La solution de Kamerhe au problème des BokoHaram: Déclencher la guerre de l’eau en défaveur du Congo

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Invité de la radio britannique BBC, Vital Kamerhe, l’opposant RD Congolais, président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), a exposé samedi 4 avril 2015, ses analyses et avis sur les différents sujets d’actualité de la semaine dans le cadre de l’émission « Le débat BBC Afrique – Africa N°1 Paris ». Si, naturellement, beaucoup de traits de l’intervention de Vital Kamerhe dans ce débat méritent réflexion, notamment la mobilisation de l’humanité toute entière face aux drames qui affectent l’Afrique telle la barbarie dont ont été victimes 147 étudiants kenyans, certains aspects de l’argumentaire de l’ancien élu de Walungu énervent non seulement le sens du patriotisme élémentaire qu’on est en droit d’attendre de tout citoyen congolais normalement constitué, à quelque bord politique qu’il appartienne, mais aussi simplement la stricte vérité.

En effet, dans ce débat disponible sur la toile (sous le lien debat04042015_150403_debat_au_bb), l’ancien speaker de la chambre basse du parlement RD congolais dénigre sans ambages l’armée de son pays en affirmant que les fonds publics qui lui sont destinés, soit 20% du budget national selon ses dires, sont de la peine perdue au motif que « l’argent n’arrive pas aux hommes des troupes ».

Kamerhe affirme en outre que cette armée est « parfois abandonnée, parfois non payée ». Pour quiconque suit de près les affaires congolaises, Vital Kamerhe s’est trompé de République. Pour qui connaît l’évolution quasi fulgurante vécue par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo, il y a lieu de se demander si Vital Kamerhe a pris la peine d’actualiser les données en sa possession sur l’armée de son pays. Le premier constat est que la préoccupation de dire le vrai, sur l’armée ou le gouvernement de son pays, ne semble pas avoir été le souci du président de l’Unc.

S’agissant en effet du gouvernement, Kamerhe a même prétendu qu’il n’a pas de modèle de DDRR. Cela après moult expériences d’intégration et autre brassage d’anciens éléments des multiples ex-mouvements armés qui ont jalonné l’histoire récente du pays de Lumumba ! C’est rien moins qu’une forfaiture, pas seulement à l’égard du gouvernement, mais du pays tout entier. Un pays dont Kamerhe se désolidarise en évitant de partager ses peines. Il ne se lierait ainsi au sort de la Rdc qu’à une condition : qu’on lui confie le fauteuil de Kabila pour lui permettre de « sortir le pays de la zone de la honte ». Curieusement, celui qui prétend que le gouvernement de son pays n’a pas de modèle pour le DDRR, présente comme solution à cette prétendue carence, exactement un élément du plan du gouvernemental ad hoc, à savoir : la création des centres de formation professionnelle qui sont en train de démarrer leurs activités en plusieurs points du pays.

Le plus inquiétant, c’est la chute pseudo-logique de cet argumentaire. Pour Kamerhe, l’armée congolaise telle qu’il l’a caricaturée, est incapable de neutraliser seule les FDLR. Il dénonce ainsi cette situation et clame qu’il n’y a pas de solution au problème des FDLR sans l’appui de la Monusco. Il en veut pour preuve le fait que la collaboration des FARDC avec la Monusco avait démontré que le M23 pouvait être défait en deux jours. Kamerhe déclare ainsi qu’il est incompréhensible qu’on refuse aux FARDC l’appui de la Monusco dans la traque des FDLR. Mais il ne mentionne aucunement que cette décision avait été le fait de la Monusco elle-même et pas du président Kabila qui a, en la matière, adopté la seule réaction rationnelle face à l’attitude arrogante de la Monusco qui s’arrogeait des pouvoirs relevant de la souveraineté de l’Etat qui l’avait invitée sur ses terres, allant jusqu’à vouloir dicter au Président de la République les noms et les affectations des officiers à affecter au commandement de telle ou telle autre unité de l’armée.

