La leçon de Kabila à l’ONU

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Devant les 15 membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies venus pour la 13ème fois en République démocratique du Congo, le Président Joseph Kabila n’a pas utilisé de langue de bois. Il a  renvoyé dans les cordes ses interlocuteurs. Pendant que certaines mauvaises langues s’attendaient à une rencontre maîtres-élève, les cinq membres permanents et les dix autres non permanents ont eu la recommandation de mieux écouter les Congolais pour apprendre, au lieu de s’illustrer en donneurs de leçons. Car, il serait extrêmement présomptueux de prétendre connaitre les détails d’une situation on ne peut plus complexe, à partir des bureaux de New-York.

Lambert Mende, ministre sortant de la Communication et Médias et porte-parole du Gouvernement, a animé hier son dernier point de presse devant la presse nationale et internationale, le Premier ministre Matata Ponyo ayant présenté la démission du Gouvernement,  pour que se réalise le calendrier politique de l’accord politique du dialogue national. L’actualité du moment, caractérisée par des commentaires en sens divers sur ce que les 15 ambassadeurs auraient dit au Président de la République, Joseph Kabila Kabange, sans oublier l’explication de l’esprit et de la lettre de l’arrêté ministériel pris récemment, ont constitué l’essentiel de sa communication.

Devant le Chef de l’Etat, les membres du Conseil de sécurité ont évoqué des restrictions supposées des espaces de liberté, l’insuffisance de précision sur la date de la prochaine élection présidentielle et du silence du Chef de l’Etat quant à sa volonté ou pas de solliciter un troisième mandat consécutif. D’autres l’ont demandé de consolider les mesures de confiance, en faisant libérer les prisonniers politiques et en respectant la liberté d’expression par la levée des mesures d’interruption du signal de deux stations de radiodiffusion (Rfi et Okapi).

Abandonner les à-priori

En réponse aux préoccupations de ses interlocuteurs, Joseph Kabila a brossé un rappel historique des interventions des Nations-Unies en Rdc depuis l’indépendance, pour dresser un constat selon lequel, le fait pour le Conseil de sécurité de revenir pour la 13ème fois consécutive dans notre pays avec les mêmes thématiques de ‘’stabilisation’’ et ‘’démocratie’’ près de six décennies après y avoir dépêché une mission de même nature et presque de même ampleur, est de nature à soulever des questionnements quant à la pertinence et à l’efficacité de telles missions au regard de ces thématiques. Il a rappelé les événements de 1960, 2001 et 2013 où le 1er Premier ministre  a été déporté et assassiné en présence  de l’ONU. Un Chef d’Etat en place a été assassiné à Kinshasa, deux ans après que les Nations Unies y aient déployé un contingent et la dernière année correspond à la prise de la ville de Goma par une force négative malgré la présence des troupes onusiennes…

Voilà pourquoi il a recommandé à ses visiteurs de se départir des œillères, d’abandonner les à-priori dans leurs analyses sur la situation en Rdc et de faire preuve d’un sens élevé d’ouverture d’esprit, afin de« mieux écouter les Congolais pour apprendre, au lieu de s’amener en donneurs de leçons car il serait extrêmement présomptueux de prétendre connaître les détails d’une situation on ne peut plus complexe, à partir des bureaux de New-York ». Il a demandé à ceux de ces hôtes qui en ont pris l’habitude ces derniers temps, de « s’abstenir de déclarations tapageuses, susceptibles de compromettre la réussite de votre noble mission ».

Au sujet de la double interrogation sur les dates des élections et d’un éventuel troisième mandat, le ministre Mende qui cite le Chef de l’Etat, souligne que ce dernier s’est dit surpris de constater d’une part que la question des dates lui soit adressée, alors que c’est une prérogative constitutionnelle de la CENI que la délégation du Conseil de sécurité aurait été bien inspirée de rencontrer pour avoir un avis d’experts compétents, le Président de la République ayant été exclu du processus électoral dans l’ordre juridique congolais. Il a signalé que la CENI a, à sa connaissance,  travaillé à ce sujet avec des experts commis par les Nations Unies, de l’OIF et de certaines ONG américaines spécialisées en la matière, avant de proposer des dates aux parties prenantes au dialogue politique. « Il est curieux, a-t-Il ajouté, que c’est au seul Président de la Rdc, pays où nul n’a jamais envisagé de modifier la Constitution, contrairement à plusieurs autres en Afrique, que l’on pose des questions tendancieuses sur l’éventualité d’un troisième mandat,  alors que la Constitution dont je n’ai jamais cessé de dire qu’elle sera respectée, exclut la possibilité d’un troisième mandat consécutif. Ce qui, soit dit en passant, n’enlève en rien le droit qu’a le peuple congolais comme tous les autres peuples souverains, de modifier sa Constitution dans trois, quatre ou cinq ans si telle est sa volonté ».

