Insécurité alimentaire à Kinshasa

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Le marché central, référence de l’écoulement des produits avariés

Des produits de consommation directe exposés à même le sol, une scène courante à Kinshasa

Une marque de dentifrice est parvenue en fin de date de consommation. Pourtant, le marché central de Kinshasa offre dans toutes ses allées, une énorme quantité dudit produit, qui est écoulée au prix de solde. Dans la commune de Matete pendant ce temps, des chambres-froides arrivées à l’heure de se débarrasser de quantités de poissons mal conservés, recrutent aussi des revendeuses parmi des femmes de petite bourse. Cette situation qui se déroule sous la barbe de l’autorité, intervient dans un contexte où le thème ayant marqué la journée mondiale de la santé, le mois dernier, a porté sur la sécurité alimentaire. Dans son message, en effet, le Directeur régional de l’Organisation mondiale de la Santé, OMS pour l’Afrique, le Dr Luis G. Sambo a notamment rappelé à tous que « l’insécurité alimentaire demeure un problème majeur de santé publique en Afrique », a-t-il indiqué. Dans le contexte congolais, convient-il de le rappeler, le mode de gouvernance en vigueur a laissé quelque marge aux acteurs locaux de l’insécurité alimentaire. En ceci que la « mort administrative » du service communal d’Hygiène a privé notamment l’Office congolais de contrôle, OCC d’un allié sûr, dans le cadre du suivi des opérations de dessouchage des poches de résistance à la base.

Marché central de Kinshasa : des produits parvenus en fin de date de consommation sont annuellement remis en selle

Le marché central de Kinshasa offre, à un rythme annuel, le spectacle de produits qui sont soudainement proposés à la clientèle à un prix spectaculairement abordable. Les importateurs qui veillent à la date d’entrée de leurs produits et à l’évolution du marché, ne se laissent guère surprendre. Le plus souvent, ils évacuent les produits en fin de date utile quinze (15) jours avant l’expiration nette. Des revendeurs à la criée s’éparpillent dans toutes les allées du marché. Au regard du dénuement et du chômage des jeunes, les revendeurs de produits arrivés à expiration ne se font pas recruter sur base du curriculum vitae. Fille ou garçon, il suffit d’être connu de quelqu’un ayant des entrées auprès des dépôts d’importateurs concernés. Cette situation touche indistinctement l’ensemble des produits d’importation destinés à l’alimentation humaine. Des boîtes de conserve et des biscuits compris. La quantité vendue au prix de solde est trop importante pour être écoulée dans les deux semaines. Astuce étant le propre du marché, ces produits finissent par occuper normalement de la place, et la masse de consommateurs est prise pour dupe. L’Administration du marché habituée à jouer le jeu, maintient sa logique de silence coupable.                                                                                                                                                 Quand des stocks de poissons chinchards cèdent à la putréfaction dans des chambres froides, et que des stocks doivent quitter le dépôt pour expiration, le traitement à réserver à cela n’est pas du ressort de l’Office congolais de contrôle. Car ayant accompli dûment sa mission aux frontières, le reste relève des structures locales compétentes. Pour l’heure, le service des affaires économiques, puisque c’est de cela qu’il s’agit, affichent drôlement profil bas, sur l’étendue des marchés locaux. A cela s’ajoute l’éloignement psychologique des bourgmestres et le caractère machinal de l’Administration du marché, réduit à l’expression de service mobilisateur des recettes, sans pouvoir répressif réel, en matière notamment d’insécurité alimentaire.

