L’anachronisme politico-électoral de la MP et l’ urgence d’ un front républicain (Tribune)

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Dans sa dernière prestation médiatique, la meilleure de son règne, le chef de l’Etat Congolais lucide et très méditatif a implicitement concédé qu’il n’entendait pas se pérenniser au pouvoir. Une position contraire à celle de certains de ses disciples, porteurs d’une courtisanerie cynique et obsédés par l’éventuel troisième mandat de leur Autorité morale. Par ailleurs, la volonté du Raïs Kabila de ne pas voguer à contre-courant de la Constitution a été exprimée dans l’Accord de la Saint Sylvestre en Décembre 2016. Une de ses dispositions majeures traduit l’engagement du Président J. Kabila à ne pas se présenter comme candidat pour un troisième mandat aux prochaines élections. Le referendum y est aussi prohibé. C’est limpide et définitif : le Raïs Kabila est en exit irréversible du trône présidentiel.

Si donc Joseph Kabila Kabange ne sera pas candidat, quelle est la validité polito-électorale du label «Majorité Présidentielle » encore en utilisation à huit mois des scrutins prévus en Décembre 2018 ? La M.P dans sa forme et son contenu actuel, est-elle encore une navette politique capable de porter une nouvelle vision et générer la cohésion nationale pour la propulsion de la R.D Congo vers l’émergence ?

Ces questions sont d’une importance capitale pour l’avenir de la RD Congo. Une nation d’intelligence politique est censée chercher impérativement les modalités politiques parétiennes. C’est-à-dire les modèles des actions politiques qui au regard des déficits et dangers observés, mais aussi à la lumière du progrès réalisé et des potentialités, permettent de maximiser le bien être du plus grand nombre de la population. C’est dans cette perspective parétienne que je soutiens, dans cette réflexion, que la Majorité Présidentielle a fait son temps et accompli sa mission historico-politique. Au regard de nouveaux enjeux, cette coalition électorale est surannée. Il est donc urgent de former «un méga front républicain fédérateur. » Celui-ci va produire une majorité républicaine consociative pour la paix et la concorde propices à l’élan vers l’émergence.

LA M.P COMME COALITION ELECTORALISTE ET MACHINE POLITIQUE DU PRESIDENT J.KABILA ET SON REGIME

Historiquement, on le sait, de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) à la Majorité Présidentielle (M.P), ce regroupement fut essentiellement une coalition initiée et modelé avec la visée principale d’assurer la victoire électorale du «candidat-déjà-président-en-fonction » Joseph Kabila Kabange. En d’autres termes, la raison d’être fondamentale de cette organisation politique (dans ses deux versions) fut de regrouper le plus grand nombre de personnalités politiques, de partis politiques et des organisations de la société civile, afin de maintenir Joseph Kabila sur le trône présidentiel. Malgré les énoncés statutaires de rationalisation de son action, de 2006 à ce jour (2018) on a assisté à la conversion de l’AMP et ensuite de la M.P en une «congrégation politique pour le pouvoir». Après toutes les élections, cette coalition a servi de chambre de négociation des opportunités d’accès aux postes et prébendes de l’Etat. Cela, par la connexion directe ou par courtiers politiques/chefs des partis interposés, à la personne de Joseph Kabila. Cette logique de la personnification du pouvoir (propre aux systèmes politiques sous-développés) a énormément réduit les possibilités d’éclosion de la politique républicaine développementale.

Force est de souligner, par ailleurs, que les élans d’adhésion opportuniste dénuée de souscription à une vision convergente du Congo (comme on le voit aujourd’hui encore avec des plateformes abracadabrantesques), au profit des stratagèmes d’accès aux fonctions gouvernementales, engendrèrent des factions guerroyant dans la M.P (Camp Katumba, Camp Boshab, Camp Matata, Camp Lumbi, etc.). Celles-ci plombèrent très souvent l’action de J. Kabila. Ce dernier a connu des tourments moraux depuis 2006 causés par les luttes intestines que lui (J. Kabila) et feu Honorable Katumba, devaient dénouer jour et nuit. On ne doit plus tomber dans ces apories. Les guerres intestines absurdes ont même été menées par certains caciques de la M.P contre le Premier ministre Matata. Pourtant ce dernier construisait la légitimité de performance en faveur du régime. Sur ce même registre, le G7 et ses chefs qui composaient une frange influente de la M.P (avec un ex-conseiller spécial de la sécurité du président) ayant des ambitions paroissiales, ont quitté ladite M.P. Aujourd’hui, ces chefs politiques du G7 imputent tous les maux du Congo à la M.P. Pourtant, les nuages planant sur leurs vraies motivations ont semé un doute épais sur leur «authenticité oppositionnelle». Selon l’aile dure de l’UDPS (conduite par Valentin Mubake), ces chefs du G7 ont contribué à la fragmentation tant de ladite UDPS que du Rassemblement. Cela, par le même effet de la propension à l’ascendance des chefs du G7 sur les autres membres du groupe que l’on leur attribuait dans la M.P. Donc, même dans l’opposition, on doit passer à l’âge de maturité politique et éviter les coalitions des prébendes et personnifiées.

