Hier à Brazzaville: Face-à-face Denis Sassou N’Guesso-Mgr Utembi

Allons-nous assister au dégel entre l’Eglise catholique et le Gouvernement congolais, tel que cela est souhaité par une bonne frange de l’opinion tant nationale qu’internationale? Et ce, après la répression de la marche non autorisée du 31 décembre 2017 à Kinshasa, suivie de la réaction sévère du Cardinal Laurent Monsengwo  et du soutien unanime de la hiérarchie de l’Eglise catholique à l’initiative du Comité laïc de Coordination?

Sinon, à en croire le face-à-face hier entre le président de la République du Congo et président en exercice de la CIRGL, Denis Sassou N’Guesso et la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), représentée par son président, Mgr Marcel Utembi, l’archevêque de Kisangani, il y a lieu d’espérer que les uns et les autres mettront un peu d’eau dans leur vin, pour privilégier ce qui est cher à tout le monde : la paix, principal ingrédient pour la tenue des élections crédibles et apaisées attendues en décembre 2018.

Partie de la République démocratique du Congo, la délégation conduite par Mgr Marcel Utembi Tapa s’est entretenue, le 9 janvier à Brazzaville, avec le président de la République et président en exercice de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (Cirgl), Denis Sassou N’Guesso.

Au sortir de l’audience, le Secrétaire général et porte-parole de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cénco), l’Abbé Donatien Nsholé, a indiqué que la crise politique que traverse la RDC, oblige les autorités de  ce pays à solliciter le concours des pays amis et voisins. Leur implication, a-t-il ajouté, apportera quelque chose de positif dans la perspective de satisfaire les aspirations du peuple congolais.

« C’est pourquoi nous avons  pensé rencontrer le président Denis Sassou N’Guesso qui est également le président en exercice  de la Cirgl, parce qu’il est chargé du suivi du mécanisme de paix et sécurité en RDC et  dans la Région des Grands Lacs, en vue de  partager avec lui nos convictions qui se résument à ce qu’il est indispensable de mettre en application l’accord du 31 décembre 2016. Lequel prévoit l’organisation des élections générales libres et transparentes, pour arrêter la crise en RDC », a-t-il expliqué.

La marche du 31 décembre dernier à Kinshasa, a-t-il renchéri, a été un fait qui ne doit pas être négligé ; car si l’on n’y prend garde, la RDC pourrait vivre le pire. En outre, l’orateur a précisé que le président du Congo, Denis Sassou N’Guesso s’est montré particulièrement attentif au message délivré par ses hôtes. Le chef de l’Etat congolais a déclaré qu’il ferait tout ce qui est de son pouvoir, pour que les élections aient lieu en RDC en décembre 2018.

Apaiser les esprits

Soulignons qu’après la promulgation de la loi électorale, suivie de celle du budget pour l’exercice 2018, le cap est mis sur les élections devant consacrer une alternance crédible dans ce pays. Si un pas peut être fait par une partie au conflit, cela ne peut que concourir à l’instauration de la confiance perdue entre les deux partenaires traditionnels, l’Eglise et l’Etat. A travers son implantation sur tout le territoire congolais et de nombreuses œuvres sociales allant de l’éducation en passant par l’encadrement des jeunes pour aboutir à la santé, l’Eglise demeure un partenaire de taille et un allié pour un processus électoral paisible.

De son côté, c’est l’Etat qui organise le fonctionnement de la cité et à ce titre, il est de son droit de rechercher la cohésion entre les filles et fils du pays. C’est dans ce sens qu’il convient de saluer cette rencontre entre la CENCO et Denis Sassou N’Guesso, président du Congo-Brazzaville certes, mais très écouté par son homologue congolais, Joseph Kabila Kabange. Avec espoir que la paix sera privilégiée en lieu et place de tout calcul politicien.

Dans ce contexte, tout bras de fer devra être évité et risque de ne profiter à personne, maintenant que la Nonciature a reconnu la démarche du Comité Laïc de Coordination, précisant que le CLC a demandé auprès du Cardinal Archevêque de Kinshasa la nécessaire recognition de ses statuts pour être constitué canoniquement comme Association privée. Cette reconnaissance lui a été donnée de manière provisoire et par conséquent, le CLC jouit de la personnalité juridique et peut organiser des initiatives à travers tout le territoire de l’Archidiocèse.

« Malheureusement, la réaction disproportionnée des Forces de Sécurité Congolaises n’a pas respecté le caractère pacifique de cette démonstration », a indiqué le Noce apostolique, Luis Mariano Montemayor, qui ajoute que la Nonciature est en train de recueillir et vérifier les données relatives aux effets de cette marche et de la réaction des Forces d’ordre ici à Kinshasa. Les premiers signaux, publiés dans une Note technique, du 3 janvier 2018, ne sont pas encourageants : 134 paroisses ont été encerclées par des Policiers/Militaires ; au moins 2 paroisses n’ont pu célébrer de Messe ; autres 5 ont dû interrompre la célébration liturgique à cause de la présence des militaires au-dedans de l’église ; du gaz lacrymogène a été lancé dans l’enceinte de 10 paroisses ; etc. Ces statistiques sont une base objective, estime la Nonciature, qui pourrait augmenter dans les jours suivants, quand nous aurons eu la possibilité de vérifier d’autres rapports.

(JMNK)

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