouvoir quelque soit le prix, on ne peut pas penser que J. Kabila et ses associés politiques et militaires vont simplement «dégager» et aller pleurer dans un coin de la République. Ils sont décidés à résister contre tout coup d’Etat, quelque soit sa rationalisation et sa forme. Le Président J. Kabila n’est pas un Président Mobutu terrassé par la maladie et qui ne pouvait pas se défendre. Humilié et évacué par un coup de force même rationalisé par l’Eglise Catholique, le fils du révolutionnaire Mzée Laurent Kabila va inéluctablement s’engager dans une résistance armée farouche. Il la justifiera avec l’argumentaire (intelligible du reste) selon lequel son exercice de pouvoir, même porteur de légalité résiduelle fondée sur la Constitution (…jusqu’à ce que le nouveau président élu soit installé) a été interrompu par une modalité illégale. Et, au plan moral, ce qu’une certaine opinion trouve très insolite (…farfelu) c’est que ce changement de régime en faveur de laquelle l’Eglise Catholique milite ramènera aussi au pouvoir les anciens alliés du même Joseph Kabila – qui  sont les co-architectes du régime et ne sont pas du tout porteurs de sainteté politique absolue.

Au plan international, il y a la domination de l’arène mondiale par les forces de la droite et surtout les conservateurs aux USA et en Europe. Ceux-ci sont allergiques aux dynamiques révolutionnaires et à la déstabilisation institutionnelle. La droite occidentale redoute l’instabilité grandissante en Afrique qui provoque des flux massifs des migrants vers l’espace Euro-américain. On y note aussi le «surengagement» des puissances internationales dans les autres foyers de guerre en Afrique. Elles ne sont pas prêtes à accepter une autre intervention dans une autre guerre dans le sous-continent congolais. Par ailleurs, il y a la crainte de la perturbation de la croissance économique nationale en RDC et de la croissance mondiale. Celle-ci dépend aussi des matières premières stratégiques Congolaises (cuivre, cobalt, niobium, germanium, colombite). Toute instabilité généralisée en RD Congo va avoir des conséquences ébranlantes dans la production du Cobalt dont ce pays détient plus de 50 % de gisement. L’industrie montante des véhicules électriques et des Smartphones en souffrirait dramatiquement. De même, les cours de l’or (rempart des épargnes) dont la RD Congo devient un des plus grands producteurs mondiaux, connaitront des oscillations aux conséquences néfastes dans les bourses internationales. Ces faits démontrent éloquemment que le Dr. Prunier avait raison lorsqu’il avait prophétiquement relevé, à Washington en 2015,  la persistance de l’importance stratégique du Congo dans un article au titre fort éloquent : «Why the Congo Still Matters» (Au think-tank Américain The Atlantic Council / Africa Center).

A la lumière de ce décryptage, il semble qu’aussi bien intentionnée qu’elle puisse éventuellement être, la démarche de l’Eglise Catholique n’est pas nécessairement porteuse de valeur ajoutée pour la société. Si cette institution sociale et morale estime que le pays n’est pas bien géré politiquement, la meilleure formule, en conformité avec le Rerum Novorum de 1891, est de promouvoir la formation d’un parti politique d’essence Catholique. Ses animateurs vont entrer en compétition politique aux élections pour conquérir le pouvoir. C’est possible même que ce parti éclipse l’opposition traditionnelle. Ainsi, les politiciens Catholiques pourront réaliser un programme répondant aux exigences de la mission sociale de l’Eglise Catholique. L’Eglise Catholique peut aussi entreprendre d’encourager l’opposition (en fragmentation et étiolement) à se réorganiser et à jouer son rôle avec efficience pour l’accélération de la démocratisation.

CONCLUSION : L’INTELLIGENCE POLITIQUE COLLECTIVE ET LE CHEMINEMENT APAISE VERS LES ELECTIONS CREDIBLES

Aux yeux des penseurs élucidant la RD Congo est passée de la Guère Mondiale Africaine, à une sorte de guerre politique césaropapiste moyenâgeuse, avec une Eglise Catholique qui veut définir le jeu et les enjeux politiques et déterminer qui peut exercer le pouvoir.  Mais, avec toutes ces marches couvrant un schéma d’insurrection urbaine  en exploitant les paroisses catholiques, c’est le Président J. Kabila et sa MP qui doivent nécessairement décrisper la situation. Celle-ci est relative à la libération des prisonniers dits « emblématiques», le retour des exilés politiques, la correction des partis politiques dédoublés, et l’ouverture des medias fermés. Il n’y a pas mille solutions. Il est vrai que dans le cas où un groupe d’individus a déjà levé l’option du régime change, la décrispation peut ne pas évaporer leurs velléités anticonstitutionnelles de l’accès au pouvoir par l’insurrection urbaine. Mais, mieux vaut tenter une solution conciliatrice que sombrer dans le fatalisme.

Dans cette optique, le concept de l’intelligence politique collective se réfère à une faculté rationnelle de l’ensemble de la société, et surtout de toute la classe politique, décryptant les enjeux nationaux et internationaux avec réalisme (la realpolitik). L’Eglise Catholique est aussi soumise au principe de la rationalité limitée – bounded rationality d’Herbert Simon. Elle n’est donc pas du tout omnisciente. Sa faculté prophétique est plus dénonciatrice que limpidement prédictive : elle ne peut pas prédire avec exactitude ce à quoi peut déboucher le stratageme de régime change. L’idéalisme beat couplé à l’impulsion égotiste myope pour accéder au pouvoir est souvent contre-productif. La logique et l’éthique (vertu) républicaine impose impérativement que l’on s’exorcise de la pulsion thanatos de l’anéantissement ou de l’avilissement des autres (en oubliant ses propres déficiences), simplement pour placer des individus au pouvoir ou préserver sa jouissance par le groupe qui le détient.

Au plan national, au regard des impératifs éthiques de notre société, l’Eglise Catholique est censée être la gardienne du principe parétien des actions humaines véridiques, justes et productrices des valeurs ajoutées pour la res publica – comme idée de la raison au sens Kantien. Sous cet angle, la modalité conséquentielle réductrice des pertes et des périls, maximisant les gains et les certitudes pour tous, est la seule capable de nous faire cheminer vers les élections crédibles et pacifiques. La démocratie contemporaine est essentiellement humaniste et délibérative comme la cerne l’éminent  membre de l’Ecole de Francfort, le Dr. Habermas. Ainsi donc dans la démocratie moderne qui développe les nations, en permettant leur extirpation des contradictions, le dialogue permanent est incontournable. Il concilie les intérêts. Cette modalité est indispensable pour la protection du patrimoine commun et le progrès d’ensemble vers la Réinvention du Congo.

(Hubert Kabasu Babu Katulondi, Libre-penseur et Ecrivain)

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