L’étonnement de Kabila

A en croire Lambert Mende, Joseph Kabila s’est dit étonné de constater que ses interlocuteurs parlent des prisonniers politiques, mais personne n’ose lui présenter la moindre liste, afin qu’il soit procédé à un examen utile des décisions éventuelles, sur base des faits et non des allégations. Par rapport à l’interdiction de manifester, le Président de la République a cité à leur intention le droit international, surtout l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui reconnait bien à chaque Etat de pouvoir prendre des mesures de restriction justifiées par des raisons notamment de sécurité nationale et d’ordre public.

Joseph Kabila a été également étonné de constater qu’il est aujourd’hui fait grief à la Rdc des conséquences consécutives à un devoir de solidarité internationale qui l’a contraint à ouvrir ses frontières à un pays voisin en détresse en 1994 à la demande de la Communauté internationale, geste de solidarité qui est aujourd’hui considéré comme d’une certaine naïveté. Dans le même ordre d’idées, il s’est insurgé que nombre de ses interlocuteurs aient du mal à qualifier les criminels ADF qui écument le Grand Nord Kivu de terroristes. « L’on préfère recourir à une litote, en parlant d’un groupe qui utilise des méthodes  terroristes, alors qu’ils ne diffèrent en rien de Boko Haram ou des Shebabs qui, eux, sont bien qualifiés de terroristes », a-t-il dénoncé. Qu’à cela ne tienne, le Président de la République a réitéré sa ferme détermination à en finir avec ces groupes terroristes des ADF et avec les FDLR qui refusent le désarmement ou la délocalisation.

Mende n’a fait qu’appliquer la loi de son pays

A l’occasion, Lambert Mende a expliqué l’esprit et la lettre de l’arrêté qu’il a pris le samedi 12 novembre 2016, portant réglementation de l’exploitation de la radiodiffusion sonore et de la télévision par des personnes physiques et morales étrangères. Cet Arrêté qui, a-t-il rappelé, est  pris conformément à l’article 61 de la Loi n° 96-002 du 22 juin 1996 fixant les modalités de l’exercice de la liberté de presse, vise à la fois la protection des Intérêts nationaux en général et ceux des opérateurs congolais du secteur des médias en particulier et ce, à l’instar de ce qui se passe à travers le monde entier, où aucune législation en la matière ne fait la part belle aux opérateurs étrangers au détriment des nationaux.

Désormais donc, insiste-t-il, l’autorisation pour les personnes physiques ou morales de nationalité étrangère d’opérer de manière continue dans le secteur de la radiodiffusion sonore et de la télévision en RDC est assujettie à une obligation de réciprocité et moyennant une participation majoritaire des Congolais dans le capital de l’entreprise. Lambert Mende a justifié cette situation, en disant que le Gouvernement n’a pris que des dispositions réglementaires pour appliquer la loi qui existe. « Nous avons trouvé une situation que nous avons gérée. Mais par rapport aux incidents, l’on nous a fait observer que c’est peut-être parce qu’on était à côté de la plaque, que certains médias étrangers se comportent d’une façon cavalière », précise-t-il.

Par rapport au vocable « Médias de service public », Mende n’a pas manqué de dire qu’il s’agit des médias de service public dans leurs pays et non en Rd Congo. « De manière continue, les médias peuvent émettre, à condition de trouver des partenaires », dit-il, avant d’ajouter qu’ils ont 45 jours pour trouver des partenaires. Il a donc engagé les médias étrangers à profiter de ce délai pour négocier pour qu’ils soient portés par les partenaires.

Au sujet du « Régime spécial proposé par le Rassemblement », le porte-parole du Gouvernement sortant  qui a une fois de plus cité Joseph Kabila, explique que l’accord politique issu de la Cité de l’Union africaine et celui auquel la Majorité présidentielle était parvenu avec les émissaires du parti le plus important du Rassemblement, étaient pratiquement les mêmes. Pour lui, le ‘’Régime spécial’’ sort de la Constitution, alors que l’accord ne la viole pas ». Toutefois, considérant l’importance du Rassemblement,  l’Accord reste ouvert à l’adhésion de ses membres. Et au-delà de cela, il n’y a pas d’autres projections. Surtout qu’il a été observé de la mauvaise foi dans le chef de ceux que la Majorité Présidentielle a convié au dialogue 8 mois plus tôt.

(JMNK)

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