Joseph Kabila Kabange: Essai sur une idéologie de progrès

par -
0 241
Want create site? With Free visual composer you can do it easy.

Le Directeur Adjoint du Cabinet du Chef de l’Etat Joseph Kabila, Monsieur Kambila Kankwenda wa Mpunga, a publié l’essai portant le titre ci-haut, chez L’Harmattan. L’ouvrage a été lancé le vendredi 29 Décembre, 2017, dans l’auditorium Showbuz. Préfacé par le Professeur Mova Sakanyi, l’ouvrage a été baptisé par le Président de l’Assemblée Nationale, le Dr. Aubin Minaku. Je propose ma lecture de cet excellent essai idéologico-politique. Elle est une denrée intellectuelle rare dans l’arène politique Congolaise.

Force est de noter, de prime abord, que la déficience idéologique est l’une des causes essentielle des convulsions de notre société. Dans un contexte d’adversité politique nébuleuse et ascendante contre le régime, produire un tel essai sur le Président Joseph Kabila ne peut découler que d’une conviction immarcescible. C’est évident, Kambila est un Lumumbiste inoxydable par les oscillations et vicissitudes politiques congolaises.

  1. CONTEXTE ET PERTINENCE POLITOLOGIQUEDE L’ESSAI

L’illustre penseur Français, Edgard Morin, avec la sagacité que l’on lui reconnait, a observé que la crise est le moment par excellence où l’on saisit ce qui git dans lefond de l’être individuel et collectif.Dans les spasmes existentiels provoqués par la crise, les esprits élevés proposent la lumière au lieu de laisser libre cours à la pulsion thanatos de l’anéantissement mutuel.Dans ce climat délétère, l’essai de Kambila apparait comme un faisceau luminescent dans la brume épaisse, obnubilante. Sous cet angle, la pertinence de l’essai sur l’idéologie du progrès dans la dispensation de Joseph Kabila est repérable dans un double prisme politologique.

Le premier prisme est celui de la proposition de la réorientation de nos  esprits (esprits désaxés par la crise), sur les repères superstructurels de la reconstruction nationale. Une telle démarche est d’une importance capitale carla non-intériorisation des d’idées maitresses relatives àla marche d’une société produit des anxiétés.Celles-ci finissent par engendrer les dérapages tant dans le camp de ceux qui gouvernent que de l’opposition. Autant certains disciples de Joseph Kabila qui sont dépourvus de la conscience idéologique de son action peuvent être (ou sont) déviants par rapport à sa vision, autant certains opposantsse radicalisent par déficit d’élévation intellectuelle permettant le captage du système des idées tractant l’œuvre du fils de Mzé Laurent Kabila. Deuxièmement, cet essai trouve sa pertinence dans la composition intelligente d’un système d’idées cohérentes  fournissant à l’entreprise de la reconstruction du Congo initiée par Joseph Kabila les matériaux de sa durabilité, de son partage, de son appropriation collective. Aucun pouvoir, même d’émanation martiale, ne peut subsister dans sa préservation ou sa conquête par un groupe, sans effort de conceptualisation idéologique. Donc cet essai porte une contribution idéologique de haute portée politique car il rend l’ergonomie du pouvoir de Joseph Kabila plus intelligible.

  1. INGENIERIE DE CONSTRUCTION DE L’ESSAI ET ARMATURE CONCEPTUELLE

Il convient d’abord de souligner que par nature un essai, comme production intellectuelle, est par essence une thèse. Mais, au plan de l’épistémologie Kantienne, tout phénomène étant polygonal l’essai ne se réclame pas d’une véracité apodictique. Il propose un regard, une intelligibilité.

L’ouvrage est charpenté sur 12 chapitres succincts.Dans sont introduction, l’essayiste Kambila décline l’objectif  de son œuvre : rendre intelligible au moyen d’un décryptage analytique, l’inscription de l’action de la reconstruction du Congo lancée par le Président Kabila depuis 2001, dans le périmètreidéologique de la Social-démocratie. C’est à ce corpus d’idées qu’a souscrit le PPRD, parti dont l’acteur politique Joseph Kabila est le géniteur.

