Le Général Kanyama, la PNC, et les défis de la sécurisation d’une méga-capitale en temps des crises politiques Par Hubert Kabasu Babu Katulondi

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Sécuriser une méga-city de plus de 12 millions d’habitants (plus peuplée que les deux plus grandes villes des USA, New York et Los Angles combinées) est presqu’une mission impossible. Surtout dans un climat politique à la fois asphyxiant et traumatisant, où la poudre à canon flotte en l’air. De l’accueil du Président de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, en passant par les manifestations de la Majorité Présidentielle et de l’opposition, jusqu’aux tragédies du 19 et 20 Septembre, 2016, la police nationale fait face aux défis titanesques. Si pour les manifestations antérieures les policiers avaient réussi le pari de les sécuriser, en ce qui concerne les événements du 19 et 20 Septembre, ce fut un désastre. Comme les élites politiciennes sont porteuses d’anémie réflexive, étant très émotives et opérant selon les amplitudes événementielles, les événements étant passés, elles ont tout oublié. Aucune réflexion de fond ni sur les défis de la police dans cette situation. Pourtant il s’agit ici des événements signalant un phénomène sociopolitique présentant des défis complexes et sans précédant à la PNC. Cette situation exige de nouvelles mesures de politique publique en matière de sécurité urbaine dans une méga-capitale.

Cependant, on peut noter que les défis auxquels fait face la PNC peuvent se saisir sur la toile du phénomène mondial de la remise en question des opérations de la police dans les mégapoles en pleine mutations démographiques et sociologiques. C’est un contexte où ont éclaté à la fois la violence des policiers contre les civiles et la violence des civils contre les agents de l’ordre. On voit ce phénomène aux USA (où les policiers ont déjà tué plus de 550 personnes dans le seul semestre de 2016) et en France où les policiers sont attaqués au quotidien. A telle enseigne que dans l’Hexagone, il y a maintenant des zones dites de « non-droit » où les policiers ne peuvent pas effectuer des patrouilles. En RDC la classe politique inféconde brille par sa verbosité atrabilaire, les déclarations furibondes, alors que le problème demeure entier. Nous tentons ici de le rendre intelligible et de proposer quelques pistes de solutions.

Le phonème de la montée de la criminalité politicienne

La criminalité politicienne est constituée par les actes de destruction des biens privés et étatiques, les meurtres des policiers et des civils (militants ou non) par les membres des partis politiques. En fait, on pouvait déjà voir cette criminalité se profiler à l’horizon à travers l’implosion de l’indécence discursive, les propos haineux déversés par les uns sur les autres, l’arrosage mutuels avec des mensonges avilissants. La classe politique connait déjà une dégénérescence mentale dangereuse pour la société. Les tragédies du 19 et 20 Septembre ne sont que l’aboutissement logique de cet affaissement normatif des politiciens dans leur adversité pour préserver ou conquérir le pouvoir (contrairement à la Civilisation Démocratique fondée sur le pouvoir de la raison).                                        Quelque soit la noblesse de la démocratie, si pour la soutenir les acteurs politiques recourent à la destruction des biens privés et des propriétés de la Res Publica, ou ôtent la vie à autrui, il s’agit là des crimes. Dans tous les camps (Opposition ou Majorité), l’obligation absolue de respecter la loi ne peut souffrir d’aucune exception. La criminalité d’origine politicienne, celle commise par les membres des partis politiques, est même passible des circonstances aggravantes. Ceci est d’autant plus vrai que lesdits partis politiques sont censés être des foyers d’éducation civique, des espaces d’apprentissage des comportements rationnels propices à la paix. Ils sont les creusets de la Civilisation Politique promouvant le règlement pacifique des divergences politiques. Bien plus, ce sont les partis politiques qui proposent des Projets de Société. Ces derniers sont des modèles d’existence collective dans laquelle l’Etat de Droit, les droits et libertés individuels et la propriété privée, sont sacrés. Si les membres des partis politiques et leurs chefs deviennent des vandales, des barbares, s’entretuant pour le pouvoir, la société est en perdition. Inéluctablement.