Côtoyant le ridicule, Vital Kamerhe devient plus royaliste que « le roi » Martin Kobler en s’obstinant à justifier l’injustifiable. En effet, le chef de la Monusco a publiquement reconnu lui-même que dans cette affaire, « la communication de la Monusco n’a pas été très appropriée » avant de solliciter du Chef de l’Etat Joseph Kabila une seconde chance dans la collaboration Fardc – Monusco contre les Fdlr. Alors qu’en guise de réponse à cette requête Kabila vient d’accepter l’idée d’un dialogue stratégique entre son gouvernement et la Monusco, dans un relent de soupçon devenu quasiment principiel, Kamerhe, buvant le calice de la complaisance pro impérialiste jusqu’à la lie, ose pousser le bouchon jusqu’à demander « que cache ce refus du gouvernement congolais ? » Pas étonnant que Kamerhe se méprenne sur la question de la souveraineté. En fait, lorsqu’il affirme que les problèmes de la Rdc, c’est avant tout des problèmes des Congolais, cela ne signifie pas pour lui que les puissances étrangères doivent s’interdire de s’en mêler, mais que les Congolais doivent être les premiers à en porter le fardeau pour les intérêts et selon les injonctions des « maîtres du monde ». Full stop ! Pour le reste, « l’alternance ne signifie pas rupture avec le monde », affirme-t-il. Comme si ses adversaires, contre lesquels il proclame étourdiment la congolité des problèmes congolais tout en excluant la congolité de leurs solutions, prêchaient la rupture d’avec le monde en revendiquant leur part dans la définition de la situation de leur pays.

Dire que la solution aux problèmes congolais doit être congolaise, ce n’est pas proclamer la rupture d’avec le reste du monde. C’est une question de réalité et de responsabilité, laquelle commande le refus de l’ingérence extérieure dans les affaires intérieures de l’Etat congolais et, partant, la délimitation de l’empire de chaque acteur. Les amis du Congo sont les bienvenus pour apporter leur appui au processus électoral notamment, ou prodiguer des conseils, mais ils ne peuvent prendre la place des Congolais pour décider à leur place de ce qui convient ou non à leur pays. C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’il faudrait situer le message du Président Barack Obama à son homologue Joseph Kabila. Dès lors, des « élections justes, transparentes (sans tricherie) et respectueuses des droits de l’homme » réclamées par Kamerhe, ce n’est pas, selon le N° 1 américain, le fait de l’opposition congolaise actuelle, mais bien l’héritage de Joseph Kabila « qui a sorti la République démocratique du Congo de la guerre et l’a mise sur la voie de progrès démocratique continu » comme il l’a si bien relevé.

Si l’extraversion politique de l’ex-speaker de l’Assemblée nationale de la RDC peut inquiéter à juste titre les Congolais attachés à la souveraineté de leur Etat pour laquelle ont perdu la vie les héros nationaux Lumumba et Kabila, la solution « de génie » de Kamerhe au problème des BokoHaram et des Shebab étonne, scandalise et nous laisse pantois. Pour l’opposant congolais, en effet, « le Congo peut être une grande partie de solution au problème des BokoHaram et des Shebab. Rien qu’en drainant les eaux du Congo à partir de l’embouchure jusqu’au lac Tchad, vous allez diminuer le problème des Boko Haram. Ces jeunes gens sont des chômeurs ; ils doivent faire des champs ; ils doivent élever des bêtes ». Invraisemblable ! Inimaginable ! Aucun spécialiste des questions de sécurité régionale n’avait encore avancé une telle solution, ni présenté des éléments d’analyse aussi irresponsables et incongrus.

Kamerhe, lui, la tire de nulle part sans appui d’aucune expertise avérée. Quant on pense que la question du drainage des eaux du fleuve Congo vers le lac Tchad préoccupe les spécialistes de la géostratégie, on s’interroge sur la finalité de sa démarche. A n’en point douter, Kamerhe offre sa « contrepartie », inspiré de la crainte de « la guerre de l’eau » selon le titre de l’ouvrage du Sénateur congolais Modeste Mutinga, au soutien qu’il attend avec une bien imprudente fébrilité de certains lobbies.

Ce qui conforte la thèse de la journaliste Lilianne Nyatcha, avec laquelle Kamerhe s’est entretenu dans ce débat, laquelle a souligné qu’il y avait des actions diplomatiques souterraines de l’opposition congolaise pour obtenir l’arbitrage des Etats-Unis, et a prévenu en même temps que le soutien des grandes puissances n’est pas gratuit. Kamerhe s’est montré sourd face à ce conseil avisé et est resté planté droit dans ses bottes. Une telle témérité, n’est-ce pas justement de l’inconscience privilégiée au nom de l’Ego surdimensionné dont Kamerhe lui-même a reconnu qu’il était la grande maladie des politiciens africains ?

En tout état de cause, ce type de réflexion anachronique dévoile de plus en plus la   face cachée de l’iceberg et prélude des dégâts incommensurables qu’il peut causer. Attention, danger !

L’Avenir

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