Avec une remarquable maestria de l’arsenal théorique, une pointilleuse virtuosité dans l’élucidation des nuances conceptuelles, écrémée avec une exploration factuelle, Kambilase lance avec ravissementà la réalisation de l’objectif élucidé ci-haut. Les 12 chapitres peuvent être regroupés en trois parties (conceptuelle, analytique et prescriptive). Du premier au quatrième chapitre, l’auteur nous propose une double exploration historique et conceptuelle du parti politique,  de l’idéologie, du socialisme et de la social-démocratie. Cette partie trouve son point culminant dans l’exploration conceptuelle de la social-démocratie.D’abord, dans l’optique de Destutt de Tracy, inventeur du mot idéologie, Kambila la cerne comme «un ensemble plus ou moins ordonné et systématisé, d’idées, de représentations et d’images.» Mais, paraphrasant Althusser, Kambila insiste sur le fait que chaque peuple doit savoir faire de l’idéologie : «un instrument pour des actions réfléchies sur l’histoire…et pour  assurer ainsi sont rôle l’idéologie doit répondre aux conditions de diffusion certes, de praticabilité, mais surtout d’efficacité». Il faut donc contextualiser toute idéologie.

Au sujet du socialisme, sur base d’une recherche achalandée, l’auteur passe du socialisme utopique au socialisme scientifique de structuration marxiste en cernant fondamentalement son projet humaniste. Kambila reconnait, comme les illustres penseurs de la célèbre Ecole de Frankfurt (notamment Max Horkheimer, Adorno, Luckas et Habermas) que le socialisme scientifique n’a pas produit la sociétéidéaleprophétisée par Karl Marx.Delà, Kambila bifurque logiquement sur la social-démocratie. Il la cerne comme étant une véritableréinvention du socialisme scientifique. Il relève que la social-démocratie porte essentiellement sur l’adoption du pluralisme, le domptage du capitalisme en le reformant, afin de réaliser le projet humaniste de l’amélioration des conditions existentielles.

Force est d’observer que cette partie est un vrai gisement conceptuel. Il peut indubitablement compléter certains syllabus de Science Politique en RDC. Il peut aussi servir d’outil de culture politique pour certains communicateurs des partis,voire certains journalistes pour des prestations plus pédagogiques et délectables par les téléspectateurs.

  1. DE L’IDENTIFICATION DE LA SOCIAL-DEMOCRATIE DANS L’ŒUVRE DE LA RECONSTRUCTION DU CONGO PAR JOSEPH KABILA

La deuxième partie qui est analytique (chapitre 5 et 6) se focalise sur la concrétude de la reconstruction de la RD Congo depuis 2001 jusqu’à ce jour.

Kambilacerne avec limpidité la réalité historique de l’option de la social-démocratie prise par le Président Joseph Kabila à partir de 2001. Tout en demeurant dans l’optique du nationalisme et l’anti-impérialisme, Joseph Kabila opère un choix rationnel en adaptant le mode de gestion politique et socioéconomique aux exigences de son temps, sans trahir les fondamentaux de l’héritage socialiste universel et de la gauche nationaliste Congolaisetracableà Patrice Lumumba et Laurent Kabila. Ainsi donc dès 2001, alors que le Congo était en dislocation étatique et en faillite économique (comme le relèvent dalleurs les politistes Américains Crawford Young, Thomas Turner, Jason Stern), Joseph Kabila souscrit au pluralisme politique. Il promeut l’équilibre entre l’Etat et le Marché. Cette option fut traduite avec limpidité dans la souscription du parti politique de Joseph Kabila, le PPRD, à la social-démocratie. Rejetant le model de l’Etat-colonial prédateur reproduit sous la Deuxième République, Joseph Kabila et son PPRD se sont engagésà reconstruire un Etat-stratège. Celui-ci, comme l’explique Kambila, équilibre ses missions régaliennes et régulatrices avec les impératifs d’un capitalisme dompté et viable pour amorcer  le progrès.L’Etat-stratège s’impose dans la social-démocratie Kabilienne comme le centre névralgique de la Révolution de la Modernité, souligne Kambila.