Il convient de souligner, avec robuste emphase du reste, que l’insécurité d’origine criminelle civile dans la Méga-City de Kinshasa avec plus de 12 millions d’habitant est relativement très faible par rapport à l’implosion de la criminalité dans les grandes villes du monde. Le nouveau phénomène d’insécurité qui a surgit depuis plus de trois mois maintenant est celui de la délinquance discursive des pseudo-leaders politiques et la criminalité des membres des partis politiques. Alimentée et nourrie par la crise politique ambiante, dans laquelle les politiciens sont comme possédés par les démons de la destruction les poussant à mettre ce Beau Congo à feu et à sang, la criminalité politicienne continuera à imploser pendant longtemps encore. Les tragédies du 19 et du 20 Septembre ont mutilé l’image de la Ville de Kinshasa. Elle est apparue soudain comme «une megafolie » ; une ville couvant des monstres démentiels dévastant tout à leur passage et déterminés à tout ruiner dans une folie fratricide. Indubitable retour à l’état de Nature.                                                                                                                                                           Pourtant Kinshasa est une ville historiquement paisible. Il convient de relever qu’en dépit des certains abus policiers (indéniables), la Ville de Kinshasa est l’une des plus paisibles mégapoles du monde. Les habitants de Kinshasa et les visiteurs ne sont pas du tout tourmentés par les niveaux des vols armés hollywoodiens observés dans les autres grandes villes Africaines. A titre d’exemple, la Ville de Kinshasa n’est pas citée parmi les 50 villes les plus dangereuses du monde (Most Dangerous Cities in the World, http://www.worldatlas.com/articles/most-dangerous-cities-in-the-world.html). En Afrique les villes comme Lagos, Johannesburg et Nairobi, sont de loin plus périlleuses que Kinshasa.

Comparaison n’est pas raison, mais on peut relever, à titre exemplatif, que la Ville de Kinshasa porte moins de criminalité que la plupart de villes américaines comme St. Louis (59,23 % de meurtres pour 100.000 habitants), Baltimore (54,98 % de meurtres pour 100.000 habitants), Detroit (43,89 % de meurtres pour 100.000 habitants), and New Orléans (41,44 % de meurtres pour 100.000 habitants). En Afrique, Cape Town affiche 65,53 %, Durban 35, 93 %, et Johannesburg 30,31 % (http://www.worldatlas.com/articles/most-dangerous-cities-in-the-world.html). Une étude effectuée par l’UNODC, indique que le taux moyen de meurtres dans la Ville de Kinshasa (avec déjà plus de 8 millions d’habitants à l’époque) est de 1.6 % de meurtres pour 100.000 habitants en 2010 (En Zambie, Lusaka affiche 8 %). Il est nécessaire de souligner que le Congo fait face à une vertigineuse criminalité militaire à l’Est du pays. Là il s’agit bel et bien de la responsabilité des Forces Armées de la République du Congo (FARDC).

Par ailleurs, il est important de noter qu’en dehors du fait que la population de la Ville de Kinshasa (la ville des réjouissances) est généralement paisible, la mégapole a été épisodiquement secouée par quelques gangsters. Mais, ces épisodes de grands gangsters (Angwalima, les Bana US conduit par le célèbre Mwamba Dieudos, la Bande à Bouda-Wallace-Burlan, la Horde crapuleuse de Bamolona Karadjes) furent rapidement maitrisés. La Ville de Kinshasa n’a pas la tradition des holdups, des braquages des Banques ou des highjackings systématisés. Dans cette réalité historique, il convient de noter aussi l’efficacité relative de la police qui avec des moyens extrêmement limités parvient à maitriser les situations des gangsters et autres bandits à mains armées. Il est important de réaliser qu’avec un budget difficilement déboursé à compte gouttes de moins de $10 millions par an pour une population de 12 millions (comparés, par exemple, à $ 5 milliards annuels décaissés pour la Police de la Ville de New York qui a environs 8 millions d’habitants), la PNC opère avec des contraintes inouïes. Maintenant, avec des moyens déjà très maigres pour la lutte contre la criminalité civile, les politiciens viennent d’y ajouter la criminalité des partis politiques.

