Francophonie : La RDC s’aligne derrière Mushikiwabo

Louise Mushikiwabo et Léonard SHE OKITUNDU, à Kinshasa en juillet 2018. Ph.Dr.tiers

Louise Mushikiwabo est bien partie pour succéder à Mickaëlle Jean à la tête de la francophonie. Le consensus se dégage progressivement autour de l’actuelle  ministre rwandaise des affaires étrangères, soutenue à la fois par la France et par l’Union Africaine. Le vote a lieu ce vendredi, dernier jour du sommet d’Arevan . Représentée à ses assises de la capitale Arménienne par le premier ministre, Bruno Tshibala, la RDC votera en faveur de  la rwandaise. Un soutien dicté par la position de l’U.A se justifie-t-on à Kinshasa. Pour Lambert Mende, Louise Mushikiwabo est portée par l’union africaine. Le porte-parole du gouvernement refuse de voir cette adhésion à la position de l’UA sous l’angle d’un soutien à un individu. Selon le protocole, Bruno Tshibala qui représente Joseph Kabila à ce sommet prendra la parole ce vendredi, peu avant la désignation de la nouvelle femme forte de l’OIF.

Il faut dire que  le soutien de la France à la ministre rwandaise des Affaires étrangères,  a beaucoup surpris au départ, l’idée et le consensus autour de sa personne ont fait du chemin depuis. Au point qu’elle est bel et bien la seule candidate face à la sortante Michaëlle Jean, qui, on peut le dire, est lâchée de toutes parts. Même le Canada et le Québec ont annoncé ce mardi 9 octobre qu’ils ne soutenaient plus la candidature de l’ancienne gouverneure générale du Canada à la direction de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), dont elle est la secrétaire générale sortante depuis 2014. Pourquoi une telle convergence finalement ? La principale raison est qu’il existe dans l’ADN même de la Francophonie un sacro-saint principe autour de la notion de « consensus. » En fait, toutes les décisions qui ont été prises jusqu’à maintenant en matière de désignation de secrétaire général se sont faites dans le consensus, plutôt que par vote formel.

Un choix qui pose questions

Surtout lorsqu’on sait que, au Rwanda, le français a été remplacé par l’anglais comme langue d’enseignement dès 2008. Et le petit pays de la région des Grands Lacs, tout en restant membre de l’OIF, a rejoint le Commonwealth. «  Kigali, depuis l’arrivée au pouvoir de Paul Kagame, n’a cessé de prendre ses distances avec notre langue : adhésion au Commonwealth, fin de l’enseignement du français dans les écoles, choix de l’anglais comme langue nationale, rédaction de tous les actes officiels en anglais, y compris lorsque Kagame s’adresse à l’OIF… ou rencontre le président Macron ! Il s’en est fallu de peu que le Rwanda ne quitte définitivement l’OIF. Et les arriérés de paiement accumulés au fil des ans au titre de sa cotisation due à l’OIF n’ont été soldés qu’en mai », ont dénoncé dans une récente tribune Charles Josselin, Pierre-André Wiltzer, Hélène Conway-Mouret et André Vallini, quatre anciens ministres français chargés de la Francophonie.

Outre la langue, les détracteurs de la candidature rwandaise jugent qu’elle sacrifie la charte de l’OIF, qui a inscrit « le soutien aux droits de l’homme » parmi ses missions premières, sur l’autel d’une réconciliation entre Paris et Kigali, qui accuse la France d’avoir joué un rôle dans le génocide rwandais. Le Rwanda pratique « censure, menaces, arrestations, violences, assassinats » contre les journalistes qui osent dénoncer l’autoritarisme de ses dirigeants, a récemment dénoncé Reporters sans frontières (RSF).

Mais, derrière le choix du Rwanda, il y a officiellement un double bénéfice escompté pour la France : se réconcilier avec le régime de Kagame et donner des gages à l’Afrique anglophone. À y voir de plus près, on observe bien que le lien entre politique africaine de la France et francophonie est probablement plus étroit que jamais.

Jean Pierre Kayembe

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