LE TANDEM USA-UK SOUTIENT LA TRANSITION AVEC LE PRESIDENT KABILA : REALPOLITIK ET GEOSTRATEGIE

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Le tandem USA-UK trône à la proue de la diplomatie mondiale. Et ces puissances internationales ont affirmé, par le biais de leurs diplomates à Kinshasa, qu’elles soutiennent la transition en RDC conduite par le Président Kabila. L’annonce faite le 20 Décembre 2018, est une contrariété vis-à-vis de la nouvelle mouvance religio-politique Congolaise visant une «transition sans Kabila.»Cette position sans ambigüité des deux puissances internationales, rejette donc le principal objectif de ces marches. Mais, ces puissances semblent avoir coupé la poire en deux. C’est-à-dire pas de transition sans J.Kabila, mais le régime doit intégralement appliquer l’Accord de la Saint Sylvestre. Dans cette réflexion, il est question d’élucider la rationalité et le sens ultime du message transmis par les USA et le Royaume Uni aux protagonistes politiques et religieux Congolais. Bien au-delà, la finalité est de proposer, par le biais de la pensée transcendantale et symétrique (équilibrée), une modalité de dénouement porteuse de vertu parétienne. C’est-à-dire la voie de sortie consolidatrice de la cohésion nationale et propice à une avancée paisible vers les élections crédibles.

  1. LES USA, LE ROYAUME UNI ET LE REALISME GEOSTRATEGIQUE D’UNE TRANSITION PAISIBLE EN RDC

Contrairement aux affirmations de certains intellectuels pseudo-nationalistes et xénophobes, les Anglo-Saxons ne sont pas foncièrement des prédateurs auteurs exclusifsdes malheurs du Congo. Comme, on le note aujourd’hui, les prises des positions Anglo-américaines vis-à-vis de la RDC ont souvent été opposées à celles des colonisateurs Belges. Il existe des pages entières de l’histoire de la RDC où les Américains et les Anglais ont fait preuve d’un sens très élevé d’humanisme et de justicepar rapport aux problèmes du Congo. Il s’agit, par exemple, de la campagne menée par les Anglais et les Américains contre le génocide perpétré par les Belges dans l’EIC. Ensuite, les Américains émirent des réserves concernant le transfert du Congo (EIC) et sa colonisation par les Belges. Plus tard, dès son élection le Président Kennedy s’engagea à faire libérer Lumumba comme le relève l’illustre académicien Congolais, le Professeur NzongolaNtalaja (Dans son livre intitulé « Patrice Lumumba », 2014). Mais, les radicaux Belges précipitèrent l’assassinat de Lumumba le 17 Janvier 1961, trois jours avant la prestation de serment de Kennedy le 20 Janvier 1961. Puis, le Président Kennedy, conscient de la mort de Lumumba pour l’unité du Congo, influença personnellement l’ONU pour la fin de la sécession du Katanga. Celle-ci fut concoctée et mise en marche par les colonisateurs Belges.

Aujourd’hui encore, les Anglo-Saxons font preuve du sens de la juste mesure de la realpolitik congolaise, à contrario des Belges.Alors que la position des anciens colonisateurs vis-à-vis de la crise en RDC semble pencher du coté qui veut ruiner la République, les Anglo-Saxons, eux, préconisent un schéma  conciliant. Mais, d’autres raisons relatives à la cohésion interne, à la stratégie sécuritaire et à l’économie nationale et mondiale sont captables chez les Anglo-américains.

En ce qui concerne la cohésion interne et la stabilité du Congo, les USA et le Royaume Uni décryptent avec lucidité le rapport des forces entre les protagonistes Congolais. Ces puissances savent qu’une transition sans J.Kabila, dans l’humiliation, est non seulementdifficileàréaliser tactiquement, mais elle est une option extrêmement ruineuse. Elle engendrera une guerre civile en RDC car J.Kabila et sa MP résisteront, même militairement. Le compromis est incontournable : de la realpolitik. Il faut noter que les administrations anglaises et américaines, toutes deux gérées par les Conservateurs, sont pragmatiques. A cet égard, Il convient de souligner que les Conservateurs souscrivent au principe politologiqueselon lequel il est dangereux de déclencher un changement brutal de l’ordre politique, sur la seule base d’un idéal projeté sans cerner les impondérables (le cas libyen l’a démontré). Au regard de la RDC, les Anglo-américains préfèrent une mutation politique contrôlée, tenant compte des réalités contextuelles. Il est très important de soulignerque les Conservateurs Anglo-américains sont opposés à l’excès d’idéalismedémocratique des forces de la gauche (socialistes, travaillistes et démocrates) qui promeuvent le régimechange(changement brutal des régimes) dans le monde.Cette rationalité est liée à la seconde. Les Anglais et les Américains qui contribuent toujours avec plus de ressources financières dans la résolution des crises en Afrique, ont levé l’option d’éviter une autre guerre civile à gérer en RDC. Avec les guerres en Libye, au Sud-Soudan, en  RCA, et la montée de la violence islamiste dans la bande du Sahel, les anglo-saxons ne sont pas prêtsà accepter le chaos en RDC.