La Police nationale de Kinshasa comme arbitre et victime de la rage politicienne meurtriere

Il est d’une impérieuse nécessité de souligner, d’abord, l’intense difficulté d’une interaction féconde de la Police Nationale Ville de Kinshasa avec les politiciens, pour assurer des activités politiques pacifiques sur le terrain. Ceci est d’autant plus vrai que dans tous les camps des protagonistes politiques, il y a des acteurs qui se distinguent par un excès de zèle absolument outrecuidant. On y observe une volonté d’adversité et une préméditation de collision et d’agression contre quiconque ose demander à ces politiciens de se conformer à la loi. Certains d’entre eux, par la haine malsaine développée les uns contre les autres, confondent la Loi et le détenteur du pouvoir. Ipso facto ils se dressent contre tout agent du renforcement de la loi, principalement les policiers. A cela s’ajoutent les rancœurs cultivées par les protagonistes politiques dans leurs dissensions et luttes effrénées pour le pouvoir.                                                                                                                                                                                                         La mission du Général Kanyama et de la Police Nationale Congolaise Ville de Kinshasa se situe dans ce climat « hyper-caustiques » d’intense adversité et de volonté politique d’anéantissement mutuel. Le Général Kanyama et ses hommes sont donc obligés de faire une sorte d’arbitrage, en s’interposant entre les deux factions animées d’intension fratricide. On ne le réalise pas, mais cette situation politique très toxique expose le général et les policiers à une permanente vindicte politicienne. Ils sont exposés aux attaques et jugement négatif souvent nébuleux, par les deux groupes enclins à se détruire mutuellement pour maintenir ou conquérir le pouvoir. Malheureusement, cette situation particulière, que beaucoup de donneurs de leçons internationaux n’ont jamais gérée dans leurs pays (où la police a de budgets colossaux et où n’existent pas des politiciens aux instincts fratricides), est souvent sous-estimée. Elle est fallacieusement considérée comme une condition ordinaire gérable par la routine policière.

Secundo, certains jeunes et autres personnes malléables, qui sont souvent embarqués dans les marches et rassemblements des groupes politiques, ne maitrisent pas nécessairement les vrais agendas politiques. Au levé du soleil, le jour des marches et autres rassemblements, voire l’arrivée d’un Chef politique, les masses humaines sortent des rues et embarquent dans des bus, camions et voitures en direction des stades et aéroports. Les visages brillants d’innocence, certains individus vont participer à ces manifestations par loyauté. D’autres exubérant et excités, s’y rendent animés par la motivation pécuniaire. Ce que les chefs des partis, souvent dépourvus de sagacité sur les implications sécuritaires de leurs actions, oublient c’est que les criminels civils ayant compris les animosités politiques s’organisent pour exploiter les marches et autres rassemblements à des fins crapuleuses.                                                                                                                                                                                    Dans les deux cas, beaucoup de ces individus pensent que tout leur est permit. Ceux qui militent pour la majorité estiment que leurs chefs politiques sont au pouvoir et personne ne peut leur donner des ordres. D’ailleurs, sur les artères et autres lieux publics, les policiers subissent quotidiennement les humiliations régulières des inciviques dont beaucoup sont membres des partis politiques. Pourtant ces partis politiques devraient éduquer leurs membres au respect de la police comme un instrument de l’ordre dans la Res Publica. Donc, les policiers sont souvent incompris et humiliés par ceux-là mêmes qui exigeant d’eux la neutralité. Cette attitude observée dans la vie quotidienne est transposée dans les activités politiques.                                                                     C’est dans cette position, entre deux feux, pris en sandwich par deux attitudes préconçues et parfois entretenues à la lisière de l’incivisme, que le Général Kanyama et ses troupes travaillent. Tout le monde y compris la communauté internationale (qui souvent ne cerne pas les subtilitésdes contraintes psychosociales de la politique congolaise) exigent de la police des opérations impeccables. Les policiers doivent ramener à l’ordre des politiciens exsudant de rage assassine, dressés les uns contre les autres, et aussi contre lesdits policiers, dans des desseins politiciens, afin de sauvegarder la sécurité publique. Malheureusement, cette situation extrêmement complexe n’est jamais appréciéeà sa juste valeur, par ceux qui portent souvent un jugement simpliste contre la Police National de Kinshasa.