Ainsi donc, après une longue époque de non-Etat, Kambila note qu’en 2006 les 5 Chantiers devaient d’abord construire les composantes fondamentales de l’Etat-stratège. Ce préalablepolitologique devait ainsi permette à la société dans laquelle l’Etat avait disparu, d’avoir un nouvel «Etat-stratège » capable de lancer  la reconstruction des infrastructures ainsi que les services sociaux de base. En 2011, observe Kambila, la thématique de la Révolution de la Modernité constitue en fait une ambition supérieure de progrès visant à élever la RD Congo à la phase de l’émergence en 2030.Kambila capte dans la Révolution de la Modernité la seule articulation politique d’une vision-ambition d’envergure nationale en RD Congo après des décennies de défaitisme et de perte de self-estime national. L’auteur y voit une occurrence historique analogue à la Révolution de Meiji en 1872, qui ouvrit le Japon à la modernité.La démonstration est limpide. Kambila a brillamment atteint son objectif.

  1. Valeur Ajoutée dans la Quête des modalités du Progrès Collectif.

La dernière partie (chapitre 7 à 12) est élucidante et prescriptive. Il y est démontré que dans son œuvre de la reconstruction Joseph Kabila a non seulement adopté la social-démocratie, mais il y a apporté quatre éléments nouveaux. Ceux-ci sont : le souverainisme, la cohésion nationale, la nécessité de la modernité ainsi que l’ouverture aux forces du centre. Cette dernière dimension est constamment concrétisée dans l’action de Joseph Kabila à travers la formation de la coalition AMP ensuite MP, fédérant les plus de forces souscrivant au progrès en RD Congo.

Mais, l’essayiste Kambila n’est pas un propagandiste ou intellectuel naïf cherchant à rationaliser l’action d’un régime. En effet, il reconnait explicitement qu’en dépit de l’œuvre de la reconstruction amorcée, la société Congolaise porte en encore les tares que nous devons urgemment corriger. Il se réfèreà certains penseurs Congolais notamment MabikaKalanda, KamitatuMassamba, Ka-Mana, Professeur Emile Bongeli et Professeur Henry Mova, dont les cogitations correctives sont susceptibles d’enrichir la social-démocratie congolaisepour permettre l’accélération de la Révolution de la Modernité. Tout en émettant des doutes sur un pan du pessimisme de l’illustre théologien et philosophe Congolais Ka-Mana, l’essayiste Kambila cerne quand-même la saillance de son plaidoyer pour le développement d’un imaginaire Congolais de puissance. Kambila souligne qu’indubitablement, dans la Révolution de la Modernité projetant la vision d’un Congo Emergeant en 2030, Joseph Kabila propose déjà aux Congolais une auto-imagination nationale de puissance dans la région, le continent et le monde. Mais, nous devons tous y travailler. Kambilalui-même propose une démocratie inclusive, remodelée par nos propres expériences, et sous-tendue par ce qu’il appelle «l’harmonisation de notre pratique avec notre idéologie. »

