Le handicap, une double vulnérabilité sociale

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La Stigmatisation en générale, l’indifférence, et l’oubli, telle est le vécue quotidien de certaines personnes vivant avec handicap en République démocratique du Congo. Qu’à cela ne tienne, nombreuses sont celles qui travaillent, et contribuent de leur manière au développement de leur pays. C’est dans l’objectif de promouvoir la femme vivant avec handicap que L’Avenir Femme de ce vendredi a donné la parole à certaines d’entre elles.

Première à prendre la parole, c’est Mme Henriette Kukanisa, la trentaine révolue, habitant la commune de la Gombe. Pour elle, le handicap peut devenir facteur d’une double vulnérabilité sociale. En effet, bien que les personnes handicapées aient souvent été représentées sans distinction du genre, comme des êtres asexués, le fait d’être femme ou homme, fille ou garçon n’est pas sans effet sur les opportunités d’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, aux sphères de prise de décisions, ou encore à l’aide humanitaire. Les femmes vivant avec handicap, sont pour la plupart obligées à mendier leur pain pour survivre. Déjà en général, les femmes ont une faible représentation à l’accès à l’éducation. Cette situation est plus d’avance prononcée en ce qui concerne les filles handicapées. Les facteurs qui contribuent à cette situation sont à la fois d’ordre socio-culturel, politique et économique.

« Nous avons de difficultés à bord d’un moyen de transport en commun, car les conducteurs savent que nous ne payons pas. Quand on est à deux à l’arrêt de bus, avec une femme valide, elle peut facilement se précipiter pour monter  dans le bus. Moi je ne peux pas le faire et j’ai moins de chances qu’on m’attende », indique Mme Henriette Kukanisa.

Pour Mme Ruth Muamba, habitant la commune de la Gombe, les préjugés sur le handicap, le manque de moyens financiers de parents, font partie des causes qui justifient cette situation malheureuse de ces personnes vivant avec handicap. « Je ne pense pas que les hommes qui viennent vers nous, nous aiment vraiment. Moi j’en ai l’expérience, j’ai trois enfants avec un homme qui ne vient que la nuit chez moi. Je sais qu’il a honte, car les gens vont se moquer de lui, parce que je suis une femme handicapée. Les membres de sa famille ne viennent même pas voir les enfants de leur frère. Je connais au moins des femmes handicapées mariées. Généralement se sont des femmes qui ont un emploi ou qui font le  commerce et qui ont de l’argent. Mais, en dépit de tout, j’accepte cet état de choses. Car moi aussi j’ai des besoins, je dois avoir mes enfants, car eux sont une aide sûre pour moi. Il est difficile qu’on s’occupe de moi comme quand j’étais encore enfant. Même ma famille se fatigue », explique-t-elle.

Une autre, Mme Liliane Luzolo, indique que dans les Centres  de santé, une fois qu’elle arrive, les infirmiers pensent qu’elle n’a pas d’argent pour payer et préfèrent s’occuper d’abord des femmes valides. « Pour eux, celles-là sont censées avoir de l’argent et, moi je viens comme indigente. Tu le verras tourner en rond pour me recevoir après. Une autre chose, j’ai une jambe plus courte que l’autre, mais le lit d’accouchement empêche que sois installée  comme les autres femmes », dit-elle, avant de révéler que la fois passée, l’aide accoucheuse m’a ligotée la jambe et j’ai terriblement souffert.

Les parents aussi s’expriment

Un habitant de la commune de Kitambo, ayant un enfant vivant avec handicap, explique comment il doit se battre pour l’éducation de sa fille. « Je veux bien qu’elle étudie, mais je n’ai pas assez de moyens pour l’envoyer à l’école. Car pour moi, elle est un enfant au même titre que ses frère et sœurs.  Car elle n’a pas voulu qu’elle soit ainsi, mais c’est le destin qui a fait qu’elle soit née ainsi. Elle mérite le même traitement que les autres, et d’ailleurs pour elle, on est obligé de  faire plus, pour la mettre en confiance », dit-il.

Signalons que la plupart de familles dans la ville province de Kinshasa, surtout celles des milieux périphériques, continuent à accorder la priorité de la scolarisation à leurs enfants valides au détriment de ceux qui vivent avec handicap. Cela fait que les enfants qui vivent avec handicap sont obligés d’abandonner les études ou à s’orienter vers des cycles courts ouvrant directement vers les métiers.

« J’aurai bien voulu inscrire ma fille à l’école, mais il est difficile que ça soit dans une école spécialisée. Car, en plus  des frais scolaires qui  coûtent cher, je ne saurai pas payer le transport de la personne qui doit l’accompagner chaque jour à l’école. Aussi s’il pleuvait par exemple, ou s’il y a de trouble là où elle étudie,  il sera difficile pour elle. J’avais été traumatisé quand un enfant sourd muet était décédé enfermé dans un bureau en ville lors des affrontements, et personne n’était venu à son secours. Je préfère garder mon enfant à la maison, que de penser qu’il puisse être un jour confronté à des situations difficiles », pense M. Seba, parent d’une fille vivant avec handicap.

(Blandine Zawadi Kanza/Stagiaire)

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