Mais, il y a aussi la dimension économique tant nationale qu’internationale. On observe la fulgurante reprise de l’économie mondiale basée sur le high-tech, avec une très forte demande du cuivre et cobalt (dont le prix a presque tripléà $74.000 la tonne) et les besoins croissants en niobium congolais. Ainsi, toute guerre civile en RDC perturberait le marché de ces matières stratégiques. La guerre en RDC déstabiliserait sa croissance économique, réduirait ses revenus internes et compromettrait son processus électoral. Cette situation réduirait la production interne des minerais stratégiques. Les prix flamberaient. L’économie mondiale en pâtirait. En d’autres termes, le cout ultime d’une option inconstitutionnelle déstabilisatrice de ce pays est trop élevé tant pour les Congolais que pour la communauté internationale.

  1. LES LAÏCS CATHOLIQUES, L’OPPOSITION ET LES PERILS DE L’INSURRECTION URBAINE POUR L’ACCES AU POUVOIR

Il est établi, avec factualité et actualité, que les Laïcs Catholiques, une frange de la Société Civile et l’opposition dite radicale ont souscrit au schéma de «regime change»(changement de régime) par l’insurrection urbaine. Ce schéma est conceptualisé par les académiciens de la gauche  Américaine, notamment le Professeur Gene Sharp dans l’ouvrage « FromDictatorship to Democracy » (De la Dictature à la Démocratie) et  la Professeure Erica Chenoweth dans son livre intitulé«Why Civil Resistance Works » (pourquoi la désobéissance civile est efficace). Cette technique a été promue à partir de l’Europe de l’Est par le CANVAS (Centre for Applied Non-Violence Strategies). Le schéma dénommé «how  to topple a dictator by non-violentmeans » (comment écrouler un dictateur par les moyens non-violents) a été appliqué en Ukraine, en Géorgie, en Maldives, en Tunisie, en Macédoine, et dans une certaine mesure en Egypte. La formule a été aussi mise en œuvre au Burkina-Faso (grâce à un Ambassadeur Américain Démocrate d’origine Congolaise !).Wikileaks avait révélé en 2013 que le milliardaire Américain Soros finançait  CANVAS, dirigé par SrdjaPopovic, pour l’expansion de ses activités dans le monde, notamment en Afrique. Cette relation a été aussi étalée par Patrick Henningsen du journal The Guardian (15 Novembre 2011).

En RD Congo, les sessions d’endoctrinement sont parties de l’Ile de Gorée et ont été poursuivies dans les officines des stratégistes internationaux du schéma régime change, notamment dans les milieux de l’extrême gauche des Démocrates aux USA. L’opposition Congolaise radicale a tenté de matérialiser ce schéma d’insurrection urbaine en la rationalisant avec le label de «marche pacifique» sans beaucoup de succès.Les partis et les leaders politiques de l’opposition dite radicale n’étant plus tellement écoutés par la population, la nouvelle méthode choisie est d’exploiter la crédibilité de l’Eglise Catholique. Ainsi on recourt aux paroisses comme des «foyers d’incandescence révolutionnaire.»Et donc, on pousse les Catholiques à la marche, les agents de l’ordre ouvrent le feu, la conscience internationale est choquée, et on mobilise l’opinion mondiale pour le départ d’un «régime sanguinaire». En RD Congo la matérialisation de cette option envisageait une transition avec le Dr. Mukwege comme président de la République (Jeune Afrique : «Denis Mukwege et la question Congolais dans les Coulisses du Global Positive Forum », En ligne, 08 Septembre 2017).  Il apparait aujourd’hui que cette possibilité aurait été ensuite élaguée en faveur du Cardinal Mosengo. Celui-ci présente l’avantage d’avoir un background  politique et institutionnel bien garni.

Il semble donc qu’en dépit de la légitimité de leur combat en faveur de la consolidation du processus de la démocratisation, l’opposition, les Laïcs et le Cardinal Mosengo, ne fondent pas leur démarche sur un décryptage lucide et conforme aux enjeux nationaux et mondiaux. Au plan interne, le régime de Kabila n’est pas de type totalitaire comme celui de Mobutu. Ce dernier fut miné par une quintuple absence de légitimité électorale, de constitutionalité, de perspective électorale, en plus de l’Etat disloqué et l’économie en déliquescence totale. Dans le régime actuel en instance de démocratisation, il existe une constitution démocratique, des institutions, une «légitimé électorale résiduelle», une perspective électorale visible, un Etat en reconstruction et une économie en croissance. Au plan international,il y a la domination de l’arène mondiale par les forces de la droite et surtout les conservateurs aux USA et au Royaume Uni. On y note aussi le «surengagement» des puissances internationales dans les autres foyers de guerre en Afrique. Elles ne sont pas prêtes à accepter une autre intervention dans une autre guerre dans le sous-continent congolais. Par ailleurs, il y a la crainte de la perturbation de la croissance économique nationale en RDC et de la croissance mondiale dont l’industrie dépend aussi des matièrespremièresstratégiques Congolaises (cuivre, cobalt, niobium, germanium). Tous ces facteurs rendent tout renversement du pouvoir par une modalité insurrectionnelle urbaine périlleuse, sinon impossible. En plus les puissances régionales semblent être en bonne intelligence avec le régime de J.Kabila. Et plus périlleux encore, à moins d’êtreconduit pas une pulsion aveugle d’accéder au pouvoir quelque soit le prix, on ne peut pas penser que J.Kabila et ses associés politiques et militaires vont simplement «dégager» et aller pleurer dans un coin de la République. Ils sont décidésàrésister contre tout cout d’Etat, quelque soit sa forme. Le Rais J.Kabila n’est pas un président Mobutu terrassé par la maladie et qui ne pouvait pas se défendre.

