Henri Mova sur Rfi « Un président, ça ne se remplace pas comme ça »

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Le professeur Henri Mova, secrétaire général du PPRD. Photo/tiers
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Invité Afrique sur la Radio France Internationale, le professeur Henri Mova SAKANYI a remis la pendule à l’heure. Face aux questions tendancieuses du très polémiste Christophe Boisbouvier, serein, le Secrétaire général du parti présidentiel a renvoyé les opposants aux études. Entre procès d’intentions et la burundisation du pays, Mova exhorte les détracteurs de Joseph Kabila à s’en tenir au respect de la constitution.

Report des élections, référendum, transition : Le va –tout de Mova SAKANYI

RFI : Est-ce que l’élection présidentielle se tiendra avant le 19 décembre prochain comme le prévoit la Constitution ?

Henri Mova : Je ne pense pas que je sois la bonne personne à répondre à cette question. Il y a une institution, à savoir la Commission électorale nationale indépendante (Céni) qui ne s’est pas encore vraiment prononcée. Mais elle a donné quelques avis techniques qui démontrent que le délai serait difficilement tenable, dans la mesure où pour la révision du fichier électoral, elle a besoin de 16 mois au moins et nous sommes au mois de juillet. Donc, c’est au-delà du mois d’août 2017 qu’elle pourra rendre disponible un fichier qui soit fiable.

Donc le plus probable, c’est qu’il y aura glissement du calendrier ?

Bon, le terme est peut-être aujourd’hui galvaudé, mais ça veut tout simplement dire qu’il est possible qu’on ait un report des élections, comme il en est le cas dans beaucoup de pays dans quasi la totalité de tous les pays du monde. Devant quelques difficultés techniques ou météorologiques ou de retard de calendrier, on peut reporter une élection d’un jour, jusqu’à quelques années.

Alors pourquoi l’année dernière, le gouvernement n’a-t-il pas donné à la Céni, les moyens financiers que celle-ci réclamait pour préparer les élections ?

La Céni n’a pas eu que des problèmes d’ordre financier, son calendrier ou ses deux calendriers publiés ont été rejetés par l’opposition qui n’en voulait pas. D’abord parce qu’il n’était pas global et puis il était trop global à la fin. Mais qu’à cela ne tienne, maintenant il est question de réunir la classe politique autour d’un consensus afin que la suite soit plus heureuse, que les erreurs du passé qui sont largement à partager par tous les acteurs du processus électoral, autant de l’opposition, du gouvernement, la société civile et tout le monde a sa part de responsabilité.

S’il n’y a pas d’élection avant le 19 décembre, qui présidera la transition après cette date ?

D’abord la notion de transition, je crois que c’est une introduction politicienne dans l’affaire. L’article 70 de notre Constitution prévoit que le chef de l’Etat en poste reste. Cette option a été renforcée par l’interprétation que la Cour constitutionnelle a donnée de cet article 70 et donc en principe le débat devait être clos.

Alors selon la Constitution, le mandat présidentiel ne dure que cinq ans et pas un jour de plus. Si le président reste au pouvoir au-delà du 19 décembre, est-ce qu’il ne commettra pas comme dit l’opposition, un coup d’Etat ?

Vous en êtes encore à discuter de l’interprétation de l’article 70 faite par la Cour constitutionnelle. Le mandat présidentiel est de cinq ans, mais celui qui est en place reste en place, continue jusqu’à ce qu’il fasse la remise et reprise avec un autre. Un président, ça ne se remplace pas comme ça et notre Cour constitutionnelle, lorsque la Cour a parlé, tout le monde se tait.

Alors au terme de cet éventuel glissement, il y aura donc une élection présidentielle. Est-ce que le président Kabila se retirera du pouvoir comme l’y oblige la Constitution qui lui interdit de briguer un troisième mandat ?

Le chef de l’Etat est à son deuxième mandat à l’issue duquel il n’a pas le droit de se représenter. Il n’entend pas le faire, il n’a pas voulu changer de Constitution comme les autres l’ont fait. La culture démocratique est en train de s’imposer dans ce pays. Le président est respectueux de ce cadre-là et il a avancé dans le même sens.

Mais en même temps, votre adjoint, Emmanuel Ramazani préconise un referendum constitutionnel en faveur d’un troisième mandat ?

Non, non. Il ne l’a pas dit comme ça. Il a parlé du referendum qui pourrait porter sur n’importe quoi. Donc le referendum n’est pas à l’ordre du jour, mais il est constitutionnel si le peuple en décide de l’opportunité, il le fera. Donc, nous nous inclinerons devant cette volonté.

Les Etats-Unis viennent de décider des sanctions contre le général Kanyama, le chef de la police de Kinshasa, pour atteinte aux droits de l’homme. Est-ce qu’un bras de fer entre Kinshasa et Washington ne risque pas de vous coûter cher ?

Nous ne sommes pas en bras de fer avec qui que ce soit. La volonté première était de faire des sanctions sur plusieurs personnalités et en entrainant toute la communauté internationale à travers l’ONU, notamment à l’Union européenne. Il faut plutôt considérer que c’est un échec de cette politique des faucons, des extrémistes qui voulaient mettre à terre toute solution pacifique à travers le dialogue politique.

Depuis qu’il est passé à l’opposition, votre ancien camarade Moïse Katumbi a beaucoup d’ennui. Ces derniers temps, il a été condamné à trois ans de prison pour litiges mobiliers et il risque la peine de mort dans une autre affaire, pourquoi ce harcèlement judiciaire ?

Vous voyez que votre question est déjà tranchée quand vous dites « harcèlement judiciaire ». S’il est vrai comme vous dites que c’est du harcèlement judiciaire, c’est condamnable, mais à ma connaissance, une question avec un privé qui est d’ailleurs de nationalité grecque, qu’est-ce que ça à voir avec le processus politique en RDC ? Pour l’autre affaire, on n’a pas encore tranché et il faut en dire le moins possible dans la mesure où si c’est ailleurs on pourrait être appelés à témoigner parce qu’on aura à dire un mot de plus.

Moïse Katumbi a pu sortir du pays pour raison médicale. Le jour où il va rentrer, est-ce qu’il risque d’aller en prison ou pas ?

Je ne sais pas, je ne suis pas juge. Pourquoi cette focalisation sur une personne et qui d’ailleurs est dans l’opposition de très récente date ?

Mais tout de même, ces procès qui lui tombent sur la tête n’est-ce pas la preuve que Moïse Katumbi est un gêneur et que vous essayez de vous débarrasser d’un rival ?

Non, bien au contraire, je vous ai dit qu’il était notre camarade il y a pas une année. Donc, je ne sais pas toutes les vertus que vous lui trouvez juste quand il a traversé la rivière. Il n’y a aucun acharnement, je voudrais vous dire.

Vous n’avez pas peur de sa popularité ?

Qu’est-ce que ça signifie la popularité ? Des Berlusconi ou des Bernard Tapie pourraient chef d’Etat en France ? Gérer un pays, ce n’est pas une question de popularité, vous savez c’est énormément de compétences, c’est énormément de tension à supporter. A supporter jusqu’au gaz lacrymogène ou à d’autre chose. Donc Moïse Katumbi, parce que vous m’obligez à dire son nom, est entré en politique par la volonté du chef de l’Etat Joseph Kabila, ce n’est pas aujourd’hui qu’il chercherait sa mise à mort politique.

L’Avenir/Rfi

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