Habitat à Kinshasa: Limété industriel devient Limété résidentiel II

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Le quartier Limété industriel, dans la commune qui porte ce nom, a perdu de sa vocation initiale, tel que le terme l’indique, pour devenir le quartier résidentiel II. Une situation qui ne se décrète pas mais s’observe, au regard notamment de la profusion de maisons d’habitation, parmi lesquelles celles de fortune dans des sites qui abritaient jadis de petites et moyennes industries. Cette mutation est occasionnée par la troublante montée démographique observable à Kinshasa. De tous temps, en effet, la capitale a été confrontée au phénoménal problème d’urbanisation des populations, eu égard au sempiternel exode rural. Avec un peu du recul, des conflits armés ont donné lieu à des vagues de déplacements des populations, rendant un casse-tête l’accès à l’habitat à Kinshasa. D’où, l’explosion démographique à une vitesse-éclair, posant du fait même le problème d’aménagement urbain. A ce sujet, le pasteur Germain Mudimbiyi, analyste et responsable de l’Eglise « Jésus Muraille de feu » sise commune de Kalamu, a fait le constat suivant : « En RD Congo, les déplacements des populations ne sont pas essentiellement le fait des conflits armés, comme cela est le cas notamment dans la partie est du pays. La chute vertigineuse du cours du diamant, de même que l’arrêt des machines à la Minière de Bakwanga  (MIBA) ont fait que de nombreuses familles quittent les zones minières, pour chercher mieux ailleurs. Cette situation est à l’origine du phénomène « wewa », le taxi- moto qui n’avait pas existé comme métier à Kinshasa », a-t-il observé.

 

« L’emploi des jeunes : l’Afrique doit s’inspirer du modèle chinois », a recommandé Raymond Jarret  

Comme on le comprend, la transposition du site industriel par celui résidentiel contraste avec la priorité, pour le gouvernant, de planifier notamment l’emploi des jeunes. Le quartier Limété industriel était bordé par le chemin de fer qui n’est plus opérationnel. Dans la concession réservée aux installations ferroviaires, taudis et logements décents coexistent sur de vieux rails mis hors d’usage.

Ce bouleversement n’a pas laissé indifférent, en son temps, un ancien cadre technique français ayant évolué sur le continent, dans la décennie soixante-dix. Bien après son mandat, il est resté ami de l’Afrique. Il s’agit de Raymond Jarret, un néo-septuagénaire qui a quitté la RD Congo en 1971, après avoir servi comme cadre technique de la représentation locale de l’industriel des chaussures Bata. Il y a peu, l’homme a entrepris des voyages de touriste dans des pays subsahariens de son choix. Partout où il est passé, celui qui ne voile guère sa passion pour l’Afrique noire a véhiculé un message d’exhortation. En effet, il a appelé les gouvernants africains à prendre à bras- le- corps la question de l’emploi des jeunes. Le contraire, a-t-il redouté, constituerait une bombe à retardement susceptible de faire fragmenter ces pays de l’intérieur. Ce message de sagesse qui laisse transparaître de la compassion, est tombé comme un grain dans une terre ciblée.

En RD Congo, il a visité Kinshasa après avoir relié la Centrafrique au Congo-Brazzaville, par voie fluviale. Quelle n’a pas été son émotion de voir que le quartier N’DOLO, aux abords du fleuve Congo, n’était plus un quartier industriel. C’en était pourtant la vocation, sous l’administration coloniale belge, et aux premières heures de l’indépendance.

« Un grain jeté en terre ne pousse pas le même jour », renseigne une sagesse. Ceci laisse comprendre que l’Etat est en droit de planifier l’emploi des jeunes. Raymond Jarret qui a rappelé cette sagesse, exhorte l’Afrique à s’inspirer de l’expérience chinoise, basée sur l’union, le travail et la convergence des vues entre l’Etat, les élites et la base.

« Environ 9,6 millions de jeunes chômeurs au Congo en 2020 », s’alarme Le bureau du travail « Don Bosco Lukunga »                    

Dans un plaidoyer dont le contenu suit, le bureau du travail attribue cette triste réalité au manque de volonté politique. « Dans notre pays, nous ne manquons pas de travail à effectuer, ni de ressources et moins encore de potentialités. Simplement, il s’agit de partager et de redistribuer les richesses pour financer des emplois équitablement », indique le plaidoyer.

En RD Congo, entre 7 et 10 millions de jeunes intègrent, chaque année, le marché du travail, et ce marché ne croît pas assez rapidement pour les accueillir. A peine 10 % trouvent un emploi correspondant à leurs capacités et compétences, et beaucoup continuent à souffrir. Car dans certains cas, les salaires sont extrêmement bas. Parmi eux, il y a de plus en plus de jeunes formés dans les centres de métiers, et leur nombre, entre 1999 et 2011, a plus que triplé, passant de 1,6 million à 4,9 millions. Ils seront pratiquement le double en 2020, soit 9,6 millions de jeunes chômeurs au Congo.

Gouverner c’est prévoir, pour faire face aux déplacements intérieurs

L’après-diamant, l’après-conflits armés, l’après-découpage territorial,… éprouve la responsabilité de l’Etat, dans un contexte du  « pouvoir par et pour le peuple ». Il s’agit d’activer des mécanismes de gestion des populations, d’intégration des masses, de création d’emploi, de prévention sécuritaire. Toutes ces priorités se résument dans la planification de la vie nationale                                                                                                                                                          Pour l’heure, les déplacements massifs ont eu pour effet immédiat : la précarité de l’habitat, le débordement des marchés, le déferlement du secteur informel et celui des activités de survie. Cela fragilise la famille en tant que cellule de base de la nation, renforce la prépondérance des propriétaires de parcelles, des agents des services publics et des hommes d’églises dont notamment ceux qui offrent un cadre d’accueil.                                                                                                                                         L’après-diamant est davantage nostalgique dans la mesure où, les générations montantes ne trouveront pas d’infrastructures léguées par l’ère du diamant. A la place, des érosions dans leur énormité, emportant des maisons, détruisant des étendues cultivables.                                                                                      Dans les zones d’accueil, renchérit l’orateur, les leaders d’opinion ont mission de réconforter les déplacés, les armer moralement, en vue d’une intégration moins hasardeuse. C’est le cas des « wewa » (en tshiluba : toi), un modèle d’intégration réussie. Ces moto-transporteurs (un engin auquel bien des creuseurs étaient habitués depuis les zones minières), ont prouvé à la communauté nationale que quand l’Etat cherche partenaires pour accompagner ses efforts dans un secteur capital à l’instar de celui du transport en commun, des fils du pays pouvaient user de créativité et d’engagement. Des jeunes venus massivement des zones minières sont dans le transport de proximité. Aujourd’hui quatre ans plus tard, des détenteurs des capitaux s’y sont investis, et l’activité a cessé d’être l’apanage de jeunes « baluba ».

(Payne)

 

 

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