Floraison des supermarchés à Kinshasa: Des hommes d’affaires congolais écrasés par la concurrence

par -
0 53
L’intérieur d’un Super marché à Kinshasa/Ph. Tiers

Pas un seul mois ne passe sans que l’on ne découvre un nouveau Supermarché surgissant du néant pour s’imposer dans le firmament du ciel kinois. Si hier, ce luxe n’était réservé qu’à la Gombe, commune-miroir de la capitale congolaise, aujourd’hui, tel de champignons, des supermarchés poussent partout et démystifient tous ceux qui y fréquentaient, voulant se faire passer pour une haute classe sociale. On peut même y acheter présentement une simple petite bouteille d’eau. Oui, le Super marché n’est plus un luxe qu’il était autrefois. Seule une poignée de Kinois avait alors le culot d’y entrer pour s’offrir un Coca à cinq fois plus cher le prix de la cité. Avec la concurrence, les choses ont bien changé. On peut se ravitailler facilement au Super marché de sa commune où le prix avec le marché central appelé « Zando » est de plus en plus proche.

Les nouveaux patrons

Si la population salue l’augmentation sensible des Super marchés qui a démocratisé leur fréquentation, il sied de constater cependant que les nouveaux boss, les patrons de ces nouvelles unités économiques sont pour la plus part des étrangers. Les Asiatiques ont envahi ce secteur au point d’écraser les Congolais qui tentaient de s’y hasarder.

Les noms rivalisent d’ardeur aussi bien à la Gombe qu’à la cité. Un de ces noms compte à lui seul pas moins de 5 extensions à travers la ville. Ses autres frères suivent le même rythme et sont à la conquête du moindre espace laissé libre. Chaque vieille bâtisse inachevée est conquise et mise en valeur. Pas la peine de se déplacer de Bandalungwa au centre-ville pour s’acheter du pain au miel, ou de la bonne confiture. Il y en a désormais au même prix et dans les mêmes extensions partout. Les nouveaux patrons ne lésinent pas sur les moyens pour conquérir la ville de Kinshasa (étude du marché, régime exceptionnel d’imposition, trafic d’influence, corruption, …). C’est ainsi qu’ils peuvent même vendre au plus petit détail tous les articles vendus par le petit commerçant congolais. Les nouveaux patrons asiatiques foulent aux pieds la loi sur l’exercice du petit commerce en Rdc et ce, au vu et au su de toutes les autorités. Désormais, les nationaux n’ont que leurs yeux pour constater et pleurer. Ils se sont plaints, mais n’ont jamais été compris. Ils doivent faire face à un capitalisme sauvage dont la seule loi connue est la concurrence. C’est la jungle, la loi du plus fort qui écrase les plus faibles. Et ce, même si certains spécialistes du domaine ne cessent de dire que la mondialisation, qui implique la tombée des frontières, s’impose face à la protection des nationaux. Comme pour dire qu’avec la mondialisation, il n’y a plus de petits commerces.

La descente aux enfers des nationaux

Un petit tour au centre-ville a démontré que la plupart de vieux commerçants congolais, autrefois investis dans l’alimentation et la restauration, ont petit à petit fermé au profit des étrangers dont l’origine des fonds n’est connue de personnes (certains sont soupçonnés de blanchissement de capitaux). Lors de la dernière décennie, l’on a remarqué de moins en moins d’investisseurs congolais dans leur propre pays. Approchés, quelques-uns évoquent plusieurs tracasseries administratives, mais aussi et surtout la concurrence déloyale avec les Orientaux.

En visitant présentement les Super marchés des Congolais, l’on se rend compte qu’ils sont moins achalandés, moins visités et surtout plus chers que leurs concurrents. Plusieurs facteurs expliquent cette situation dramatique dans la mesure où l’économie du pays ne peut être complétement tenue par les étrangers. L’Etat congolais n’a-t-il pas un rôle à jouer pour soutenir les initiatives de ses fils et filles qui chaque jour s’appauvrissent davantage ? A cette allure, il est à craindre que tous les nationaux (qui travaillent généralement seuls) soient complétement écrasés par les étrangers (souvent en association) et qu’un jour l’on s’étonne de voir que la richesse a complétement fui les poches congolaises.

(Simon Kabamba)

PAS DE COMMENTAIRE

Laisser une Réponse