La société kinoise face a la criminalité politicienne et la transformation de la Police pour sécuriser une mégapole

Toute la société et la communauté internationale ont été dégoutées par la destruction des propriétés privées, les tueries barbares dont les policiers et les civils ont été victimes le 19 et le 20 Septembre. La montée de la criminalité politicienne dans la Ville de Kinshasa expose toutes les couches sociales aux graves incertitudes de la conjonction de la criminalité civile et la violence partisane (une sorte de Kulunisme politicien). Qui pis est, si les politiciens qui sont censés proposer les modèles de sociétés transformées pour la paix et la prospérité deviennent des hordes de vandales, la société est menace de désintégration. On ne saurait lutter pour la démocratie avec des méthodes contraires à ses rationalités et sa normativité civilisatrice. Pars ailleurs, la criminalité politique qui s’attaque aux propriétés privées, aux banques, aux entreprises, produit des convulsions déstabilisatrices de l’économie. Les investisseurs, les entrepreneurs réduisent les stocks des marchandises, retardent le financement des projets, annulent les importations, achètent les dollars pour les thésauriser, et le marché s’emballe. On le vit, le taux de change est passé de 1$ pour 1000 FC à plus de 1200 FC.

Dans cette situation, la Police Nationale de la Ville de Kinshasa, quoi que l’on dise, reste le seul bouclier de la population. Les politiciens devraient se délester de leur animosité et chercher les voies les meilleures pour définir un modus vivendi pouvant permettre de créer une synergie avec la police afin de rendre possible des activités politiques pacifiques. Bien au-delà, en amont, les leaders des partis politiques ont l’obligation morale, devant Dieu et la toute la Société, de réfléchir sur les meilleurs stratégies qui réduiraient les possibilités des casses durant leurs marches. Une des modalités serait la désignation des superviseurs des marches et des sections de sécurités durant ces activités. Les rôles de ces gens seraient de repérer les inconnus qui tenteraient de créer des troubles et de les neutraliser le cas échéant, afin de les présenter aux policiers. De même, dans la Majorité au pouvoir, ses leaders ont l’obligation de faire preuve de grandeur morale en appelant leurs militants à la retenue. La noblesse démocratique exige des leaders modernes de ne jamais mobiliser leurs militants à des opérations vengeresses fratricides. C’est en cela que Nelson Mandela a connu tout son éclat mondial.

Le General Kanyama et les troupes de la PNC Kinshasa ont besoin à la fois d’une synergie avec toute la société Kinoise, pour trouver les modalités aussi efficaces de juguler cette criminalité politicienne. Des forums communautaires pour la lutte contre la criminalité politique méritent d’être initiés dans les quartiers avec les églises et les associations de jeunes. Il faut absolument que les leaders de la Ville/Province enclenchent un dialogue citoyen avec toues les couches sociales pour éviter à la société Kinoise ces tragédies politiques. Les familles ont la responsabilité de ne pas laisser leurs enfants aller mourir dans la conversion des marches en actes de vandalisme. Mais, la responsabilité ultime incombe aux autorités étatiques. Elles devraient comprendre ce phénomène de la criminalité politique (qui est aussi exploitée par les criminels civils des quartiers) et prendre des dispositions spéciales. Celles-ci incluraient, par exemple, la disponibilisation des budgets spéciaux, l’acquisition des engins supplémentaires, le renforcement des cellules de renseignements de la police pour identifier les foyers des criminels des quartiers qui s’infiltrent dans les marches pacifiques ainsi que les militants extrémistes qui se distinguent toujours par la barbarie dans les manifestations politiques.

Toute une méga-capitale joyeuse dont la population se débat déjà pour survivre ne peut pas être prise en otage par le Kulunisme politique émanant des politiciens dans leur lutte pour le pouvoir. Il ne faut pas être naïf : la perspective neomarxiste nous renseigne que les intérêts de la classe politique ne sont pas toujours ceux de la population, malgré ses rationalisations et idéalisations. La démocratie authentique est celle qui respecte le « Demos ». Et la police protectrice de la Polis comme espace de Civilisation (loin de l’état de nature) en est le rempart. En effet, même si les opposants d’aujourd’hui deviennent demain des gouvernants, si les défis captés ici ne sont pas adéquatement décryptés, les tragédies que nous déplorons seront récurrentes et cette méga-capitale demeura otage de la folie des hommes obnubilés par le pouvoir.

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