CONCLUSION : L’INTELLIGENCE POLITIQUE COLLECTIVE ET LE CHEMINEMENT APAISE VERS LES ELECTIONS CREDIBLES

Force est de souligner, au regard des pans qui viennent d’être explorés, que le PrésidentJ.Kabila et sa MajoritéPrésidentielle, ainsi que les Institutions de la Républiques, ne sont pas du tout exempts des déficiences politiques. Sous la même plume, et dans plusieurs réflexions, il a été relevé qu’en dépit des reformes politiques courageuses initiées pour la reconstruction de l’Etat, la démocratisation et la relance de l’économie, ce régime porte des carences indéniables. Et dans la crise que traverse le Congo aujourd’hui, la plus grande part de responsabilité est attribuéeà la MP. C’est elle qui avait la responsabilité politique et constitutionnelle de veiller à l’organisation des élections en 2016. Qu’à cela ne tienne, dans cette nouvelle crise et avec les marches couvrant un schéma d’insurrection urbaine  en exploitant les paroisses catholiques, c’est le PrésidentJ.Kabila et sa MP qui doivent nécessairementdécrisper la situation. Celle-ci est relative à la libération des prisonniers dits « emblématiques», le retour des exilés politiques, la correction des partis politiques dédoublés, et l’ouverture des medias fermés. Il n’y a pas mille solutions. Il est vrai que dans le cas oùun groupe d’individus a déjà levé l’option du régime change, la décrispation peut ne pas évaporer les velléitésanticonstitutionnelles de l’accès au pouvoir par l’insurrection urbaine. Mais, mieux vaut tenter une solution conciliatrice que se radicaliser.

Force est de souligner que le devoir du libre-penseur est de remettre en question la fausse conscience, de déconstruire les illusions et fantasmes sociopolitiques porteurs de périls pour la société. Dans cette optique, il est extrêmement important de souligner que la RD Congo n’est plus le Zaïre de Mobutu. Le Congo a connu 21 ans des mutations politiques, institutionnelles, économiques, sociales, voire une certaine évolution dans la manière d’appréhender les jeux et enjeux politiques par les Congolais – dont plus de la moitié n’a pas connu Mobutu. En plus, il faut absolument ternir compte de l’évolutionsociétale nationale ainsi que des nouveaux enjeux politico-stratégiques du high-tech mondial. Toutes ces mutations ont produit une re-estimationà la hausse de la valeur géostratégique de la RDC. Le Dr. Prunier a relevé cette importance du Congo dans un article au titre fort éloquent :«Why the Congo StillMatters», présenté en 2015 au think-tank Américain The Atlantic Council (Africa Center).

Dans cette optique, le concept de l’intelligence politique collective se réfèreà une faculté rationnelle de l’ensemble de la société, et surtout de toute la classe politique, décryptant les enjeux nationaux et internationaux avec réalisme (la realpolitik). L’idéalisme beat couplé à l’impulsion myope pour accéder au pouvoir est souvent contre-productif. Il convient donc de se délester des pulsions égotistes et partisanes, afin de discerner les formules de résolution de notre crise qui soient bénéfiquesà toute la République, tout en étant en harmonie avec la géopolitique mondiale. La logique républicaineimpose impérativement que l’on s’exorcise de la pulsion thanatos de l’anéantissement ou de l’avilissement des autres (en oubliant ses propres déficiences), simplement pour placer des individus au pouvoir ou préserver sa jouissance par le groupe qui le détient. Le monde a déjà réévalué l’énorme potentiel du Congo Emergeant comme principal moteur de la traction du développement de l’Afrique avec une incidence significative sur l’économie mondiale. Les puissances internationales s’opposeront toujours à tous  (majorité ou opposition) ceux qui ne font pas preuve de capacité de rendre la RDC bénéfique à son peuple, au continent et au monde. Sous cet angle, la modalité réductrice des pertes et des périls, maximisant les gains et les certitudes, pour tous, est la seule capable de nous faire cheminer vers les élections crédibles et pacifiques. La démocratie contemporaine est essentiellement délibérative comme le cerne l’illustre membre de l’Ecole de Francfort, le Dr. Habermas. Ainsi donc dans la démocratie moderne qui développe les nations, en permettant leur extirpation des contradictions, le dialogue permanent est incontournable pour la conciliation des intérêts. Cette modalité est indispensable pour la protection du patrimoine commun et le progrès d’ensemble vers la Réinvention du Congo.

Hubert KabasuBabuKatulondi

Libre-penseur, Ecrivain

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