Folles et affolantes rumeurs sur la fosse commune: Evariste Boshab condamne la récupération politicienne

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Après son intervention à l’Assemblée nationale à la suite de la motion d’information du député Martin Fayulu, consécutive à l’alerte de la population de Maluku au sujet des odeurs nauséabondes dans la prétendue fosse commune, Evariste Boshab a éclairé la lanterne des Sénateurs, tout en promettant que dans les jours qui suivent, la Ville de Kinshasa va procéder au même exercice d’inhumation collective.

C’est du moins ce qu’a soutenu le patron de la territoriale aux sénateurs hier mardi 14 avril 2015, à la suite de la question d’actualité du sénateur Sébastien Adambu Lomalisa. Evariste Boshab, dans un argumentaire d’homme d’Etat, a remis les pendules à l’heure à la Chambre des sages. « Nonobstant la délicatesse de la question, puisqu’il s’agit de la mort, destin auquel personne ne peut échapper, très respectueusement, je voudrais apporter la lumière nécessaire, car lorsqu’une rumeur persiste et que les mécanismes correctifs tardent à se manifester, la rumeur finit par chasser la réalité et le déséquilibre créé entretient un mal existentiel qui instaure la suspicion, installe la méfiance », a introduit Evariste Boshab.

Le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et sécurité nationale a souligné qu’il est au Sénat par devoir de redevabilité caractérisée par la transparence. A cet effet, l’ancien président de l’Assemblée nationale a présenté les faits, la question du droit, puis envisagé certaines pistes qui permettent de mieux saisir l’actualité faisant objet de son invitation à la Chambre haute du parlement.

Les faits

Evariste Boshab a affirmé du haut de la tribune du Sénat qu’en date du 24 mars 2015, la division des droits de l’homme près la mission des Nations Unies avait exprimé, par lettre, une inquiétude auprès du Procureur Général de la République, à propos d’une fosse commune au cimetière dénommé Fula Fula, dans la commune de Maluku. Au regard de cette correspondance, le PGR a reçu l’instruction de la part du ministre de la Justice d’ouvrir, sans délai, une enquête judiciaire, tout en prenant la précaution d’informer le Gouvernement. « C’est ainsi qu’à mon tour, l’enquête administrative étant indépendante de l’enquête judiciaire, j’ai ouvert une enquête administrative en demandant au Gouvernement de la Ville de Kinshasa de me fournir des éléments pouvant me permettre d’informer utilement le Gouvernement, la représentation nationale, ainsi que les associations des droits de l’homme intéressées », a-t-il dit.

Il a ajouté pour dire que contrairement aux informations recueillies faisant état d’une fosse commune à Maluku et que la population environnante à ce site aurait été alertée par les odeurs pestilentielles qui s’y dégageaient, « je préfère affirmer devant la chambre des sages que les faits ont été quelque peu travestis et inutilement décontextualisés la situation », a souligné le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, sécurité nationale. Evariste insiste et persiste qu’il n’y a pas eu fosse commune, car la terminologie est importante, dit-il. « La fosse commune connote une sorte de massacre et une précipitation pour enterrer dans des conditions indécentes afin de cacher la vérité. Or, dans le cas d’espèce, il n’y a rien à cacher en ce que tout s’est déroulé conformément à la procédure établie », a-t-il indiqué.

Pour lui, il y a eu effectivement en date du 19 mars 2015 l’inhumation collective au cimetière dénommé Fula Fula dans la commune de Maluku de 421 corps des Congolais qui étaient soit délibérément abandonnés par leurs familles ou alors non réclamés par qui que ce soit après moult recherches des services sociaux de la morgue centrale de Kinshasa.

Question de Droit

Il faut dire qu’au regard des textes juridiques en rapport avec l’organisation et le fonctionnement des ETD, en son article 11 point 11, la loi attribue l’organisation, la gestion des pompes funèbres et des cimetières au conseil urbain. « Il ne s’agit donc pas d’une compétence du Gouvernement central. Et l’article 73 point 16 de la même loi confie l’organisation, la gestion des cimetières et l’organisation des pompes funèbres au Conseil de secteur ou de chefferie », souligne-t-il.