On doit reconnaitre que dans le contexte de la politicaillerie Congolaise, assortie de prolixité haineuse, la M.P a été une machine politique efficace. Elle a vigoureusement soutenu et défendu J. Kabila, surtout dans les moments difficiles de la crise postélectorale de 2011 et pendant la période des incertitudes liées à la fin de son mandat en 2016-2017. Dans un contexte où certains opposants par opportunisme déployaient une discursivité caustique vis-à-vis du chef de l’Etat et alignaient des hordes destructrices dans les rues, la M.P a fait preuve d’une remarquable combativité sociopolitique. Elle a su mobiliser ses membres, ses cadres, ses alliés, pour contrer les offensives fielleuses de leurs adversaires extrémistes – dont le semblant de radicalisme ne fut qu’une mascarade pour accéder au pouvoir. Sur le plan de la communication politique, la M.P a aussi démontré une capacité de composition d’une discursivité offensive de type nationaliste très efficace. Même si certains laissent à désirer, les communicateurs de la M.P ont réussi à opposer offensives rhétoriques à leurs multiples adversaires tant au pays qu’à l’étranger. Ainsi, bien qu’un sentiment anti-M.P soit généralement perçu dans l’opinion, on doit reconnaitre que cette coalition a bien réussi à faire passer ses adversaires, aux yeux d’une large frange de l’opinion, comme des opportunistes vendus aux impérialistes cherchant à déstabiliser le Congo. De toute évidence, cette narrative n’est pas d’une parfaite véracité. Mais elle a été bien ficelée et énoncée pour protéger le régime de J.Kabila.

A la lumière de ces quelques pans qui viennent d’être cernés, on se rend compte que la coalition présidentielle (AMP, MP) a été conçue dans une phase historique précise pour faire élire J. Kabila et le maintenir sur le trône. Elle a réussi à soutenir son pouvoir et à défendre son régime. La M.P a marqué sont temps et imposé son dynamisme au point de faire de Joseph Kabila l’épicentre de l’arène politique congolaise après 17 ans de règne. Un réel exploit propre à la realpolitik africaine.

LA NECESSITE D’UN MEGA FRONT REPUBLICAIN FEDERATEUR POUR LA REINVENTION DU CONGO

A partir du moment où il est établi que le politicien J. Kabila n’est pas candidat à la présidence de la République, ce fait là produit la péremption (sinon l’obsolescence) politologique de la M.P. Aussi dans l’imaginaire collectif tant au pays qu’à l’étranger, la M.P a été trop balafrée. Il convient de former une méga coalition, fraiche, porteuse d’une coloration progressiste. Ainsi donc, à huit mois des élections, continuer à faire fonctionner un label dépassé est un énorme risque politico-électoral. En effet, en termes de marketing politique, faire trainer sur le marché politique un label politique anachronique rendra difficile l’injection et l’intériorisation d’une nouvelle marque dans les esprits des électeurs.

Sous cette lumière donc, la nécessité de former un méga front républicain puise ses rationalités sur le registre politologique et surtout économique, tous inscrits dans l’impératif absolu de la Réinvention du Congo. Il est absolument urgent de former une coalition impersonnelle, fondée sur la symbiose des esprits et des intelligences sur une vision coagulatrice. Le Sénateur ex-Président J. Kabila pourra y opérer comme une arche-personnalité directrice. La nouvelle coalition permettra de positionner les meilleurs des acteurs politiques dans ses organes directeurs, réparant ainsi les divisions actuelles de la MP.

Le front républicain pourrait coaliser les acteurs politiques de l’ancienne M.P, certains opposants qui sont dans les institutions, les bonnes volontés de l’opposition modérée, les personnalités de la société civile, dans une œuvre commune. Non pas par opportunisme pour le pouvoir ou par clientélisme, mais pour réduire les antagonismes politiques en portant les regards de tous sur la vision commune du Congo Emergent. Cela permettra de stabiliser le pays et le propulser vers sur l’orbite du développement. Le Congo est encore dans une phase transitionnelle qui exige encore une approche de gouvernement consociative plutôt qu’adversative – majorité hégémonique versus opposition radicale.