  1. REGARD CRITIQUE ET PERSPECTIVES DE L’OUVRAGE

Je dois avouer que j’admire la subtilité intellectuelle pétrie de sagesse dont Kambilaa fait magistralement montre. Il nous offre ungraphisme polymorphique et multicibles. Haut cadre du PPRD, Kambila s’est adresséd’abord à son propre parti. A ce tournant décisif de notre histoire, lorsque le Congo chemine vers des élections qui vont ouvrir une autre dispensation politique, Kambila dit au PPRD : «intériorisez la social-démocratiedans sa normativité et sa matérialité Kabilienne et transformez le parti pour sa pérennité. Devenez un parti qui au-delà des élections est un instrument de transformation sociétale. Puis, Kambilas’adresse à l’intelligentsia congolaise. Kambilaleur dit que Joseph Kabila est décrypté avec des aprioris et stéréotypes obstruant toute possibilité du discernement impersonnel de son action. Très peut d’efforts ont été fournis dans la famille politique de Joseph Kabila dans ce rayon d’action politique nationale. La communication politique flagorneuse ne peut pas faire intérioriser la quintessence d’une Révolution de la Modernité.  Ainsi donc, Kambilavient contribuer au colmatage de cette lacune en mettant à la disposition des élites congolaises une exploration idéologique de l’action de JosephKabila. Non pas pour le hisser sur le piédestal messianique, mais pour nous inviter au débat à une strate intellectuelle supérieure, et surtout pour dire : au-delà de l’adversité politique et en dépit des déficits de ce parcours, reconnaissons que Kabila nous a proposéune vision-ambition de progrès national. Nous pouvons transcender nos divergences pour réaliser ensemble le Congo Emergeant. Bien au-delà, Kambila s’adresse au monde pour dire «don’ttakeitpersonal » : Joseph Kabila n’a rien de personnel contre vous ou vos pays. Il est légitimement ancré dans la droite ligne idéologique de ses role-modelsPatrice Lumumba et Mzee Laurent Kabila. Il veut aussi légitimementprotéger sa patrie contre l’impérialismemondial résiduel, en lui proposant une vision de progrès collectif.

Si la démarche de Kambila est riche au plan de l’exploration conceptuelle et analytique, elle mérite cependant d’êtreplus garnie peut-être dans une secondeéditionpar une corroboration plus approfondie de la matérialisation de la social-démocratie sous Joseph Kabila au plan politique et au plan de la quantification de l’impacte social. L’apport historique fondamental de Joseph Kabila à la redemocratisation de la RD Congo (que même ses détracteurs Démocrates aux USA reconnaissent) possède une dimension de la social-démocratie qui n’a pas été suffisamment approfondie. Ensuite la dimension de l’évolution positive de l’Indice de Développement Humain (IDH), qui offre la synthèse des paramètres sociaux majeurs (santé, éducation, mortalité, espérance de vie) et qui est passé de 0,220 dans les années 1990 à plus de 0,443 il y a une année, donne une mesure objective des avancées (modestes fussent-elles) dans le sens d’une reconstruction humaniste. Kambila semble avoir esquivé cette piste qui pourtant donne la mesure quantitative imparable du progrès de la social-démocratieKabilienne en  RD Congo de 2001 à ce jour, en dépit des lacunes indéniables et des drames conjoncturels.

Il est inéluctable que les négativistes et autres esprits qui se délectent dans la mutilation du Congo, vont formuler des critiques acerbes. Il est tout aussi vrai que les 5 Chantiers et la Révolution de la Modernité n’ont pas produit des résultats autrement hyper-reluisants. En plus, Joseph Kabila ne s’est jamais proclamé roi-philosophe ou démiurgeà la puissance miraculeuse pouvant transformer le Congo en paradis. Il faut donc avoir le sens de la mesure et des nuances. La destruction abyssale du Congo, l’effondrement de l’Etat, l’ingouvernabilité de 1990à 2001, la disparation du système de production économique dès les années 1990, la dégénérescence de la société, pendant plus de 40 ans, ne pouvaient pas êtrerésorbés en 10 ans de mandat électoral, seulement parce que Joseph Kabila a opté pour la social-démocratie ou a lancé la Révolution de la Modernité. L’idéologie et la vision, en dépit des lacunes et déficits dans la société, sont des référents, des données régulatrices des comportements. Il est important que nous nous délestions de notre nombrilisme pour opérer l’élévationidéologiqueet le raffinement intellectuel que nous propose Kambila, afin qu’ensemble nous construisions le Congo Emergeant en 2030.

Hubert KabasuBabuKatulondi

Libre-penseur.

Did you find apk for android? You can find new Free Android Games and apps.

PAS DE COMMENTAIRE

Laisser une Réponse