A Matete, des chambres-froides recrutent des revendeuses de poissons avariés

Dans la commune de Matete, des femmes accourent vers des chambres froides pour être recrutées comme revendeuses de poissons avariés, dans l’une ou l’autre chambre froide. Il y a aussi telle femme qui n’effectue pas nécessairement de déplacement, mais un employé de chambre froide, une connaissance lui apporte le lot destiné à être écoulé. Car à chaque quantité vendue correspond un pourcentage à percevoir, en termes de commission.
Ceci au regard de la quantité de poissons chinchards que des chambres froides revendent par des femmes de petite bourse interposées. Trois caractéristiques des poissons avariés accrochent d’emblée les bonnes consciences. D’abord, les stocks concernés quittent la chambre froide dès le coucher du soleil. Car à ces heures-là, les mains qui font le transfert du stock sont quasi assurées de ne pas être encombrées pas forte mobilisation de mouches. La deuxième caractéristique, l’âcre odeur qui s’en dégage. La troisième, les personnes destinées à écouler le stock à problème constituent hâtivement un réseau de sympathisantes. Et les poissons sont soumis à l’effet du sel pendant trois jours, avant d’être écoulés sous la forme de poissons salés. Pendant le temps de la salaison, le voisinage est soumis à la pollution, et les mouches se laissent entraîner à foison. Il ressort du message du responsable de l’OMS su-évoqué qu’une négligence nationale en matière d’insécurité alimentaire peut devenir une urgence mondiale. Car l’insécurité alimentaire joue négativement sur l’estimation de vie, expose l’organisme à des infections et crée une fissure au marché. D’un côté, les nantis qui s’efforcent d’éviter la saleté alimentaire et, de l’autre, la masse de pauvres habitués à l’insécurité alimentaire. Et dire que la santé n’a ’as de prix !

L’insécurité alimentaire éprouve les gestionnaires de marchés

Dans le contexte kinois, l’insécurité alimentaire est une réalité amplement éprouvante. Les acteurs du marché s’y frottent d’ordinaire: les vendeurs et vendeuses, les consommateurs et les gestionnaires de ces lieux. Un père de famille liant la dégradation continue de l’environnement à la montée de maladies diverses à Kinshasa : le choléra, la fièvre typhoïde, la verminose, etc. s’est estomaqué en ces termes : « Dans le contexte du pouvoir par et pour le peuple, la persistance de la menace liée à l’insalubrité ambiante dans les marchés de Kinshasa devrait interpeller au plus haut point les décideurs. Ceci d’autant plus qu’à tous les niveaux, la gouvernance est motivée par le programme de de la révolution de la modernité qui prône notamment le changement de mentalités. Dès lors, il s’observe des contradictions dans la gouvernance courante puisque l’autorité, tout en prônant un plan de gouvernance tenant compte des préoccupations de santé publique, laisse faire paradoxalement des acteurs qui, dans leurs secteurs d’activités respectifs, sapent les efforts entrepris pour atteindre des objectifs liés à un mieux–être individuel et collectif », a-t-il regretté.

Le changement de mentalités, préalable nécessaire à la cohésion nationale      

En fin octobre 2013 devant le congrès, Joseph Kabila a prononcé un discours (dont un extrait suit), consacrant la clôture des assises des Concertations nationales. A cette occasion, le Chef de l’Etat n’est pas allé par quatre chemins, pour démontrer que la cohésion nationale sans un repentir sincère, voire une métamorphose individuelle et collective, n’est qu’un vœu pieu. Aussi appelle-t-il les Congolais de tous bords à la régénération, en vue d’assumer avec responsabilité ce nouveau virage.    

« Grâce aux Concertations nationales, demain sera différent d’aujourd’hui. L’émergence de la RD Congo exige en effet, que chacun s’engage et que, là où il sert la République, il s’améliore. Par- delà la mobilisation générale, c’est donc à un changement profond que nous sommes individuellement et collectivement appelés. Changement de mentalités, de méthodes et de comportement. Pour mettre fin aux conflits sous toutes ses formes, poursuivre la reconstruction du pays et conforter la perspective d’un Congo fort, uni et prospère, il nous faut donc plus d’éthique et de sens du bien public, il nous faut plus de participation et de consensus, tout en respectant les textes fondamentaux de tout exercice démocratique. Il nous faut plus de solidarité dans l’effort et dans le partage des dividendes, bref, il nous faut davantage de cohésion nationale » (fin de citation).

(Payne)

 

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