Enigme de la croissance économique en RD Congo: Michel Lokola explique

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Dans une interview accordée au Journal L’Avenir, le député national Michel Lokola Elemba, cadre du Parti Lumumbiste Unifié (PALU), ancien Directeur adjoint du cabinet du Premier ministre et ancien ministre du Budget, s’est exprimé sur des sujets économiques en rapport avec le social de la population congolaise. L’Avenir a voulu comprendre l’énigme problématique d’une « croissance économique qui côtoie la pauvreté grandissante des Congolais ». En effet, la Rd Congo est l’un des pays au monde qui connait, depuis une décennie, une forte croissance économique au-dessus de 5% l’an. Cependant, elle n’a pas amélioré le vécu quotidien du Congolais. Ci-après, l’intégralité de cette interview :

 L’Avenir : Honorable, avant d’entrer dans le vif du sujet, nous voulons connaitre la santé de votre parti et sa position par rapport au dialogue national qui pointe à l’horizon?

Michel LokolaElemba: Merci pour la énième occasion que vous me donnez pour m’entretenir avec vous sur des questions touchant à l’intérêt national. Le Palu se porte bien et s’ajuste au jour le jour par rapport aux enjeux politiques. Certes, le Parti, à 1’instar des autres, a connu une traversée de banc de sable et non de désert aux élections de 2011 dont les résultats n’ont pas été relativement fameux. Nous comptons remonter la pente pour retrouver notre position, lors des prochains scrutins qui seront organisés. Le Palu a fait connaitre sa position sans ambigüité en faveur de la tenue du dialogue congolais dans la mesure où celui-ci conduira à un consensus autour des questions d’intérêt national dominées par l’organisation des élections en vue de la poursuite du processus démocratique dans notre pays, et ce, dans le respect des textes légaux. C’est vous dire que le parti est avec le Président de la République qu’il soutient dans ses efforts actuels d’ouvrir un espace de dialogue nécessaire à la sauvegarde des acquis démocratiques que nous pouvons, en aucun cas, déchirer. Je vous demanderai d’approcher le Secrétaire permanent et Porte-parole du parti à ce sujet.

La Rd Congo est classée dernier pays africain du point de vue indicateur revenu par tête d’habitant situé autour de 400 USD et l’un des plus pauvres du monde. Et pourtant, le pays est compté au nombre rare de ceux qui connaissent une forte croissance supérieur à 5 depuis plus de 7ans. Comment comprendre cette situation qui semble être une contradiction?

 Effectivement, à simple vue, ça ressemble à une contradiction. Il faut dire qu’avec un revenu/ habitant envoisinant 500 Usd aujourd’hui, la Rd Congo est classée 50ièmeet laisse derrière elle le Madagascar, la Gambie, le Malawi, la RCA et le Burundi. Mais si nous considérons l’indicateur PIB/habitant basé sur les taux de parité des pouvoirs d’achat (PPAL) qui est un indicateur qui intègre les différences des prix intérieurs des pays en comparaison, le revenu/ habitant est autour de 750 Usd, et la Rd Congo devance seulement la RCA en Afrique. Cette situation est justifiée par le fait que le niveau de production intérieure n’est pas en rapport avec les richesses que regorge le pays et moins encore avec la population relativement importante que compte la RDC. Il faut savoir que la RDC qui aligne un PIB de 30 milliards de dollars, est classée 19ème sur le plan africain. Tandis qu’elle est 4ème sur le plan démographique, avec ses 75 millions d’habitants après le Nigeria, l’Ethiopie et l’Egypte. L’Egypte et le Nigeria sont dans le groupe de 4 premiers pays du point de vue production et du point de vue démographique. La situation est plus confortable pour l’Algérie et l’Afrique du Sud qui sont respectivement 6ème et 8ème du point de vue de la démographie. Il faut noter que la situation de la RDC n’est pas une fatalité. Elle est due au fait que la production intérieure a connu une chute libre pendant 12 ans c.-à-d. de 1989 à 2001, avant de reprendre l’ascenseur en 2002 jusqu’à présent. Il faudrait savoir que cette décroissance de l’économie était plus forte pour que la production de 2002 ne représente que la moitié de celle de 1988 de 570 milliards de CDF aux prix de 2000. Et c’est seulement en 2013, il y a de cela de 2 ans, que nous avons rattrapé le niveau de production de 1988. Dans l’entretemps, le taux de croissance démographique autour 3,5% était maintenu.

La croissance économique enregistrée pendant 13 ans, aujourd’hui à 8,5 n’est-elle pas suffisante pour aligner le niveau de l’économie à celui de la population pour que le social s’améliore?

 C’est vrai que le pays a totalisé 13 ans d’économie de croissance positive, même une forte croissance depuis 5 ans. Le seul taux de croissance ne suffit pas, il faut plutôt voir le volume des richesses additionnelles générées par la croissance. Je vous donne un exemple simple: le Nigeria a une production intérieure autour de 400 milliards de dollars; 2 % de croissance économique de ce pays correspond à la création de richesses de 8 milliards de dollars. Par contre, l’économie congolaise peut croître à 10% pour ne donner que 3 milliards de richesses additionnelles. Toute la différence est là pour comprendre la situation économique de notre pays dont la croissance génère encore des richesses additionnelles faibles autour de 2,5 à 3 milliards, s’il faut considérer les chiffres de 2014.

Que faire?

Il faut reconnaitre que dans l’ensemble, la RDC connait un réveil et un progrès par rapport à elle-même, comparée à sa situation d’il y a 15 ans. C’est ainsi qu’il faut garder le cap sur la croissance économique actuelle pour accroitre significativement à moyen terme, le niveau de notre production. Cette croissance doit être inclusive, de manière à sortir le pays de la pauvreté et des inégalités actuelles. L’inclusivité de la croissance passe par: La construction des unités de production énergétique et des routes en terre battue devant relier les chefs-lieux des provinces, ainsi que les chefs-lieux des territoires. Les coûts de ces travaux peuvent être financés par les emprunts intérieurs devant couvrir un déficit budgétaire ne dépassant pas 1% du PIB par an pendant 3 ans. Cela donnera une ardoise de plus ou moins 900 milliards de CDF ; La crainte que le recours à ce financement pourra déstabiliser le cadre macro- économique n’est pas justifiée, pour la simple raison qu’il s’agit d’un faible déficit et dont le financement est destiné à la promotion des activités aux retours économiques et politiques certains; des politiques de promotion de la production agricole et manufacturière tournée vers la demande intérieure de plus en plus forte aujourd’hui; La réorientation des politiques de crédits aujourd’hui caractérisées par la prédominance des crédits à court terme accordés au secteur tertiaire plus ou moins77% par le renforcement du FPI et la création de nouvelles Institutions financières spécialisées (agriculture et industrie) ; la participation des toutes les provinces à cette croissance afin d’éviter la formation « des îlots de croissance et de prospérité » qui viendront aggraver les inégalités sur le plan national.

Un mot de la fin?

 Nous devons savoir que la RDC vient de loin. Nous avons réalisé des progrès considérables par rapport à nous-mêmes. Il faut garder la vision et davantage avoir des ambitions à la taille des défis à relever. Nous devons savoir que l’émergence d’un pays n’est pas à considérer comme des eaux de pluies: on se réveille le matin, on constate qu’il a plu la nuit. Le développement est voulu, il est programmé; Il recommande un comportement, une éthique, un ordre et une discipline. C’est pour vous dire que l’Occident, qui incarne le développement économique à travers le monde, n’est pas un accident.

 

(Propos rendus par Pius Romain Rolland)

 

 

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