Le Professeur Roger-Vincent Kapalayi évoquant le cas des Babindji

par -
0 730
Want create site? With Free visual composer you can do it easy.

La parité homme-femme n’est pas une actualité dans les sociétés congolaises

« Fondements et Problèmes sociologiques de la Parité homme-femme en RD Congo. Etude du cas de Babindji « Bambagani » du Kasaï occidental ». Le Professeur Roger-Vincent Kapalayi Mutanga (voir photo) de la Faculté des Sciences sociales, administratives et politiques de l’Université pédagogique nationale, UPN, a titré ainsi l’étude (Presses de l’Université de Kinshasa, 2015), préfacée et postfacée respectivement par MM. Gaston Mwene Batende et Edouard Tshisungu Lubambu.

L’auteur, en effet, jette un pavé dans la marre, en démontrant une évidence sociohistorique qui reste très peu connue par rapport aux déclarations internationalement agréées sur la parité homme-femme. En effet, la démarche du scientifique, à travers cette étude, est une manière moderne de rendre une pratique ancestrale. De tout temps, les peuplades des tribus de la RD Congo ont adopté que l’homme et la femme avaient chacun des droits et des obligations, pour l’équilibre au foyer et la cohabitation harmonieuse intercommunautaire. L’auteur écrit notamment à ce sujet : Considérées comme une nouveauté, les connaissances empiriques sur la société bindji démontrent que la parité homme-femme n’est pas une actualité car, elle a déjà vécue. Fondées sur les valeurs culturelles authentiques notamment sur le système socio-parental bilatéral ou double descendance qui prend en compte, la parentèle patrilinéaire : « bushindji » et la parentèle matrilinéaire : « bulungu ». Et de conclure : De ce point de vue, il y a lieu de noter que la parité homme-femme n’est pas une actualité dans les sociétés congolaises à l’instar de la société bindji (mbagani) ici en étude.

Eviter le raisonnement par procuration et interroger les valeurs culturelles locales, selon l’auteur

En effet, la recherche de la parité entre hommes et femmes vise notamment à lutter contre les inégalités engendrées par des déséquilibres constatés entre les deux sexes, le plus souvent à l’avantage des hommes. Depuis qu’en 1975, des dirigeants politiques à travers le monde et des activistes d’organisations internationales ont adopté le discours sur la parité, des campagnes ont été menées à travers le monde : UNESCO, UNICEF, UNFPA se sont illustrées à cet effet. Et ce, dans la motivation de persuader l’opinion internationale sur la nécessité de sortir les femmes de l’injustice dont elles souffrent. Le principe de parité peut être mis en œuvre par des lois qui tentent de remédier à des disparités perçues comme des injustices. C’est dans cet ordre d’idée que le principe de la parité a été adopté dans le texte constitutionnel de la plupart des pays, dont celui de la RD Congo, en son article 14, et dont la transmutation en loi organique tarde. Le Professeur Kapalayi déduit : « Telle qu’elle est conçue et appréhendée par la majorité des femmes politiciennes, la parité pose des problèmes sociologiques sérieux en RD Congo », constate-t-il.

Quid de l’auteur

Né à Kabuluku (Bashi-Muluamba), le 2 /12/1968, Secteur de Kavula, Territoire de Kazumba dans le Kasaï Occidental. Roger-Vincent KAPALAYI est Docteur en Sociologie, Diplômé d’Etudes Approfondies en Sociologie. Licencié (deux fois) en sociologie et en animation culturelle. Diplômé d’Etat des humanités sociales. Ancien assistant principal du Secrétaire général administratif de l’Institut national des Arts, INA. Ancien Secrétaire chargé de recherche au Département de Sociologie et Anthropologie de l’Université pédagogique national, UPN. Ancien Professeur des humanités sociales à Kinshasa. D’abord assistant, ensuite chef de Travaux, actuellement il est Professeur Associé à la Faculté des Sciences sociales, administratives et politiques de l’Université Pédagogique Nationale, et visiteur à l’Université chrétienne Cardinal Malula et à l’Université William Booth. Secrétaire chargé de l’Enseignement au Département de Sociologie et Anthropologie de l’UPN, il est aussi membre du Comité national de la Communauté de Babindji du Congo (COBICO).

Chercheur, son domaine de recherche s’étend sur la sociologie de développement et des loisirs, la sociologie de l’art et sur la culture et le développement. A ce jour, il compte plusieurs articles publiés dans les revues scientifiques.

D’où viennent les Babindji ?

-Certains ethnographes et historiens, à l’instar de Démonie situent les Babindji (Bambangani) au noyau du Bas-Kasaï dont la dernière étape serait située dans l’entre Sankuru-kasaï.   Vancina pour sa part, pense que les Babindji tirent origine chez les Lunda auxquels ils sont très apparentés par leurs noms, coutumes et par leurs parlers. C’est pourquoi l’auteur les place dans la région Lunda. Par contre, O. Boone pense qu’ils viendraient de Sangalubangu. L’auteur partage avec le professeur Tshisungu l’hypothèse selon laquelle, les Babindji (Bambangani) seraient venus des plateaux de Lunda, une hypothèse qu’ils estiment proche de la réalité.

La parenté, une charpente de toutes les sociétés, traditionnelles ou modernes

Considérées comme une nouveauté, les connaissances empiriques sur la société bindji démontrent que la parité homme-femme n’est pas une actualité car, elle a déjà vécue. Fondées sur les valeurs culturelles authentiques notamment sur le système socio-parental bilatéral ou double descendance qui prend en compte, la parentèle patrilinéaire : « bushindji » et la parentèle matrilinéaire : « bulungu » ainsi que la division sociale et technique du travail. La parité homme-femme telle que conçue actuellement, ne pourrait pas être acceptée dans cette société comme une nouveauté, synonyme d’acculturation. C’est ici qu’il convient de noter que la parenté se révèle comme une charpente de toutes les sociétés, traditionnelles ou modernes et que, si on a compris la logique de ce système, on sait aisément définir la matrice des autres systèmes de la vie sociale aujourd’hui.

On peut pour autant affirmer que la famille conjugale est le fondement de la société moderne composée de l’homme et de la femme, autant on peut aussi dire que le système de parité constitue la matrice qui structure l’ensemble de la société aussi bien traditionnelle que moderne.

De ce point de vue, il y a lieu de noter que la parité homme-femme n’est pas une actualité dans les sociétés congolaises à l’instar de la société bindji (mbagani) ici en étude. Telle qu’elle est conçue et appréhendée par la majorité des femmes politiciennes, la parité pose des problèmes sociologiques sérieux en RD Congo. Tenant compte de ces problèmes dans la mise en application des lois en la matière, les décideurs, législateurs et activistes des droits de la femme peuvent se servir de ces analyses pour prôner une parité homme-femme réellement de qualité et non de quantité. Cet ouvrage essaie de réorienter les
débats déjà entamés sur la question en RD Congo, en vue d’éviter le raisonnement par procuration et d’interroger par conséquent, les valeurs culturelles locales chaque fois qu’il est nécessaire.

(Payne)

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.

PAS DE COMMENTAIRE

Laisser une Réponse