Dans le cas d’espèce affirme Evariste Boshab, l’Etat dans ses démembrements, demeure un. Face à la rumeur persistante et affolante, le VPM a communiqué à la chambre haute du Parlement les résultats de l’enquête administrative.

Outre l’inhumation du 19 mars 2015 de 421 corps, qui n’est pas du reste la première du genre, car il faut cependant déplorer ici le phénomène de rupture de liens sociaux dans les grandes agglomérations où il arrive que l’on abandonne les corps sans se préoccuper de la dignité de la personne humaine. De ce chiffre qui semble sans doute élevé, il faut préciser que parmi les 300 morts-nés, on note les abandonnés dans les différentes maternités par leurs parents après accouchement, les bébés jetés dans les ruisseaux, dans les caniveaux et même dans les fosses septiques en ce que les jeunes filles, portant une grossesse sans les liens conjugaux connus, sont stigmatisées par la communauté et ne pouvant assumer, se débarrassent malheureusement de cette manière-là d’un être frêle sans défense.

« Les mort-nés proviennent généralement de l’Hôpital Général de Référence de Kinshasa et de l’Hôpital pédiatrique de Kalembelembe. Les 23 abandonnés sont des corps identifiés avec les adresses précises pour lesquelles les services ont mené des démarches, sont allés rencontrer les membres des familles, ceux-ci déclarant ne pas avoir les moyens de les enterrer », a précisé Evariste Boshab.

En outre, conformément au règlement de la morgue centrale de l’Hôpital Général de Référence de la Ville de Kinshasa, lorsqu’un corps est abandonné pendant 30 jours et que les enquêtes sociales ne parviennent pas à identifier la famille ou alors la famille se débine, l’enterrement relève de la Ville de Kinshasa. « C’est donc la morgue centrale qui organise à la fois la levée collective des dépouilles mortelles, ainsi que l’inhumation collective sanctionnée par un procès-verbal. C’est ce qui s’est passé le mercredi 19 mars 2015 », a indiqué le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, sécurité nationale.

Un précédent

Afin de dédramatiser ainsi la rumeur des personnes qui auraient été assassinées et enterrés furtivement, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur a communiqué les statistiques suivantes : « Le 02 avril 2014, 83 corps avaient été inhumés collectivement, le 08 juin 2014, 343 corps ont été inhumés suivant la même procédure ; le 21 décembre 2014, 98 corps avaient été collectivement enterrés, tandis que le 19 mars 2015, la morgue centrale a enterré 241 corps. Il ne s’agit ni d’un phénomène nouveau, mais plutôt d’une procédure appliquée dans la ville de Kinshasa depuis 1952 », a rappelé Evariste Boshab a ceux qui prétendent aimer le Congo que les Congolais eux-mêmes. Et de compléter « qu’il va falloir, dans les jours qui viennent, organiser une inhumation par l’enterrement collectif... », a-t-il évoqué.

En profitant de l’occasion, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur a affirmé que la suspicion selon laquelle on aurait tué les Congolais les 19 et 20 janvier 2015 et que ce serait ceux-là qui auraient été enterrés collectivement, cette rumeur folle et affolante ne tient pas débout, en ce que la traçabilité des personnes enterrées collectivement le 19 mars 2015 ne peut être mise en doute. Le corps humain est sacré, nous ne pouvons pas nous engager sur une quelconque polémique, car la mort est notre destin commun et la vie humaine n’est pas une marchandise.

Bref, Evariste Boshab déplore l’industrie funéraire où les frais d’enterrement qui deviennent exorbitants. Il en appelle au législateur s’il peut généraliser la norme appliquée dans d’autres villes de la RD Congo (Ndlr Lubumbashi) où les derniers hommages sont rendus à la morgue et delà le défunt est conduit directement au cimetière. Ce qui éviterait d’occasionner d’autres frais faisant du deuil une sorte de concurrence.

(Pius Romain Rolland)

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