Fuite de cerveaux, fuite de bras, fuite de capitaux, fuite de recettes

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Quand la fuite multiforme sèche le Congo et interpelle l’élite
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A l’heure de consolider « sa » démocratie, la RD Congo doit, non pas nécessairement boucher mais ajuster ses vannes, pour contrôler la fuite multiforme qui sèche le pays et interpelle l’élite. La fuite de cerveau, la fuite de bras, la fuite de capitaux, la fuite de recettes…

La fuite de cerveaux, un défi privant le pays de ses valeureux fils et filles : ils sont des milliers à émigrer, pour se choisir d’autres terres d’accueil. Ce sont, de ce fait, des spécialités en termes des ressources humaines qui causent manque-à-gagner au pays d’origine. « Nous devons aussi vouloir le développement, pour nous conduire au mieux-être. Si nous ne laissons pas agir cette énergie positive, nous ne pourrons même pas avoir de bons réflexes, en vue de la transformation de notre société (…) », a fait observer M. Jean-Marie Nkambwa, analyste économique et directeur de publication de L’Avenir.

Des diplômés congolais se déversent massivement en Angola

Depuis un temps, l’Angola figure en bonne place parmi les pays qui absorbent des cerveaux venus du Congo. En effet, des sources signalent la sortie massive de jeunes diplômés congolais qui trouvent un terrain d’accueil dans ce pays dont les recettes de la manne pétrolière déterminent la vie, de même que la large ouverture sur l’Atlantique. Il nous revient que la plupart de ces cerveaux congolais sont issus de l’enseignement supérieur et universitaire : l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA), l’Institut supérieur pédagogique technique (ISPT), l’Institut supérieur de Commerce (ISC/Kinshasa), l’Université pédagogique nationale (UPN), l’Institut  des bâtiments et des travaux publics (IBTP), l’Institut supérieur des arts et métiers (ISAM), l’Institut supérieur des arts (INA), et même l’Université de Kinshasa (UNIKIN). Ces établissements autant que d’autres, forment et décernent des diplômes à des finalistes dont plusieurs s’arrangent à quitter le pays, dans les mois qui suivent la fête de collation des grades académiques. Des raisons évoquées pour justifier la fuite de cerveaux sont multiples, certes. Toutefois, elles convergent vers la quête d’un « ciel prometteur ». Comme on le comprend, une chose est de décrocher son titre au terme du cycle d’enseignement supérieur, une autre de trouver de l’opportunité d’être casé, embauché. C’est pourquoi, sans rien attendre au risque de voir s’étioler ses ambitions de jeunesse dans l’oisiveté postuniversitaire, dans des rues serpentées des quartiers de la populace, des cadres formés sortent du pays, chacun à leur tour.

La fuite de bras ou exode rural

Les villages se vident de leurs bras actifs, la capitale s’asphyxie du fait de l’exode rural. Des statistiques indiquent que plus de la moitié de la population congolaise s’urbanise. La fuite de bras sèche l’arrière-pays. Et cela, dans un contexte où la ville n’offre guère de garantie d’embauche. Beaucoup d’observateurs voient la nécessité d’une organisation à la base. Et c’est à ce niveau que les élites locales doivent s’assumer davantage. Il faut favoriser les regroupements. En bon visionnaire, Feu M’Zee Laurent Désiré Kabila a affirmé : « Le Congo est conscient de son rôle dans le concert des nations. Pour cela, nous devons nous organiser. Car la réponse à l’équation développement réside en bonne partie dans l’organisation et la mobilisation des masses ».

Dans son livre intitulé : « L’Afrique des villages », publié en 1983 aux éditions Karthala à Paris, l’écrivain  camerounais Jean-Marc Ela prône l’organisation des paysans, dans leurs villages respectifs.  Par la création de coopératives, de centres ou mutuelles de santé, d’écoles et d’autres services publics susceptibles de desservir la population, l’auteur démontre que les villages africains peuvent servir de poumon au développement du continent. Il explique que tous ces défis reposent sur un socle qui est l’organisation à la base. Faute de cet acquis à la base, l’exode rural touche des familles entières. En 1980, la Fondation allemande Hans Eidel avait tenté une expérience à Mbankana, en créant des camps qui ont servi à offrir des ouvertures à la jeunesse désœuvreé. Celle-ci a dû bénéficier de l’apprentissage de métiers et lueurs d’espoir pour fonder famille. Pour l’heure, des voix s’élèvent pour appeler le gouvernement congolais à gérer l’après-diamant.

