Femme de médias et coordonnatrice d’« Action Handicap Zéro » Rehema Djino mobilise pour une société sans discrimination

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Elle est professionnelle de médias et exerce comme journaliste à la radio TOP Congo, elle coordonne une structure dénommée Action Handicap Zéro. Dans un entretien à L’Avenir-femme, elle confie son engagement en vue de l’avènement d’une société basée sur la considération mutuelle, une société sans discrimination. Elle, c’est la nommée Sergine Rehema  qui a réussi son intégration socioprofessionnelle grâce à une scolarisation convenable. Elle encourage les parents à briser les barrières et à ouvrir leurs enfants en situation de handicap à de bonnes études.

L’Avenir-Femme : Que diriez-vous pour vous présenter ?

Je me nomme Sergine Rehema, je suis journaliste à la radio Top Congo Fm, l’on m’appelle communément Djino,

Djino, une femme, une personne vivant avec handicap (PVH), est-ce que cela vous pose un problème ?

Personnellement, cela ne me pose  aucun problème. Le problème serait peut-être du côté de ceux qui nous regardent, qui nous observent. Moi, en tant que PVH, je ne vois pas de problème pour mener ma vie correctement. Je ne vois pas de problème. Le problème, c’est du côté des gens qui nous considèrent, leur regard, leur observation vis-à-vis de nous, leur  perception des personnes en situation de handicap.

Est-ce que vous êtes membre d’un regroupement de PVH ?

Oui, je suis chargée de Programme auprès de l’Association dénommée « Voix du handicapé pour le droit de l’homme ». Je suis aussi moi-même la coordonnatrice de l’Action Handicap Zéro. C’est une action qui poursuit pas mal d’objectifs relatifs à la promotion de la personne vivant avec handicap, et surtout de la femme vivant avec handicap. En effet, Action Handicap Zéro, comme l’intitulé l’indique, cela voudrait nous emmener dans une société où l’on parlerait de handicap zéro. C’est-à-dire quand on dit zéro, c’est que cela n’existe pas. Donc, qu’on arrive à une société où il n’y a plus de handicap. Quand je dis cela, je ne fais pas nécessairement allusion au physique, mais de l’image que l’on aura de la personne en situation de handicap, de la considération que l’on aura envers ces personnes-là. C’est-à-dire toi tu es personne dite « valide », tu as tes deux jambes, tu as tes deux bras, tes yeux… Tu sais parler, tu sais vaquer à tes occupations. Mais il importe que tu voies aussi l’autre qui est en face de toi, qui a par exemple un handicap mental, qui a un handicap physique, mais tu vois la personne comme toi. C’est-à-dire tu considères la personne comme toi. Le jour où nous allons arriver à ce niveau-là, à cultiver la considération mutuelle, Je surpasse mon handicap, je me considère comme toi… une société d’égal à égal. Le jour où nous allons atteindre ce niveau de perception-là, c’est cela notre but, d’arriver à ce monde-là. Je ne dis pas que c’est quelque chose qui viendra dans deux ou trois jours, parce que sous d’autres cieux, ils ont évolué. Mais chez nous, c’est un effort que nous pouvons faire, pour changer le mental des gens petit à petit. Car actuellement, la considération que l’on a de la personne vivant avec handicap, même si c’est encore insignifiant, l’on doit néanmoins reconnaître qu’il y a une évolution contrairement aux années antérieures. L’on doit dire qu’il y a une évolution par rapport années précédentes, où l’on ne considérait même pas les PVH, l’on trouvait que c’étaient des quémandeurs, des gens à qui l’on devait toujours apporter assistance.

Est-ce qu’à travers votre profession, vous vivez même de ce que vous faites ?