 

CONCLUSION : LE MEGA FRONT REPUBLICAIN ET L’INTELLIGENCE POLITIQUE REINVENTRICE DU CONGO

Dans la perspective historique d’une arène politique pluraliste, on peut affirmer que la M.P aura été l’une des machines électoralistes et politiques les plus efficaces dans le maintien et la défense sociopolitique d’un président au pouvoir en R.D Congo. De 2005 à 2017, dans les multiples crises, les offensives politiques, les attaques médiatiques caustiques, les entourloupettes politiques tant au pays qu’à l’étranger, la M.P a réussi à défendre son autorité morale J.Kabila et son régime. Même si elle a étalé un certain déficit idéologique et politique par apport à l’impulsion du développement, au plan de la machinerie politique cette coalition a robustement fait son boulot. Malgré les secousses internes et les départs de certains anciens caciques, elle est restée relativement soudée et effective. Mais, elle a été conçue pour une époque et pour un acteur politique dont l’ère et la mission historiques sont arrivées à leurs termes. On doit éviter la ruineuse pratique de l’eternel recommencement. Il est donc rationnel que l’on puisse préserver les éléments positifs de la dispensation kabilienne pour les capitaliser dans la perspective de la propulsion du Congo vers l’émergence. Cela exige des logiques nouvelles, un nouveau Leadership FORT à la tête de la nouvelle méga coalition, pouvant impulser une idéologie et des actions politiques et économiques ingénieuses et accélérées. Le Congo a besoin d’une machine politique effervescente donnant une direction à la société et illuminant l’Esprit Collectif. Nous avons trop tâtonné et opéré avec des politiciens dépourvus de volonté de puissance développementale. Nous ne voulons plus des ministres et parlementaires novices apprenant sur les tas. Après les élections de 2018, le Congo a besoin des gouvernants habiles, adroits, assortie de rectitude, devant propulser la reconstruction accélérée du pays.

Dans cette optique, le front républicain pourrait opérer comme un véritable mouvement politique pragmatique pour mobiliser la société dans cette dynamique innovante. Mais cette nouvelle coalition devrait être dépersonnalisée, arrimée à un faisceau principiel et à une vision partagée. L’âge de la politique personnalisée tant dans l’opposition que dans le groupe au pouvoir est dépassé. Si comme on l’observe aujourd’hui, une méga-coalition est montée avec des pseudo-coalitions qui ne sont que de partis élasticités, et des logiques de positionnement pour les élections, le partage du pouvoir et l’accès aux succulentes mamelles de l’Etat, l’Emergence sera compromise.

L’intelligence d’un peuple réside dans le déploiement de la faculté de réinvention collective permanente. C’est-à-dire que chaque peuple a le devoir d’élucider ses erreurs, de cerner ses déficiences (tant spirituelles, intellectuelles que sociopolitiques) pour penser des modalités de son éclosion existentielle ascendante. Sur ce registre, l’intelligence politique collective se capte dans le génie que déploie un peuple pour concevoir les termes de l’amélioration de son organisation politique, économique, technoscientifique, voire militaire. Cela, par rapport aux défis de son temps, tant au point de vue national, régional, qu’international. Or, que ce soit dans la narration de l’actuelle M.P ou de la nébuleuse oppositionnelle on ne capte pas les éléments d’une pensée réinventrice dans cet angle. Il y règne plutôt des animosités, des querelles d’une puérilité abasourdissante, et un nombrilisme pseudo-messianique.

Le front républicain, fédérateur, transcendantal, opérant avec des logiques politiques impersonnelles, foyer de convergence des esprits pour une œuvre commune, serait la démonstration de cette intelligence collective. Le Gouvernement Matata avait déjà doté le pays d’un excellent Plan National Stratégique de Développement (PNSD) qui est désormais un outil de la République. Un front républicain permettra de capitaliser cet instrument de développement. Cela peut être réalisé grâce aux différents gouvernements qui concevront chacun à son tour, des programmes de gouvernements adossés sur les méta-objectifs du PNSD. Ainsi, tous les gouvernements qui émaneront du front républicain, à tour de rôle, avec des animateurs différents désignés selon une modalité consensuelle institutionnalisée, rendront possible la Reconstruction Réinventrice du Congo avec virtuosité et vélocité.

(Hubert Kabasu Babu Katulondi, Libre-penseur et Ecrivain)

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