« Le gouvernement et les leaders d’opinion doivent gérer l’après-diamant »

L’après-diamant vaut la peine d’être abordé avec la responsabilité qui s’impose, au regard de l’exode massif des populations que cela occasionne vers notamment Kinshasa et Katanga, et ses implications sur la situation socioéconomique des villes d’accueil. Cette recommandation émane du pasteur Germain Mudimbiyi, analyste et responsable de l’Eglise « Jésus Muraille de feu », de la commune de Kalamu. « En RD Congo, les déplacements des populations n’est pas essentiellement le fait des conflits armés, comme cela est le cas notamment dans la partie est du pays. La chute vertigineuse du cours du diamant, de même que l’arrêt des machines à la Minière de Bakwanga  (MIBA) ont fait que de nombreuses familles quittent les zones minières pour chercher mieux ailleurs. Cette situation est à l’origine du phénomène « wewa », le taxi- moto qui n’avait pas existé à Kinshasa ».

 

Quand la fuite de capitaux et la fuite de recettes fragilisent la gouvernance

Pour réaliser son objectif relatif au développement, l’Etat a besoin de capitaux. Bien canaliser les recettes publiques permet aussi de parvenir à cette fin. Avec une bonne politique fiscale reposant sur une paix durable, l’Etat peut mobiliser des investisseurs « sérieux », au niveau tant interne qu’externe. Il importe que dans les municipalités, les bourgmestres s’impliquent dans une culture qui consiste non pas seulement à maximiser les recettes, mais aussi et surtout à les canaliser à des fins utiles. Car les communautés de base sont des pieds sur quoi prend appui le « géant » qu’est l’Etat.

Faire de l’emploi des jeunes une priorité de l’action gouvernementale 

Raymond Jarret, un septuagénaire, est de nationalité française. Il a quitté la RD Congo en 1971, après avoir servi comme cadre technique de la représentation locale de l’industriel des chaussures Bata. Il y a peu, l’homme a entrepris des voyages de touriste dans des pays subsahariens de son choix. En RD Congo, il a visité Kinshasa après avoir relié la Centrafrique au Congo-Brazzaville, par voie fluviale. Quelle n’a pas été son émotion de voir que NDOLO, aux abords du fleuve Congo, n’était plus un quartier industriel, une vocation qu’elle avait pourtant sous l’administration coloniale belge, et aux premières heures de l’indépendance. L’Afrique noire partagée entre des conflits armés par procuration et des ambitions légitimes des générations montantes, est donc à la croisée de chemins. Le continent noir, en effet, est appelé à opérer des choix minutieux, pour préserver des lendemains souriants.

Le changement de mentalités, préalable nécessaire à la cohésion nationale

Dans son discours devant le congrès, en effet, Joseph Kabila (dont un extrait du discours suit), n’est pas allé par quatre chemins pour démontrer que la cohésion nationale sans un repentir sincère, voire une métamorphose individuelle et collective, n’est qu’un vœu pieu. Aussi appelle-t-il les Congolais de tous bords à la régénération, en vue d’assumer avec responsabilité ce nouveau virage.    

« Grâce aux Concertations nationales, demain sera différent d’aujourd’hui. L’émergence de la RD Congo exige en effet, que chacun s’engage et que, là où il sert la République, il s’améliore. Par- delà la mobilisation générale, c’est donc à un changement  profond que nous sommes individuellement et collectivement appelés. Changement de mentalités, de méthodes et de comportement. Pour mettre fin aux conflits sous toutes ses formes, poursuivre la reconstruction du pays et conforter la perspective d’un Congo fort, uni et prospère, il nous faut donc plus d’éthique et de sens du bien public, il nous faut plus de participation et de consensus, tout en respectant les textes fondamentaux de tout exercice démocratique. Il nous faut plus de solidarité dans l’effort et dans le partage des dividendes, bref, il nous faut davantage de cohésion nationale » (fin de citation).

(Payne)

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