Je vis de ma profession, je suis journaliste depuis plus de dix ans. Donc je ne vis que de ce travail-là. Je travaille comme tout le monde, j’essaie de donner le meilleur de moi-même. Chez moi à la radio, je suis journaliste-reporter. J’ai commencé longtemps à la radio Top Congo Fm. J’ai même été à la télévision CBS, en tant que présentatrice d’abord, puis secrétaire de rédaction. Donc, j’ai évolué comme cela, avec mon handicap, et avec des gens qui m’ont acceptée. Il fallait que les gens m’acceptent et pour cela, il fallait que je donne aussi le meilleur de moi-même. Vous savez que je suis avant tout .Donc, si vous pouvez comprendre le combat que j’ai mené, c’est celui d’être à la fois une femme, et une PVH. C’était vraiment un double combat que j’ai mené pour me faire accepter dans la société, pour que je sois considérée. Aujourd’hui, je vis de mon métier, je déplore les conditions, je déplore la vie sociale de notre pays  comme tout le monde. Je déplore la vie  socioéconomique de notre pays, parce que c’est déplorable par tous. Mais je dépends de mon travail pour vivre.

Que ressentez-vous lorsque les PVH sont assimilées à des mendiantes, surtout ici dans la capitale ?

Je l’ai dit tantôt, cette image-là commence à disparaître petit à petit. Parce qu’aujourd’hui, la société a essayé de donner la chance à certaines personnes vivant avec handicap d’aller à l’école, d’étudier, de se prendre en charge. Une PVH est une personne à part entière. Tu serais peut-être étonnée  que je te dise que tu as aussi un handicap mais dont tu ne te rends pas compte. Donc tout le monde, de par la Création, nous sommes tous insuffisants et insignifiants à nous-mêmes. Nous avons des handicaps qui sont visibles et d’autres qui, en nous, le sont moins. Donc l’homme ne se suffit pas à lui seul. C’est pour dire que cette personne vivant avec handicap est capable d’apporter quelque chose à la société.  C’est au vu de cette considération, au vue de la sensibilisation auprès des parents de conduire leurs enfants à l’école, de trouver qu’il n’y a pas d’inconvénient que leurs enfants soient PVH, qu’ils aillent à l’école comme tout autre enfant. C’est par cet effort cumulé que nous avons dans notre société aujourd’hui des PVH qui sont à la hauteur, qui assument même de hautes responsabilités. En somme, une PVH n’est pas une personne à négliger dans la société. Je veux vous donner un exemple :Pourquoi les enfants de la rue sont-ils habités par un instinct de brutalité ?  Pourquoi sont-ils agressifs et voleurs ?  Pourquoi ces enfants se comportent-ils de la sorte ? Tout simplement parce qu’ils se sentent rejetés par la société. Et quand on n’a pas cet amour-là, on cherche à l’avoir de force. Et ce faisant, il y a mille et une manières de pouvoir arracher cet amour. Et c’est comme cela que les PVH, jadis, se comportaient de la sorte car se sentant rejetées. Que des désignatifs qui minimisaient les PVH, pour dire que cette personne-là ne peut rien faire. Et les PVH se sentant rejetées, voulaient effectivement arracher cette considération de force. Il convient de reconnaitre que la plupart n’étaient pas allés à l’école. Les parents n’étaient pas sensibilisés à conduire leurs enfants à l’école. Les parents eux-mêmes résignaient leurs enfants dans un centre de récupération pour PVH. A force de sensibiliser, il y a certains parents qui ont pris conscience. Et aujourd’hui, il y a dans certaines familles, des enfants en situation de handicap qui ont réussi plus que d’autres enfants valides.

Quelle sont les difficultés que vous éprouvez à être PVH et ménagère ?

Les difficultés sont énormes. D’abord en tant que femme, j’ai aussi des difficultés dans ma vie de tous les jours. Il arrive des moments où il faille choisir entre travailler et s’occuper de la maison. J’ai des enfants qui sont sous ma tutelle et que j’encadre, et jouer aussi son rôle de femme dans la maison, ce n’est pas vraiment facile. Il faut aussi  reconnaitre que notre métier (le journalisme) ne nous facilite pas la tâche. Ce n’est pas comme les autres métiers, où l’on peut aller le matin et retourner à la maison à 15 heures. Il faut être présent dans des reportages, faire des papiers.

(Judith Ebondo)

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