Ebola : l’OMS annonce un vaccin ultra-efficace contre le virus

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Des équipes de l'OMS déployées à Katongourou, en Guinée pour tester ce vaccin contre Ebola (Ph. OMS/ S. Hawke)

Un vaccin d’origine canadienne contre le virus Ebola, qui a fait plus de 11.000 morts en Afrique de l’Ouest, est efficace « jusqu’à 100% » contre ce virus mortel, a annoncé vendredi l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Selon l’OMS, ce vaccin est le premier à prévenir l’infection par l’un des agents pathogènes les plus létaux connus à ce jour et ces résultats ajoutent du poids aux résultats publiés l’année dernière. Ce vaccin avait été injecté à près de 6.000 personnes en Guinée ayant eu un contact avec un patient atteint par le virus. Aucun n’a développé la maladie.

Son nom est rVSV-Zebov (pour recombinant vesicular stomatitis virus-Zaïre ebolavirus, ou en français « virus de la stomatite vésiculaire recombiné-Ebola virus ») et il pourrait stopper une future épidémie d’Ebola. D’après les résultats publiés ce vendredi dans The Lancet et présentés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un vaccin anti-Ebola expérimental s’est révélé hautement protecteur contre ce virus mortel, dans le cadre d’un essai majeur réalisé en Guinée. Ce vaccin rVSV-ZEBOV a été étudié dans le cadre d’un essai portant sur 11 841 personnes en Guinée, pendant l’année 2015. Parmi les 5 837 sujets ayant reçu le vaccin, aucun cas d’Ebola n’a été enregistré 10 jours ou plus après la vaccination. En comparaison, on a relevé 23 cas 10 jours ou plus après la vaccination chez les personnes n’ayant pas reçu ce vaccin. L’essai a été conduit dans la région côtière de Basse Guinée, qui enregistrait encore des cas d’Ebola quand il a commencé en 2015.

Cet essai était dirigé par l’Organisation mondiale de la Santé, conjointement avec le ministère guinéen de la santé, Médecins sans frontières et l’Institut norvégien de santé publique, en collaboration avec d’autres partenaires internationaux. «Si ces résultats convaincants arrivent trop tard pour ceux qui ont déjà perdu la vie dans l’épidémie d’Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest, ils montrent que face à la prochaine flambée de cette maladie, nous ne serons pas sans défense», indique le Dr Marie-Paule Kieny, Sous-Directeur général de l’OMS pour les systèmes de santé et l’innovation et principale responsable de l’étude.

L’essai a été fait selon une méthode dite de vaccination en anneaux -c’est-à-dire de cercles ou groupes de gens en contact avec un malade, d’abord des proches, puis des sujets qui ont été contacts avec eux et ainsi de suite- qui a été utilisée pour éradiquer la variole.  Pour évaluer l’innocuité de ce vaccin, les personnes vaccinées ont été observées pendant 30 minutes après la vaccination et lors de visites à domicile répétées jusqu’à 12 semaines plus tard. Environ la moitié ont signalé des symptômes bénins immédiatement après la vaccination, dont des céphalées, de la fatigue et des douleurs musculaires, mais se sont rétablies dans les jours qui suivent, sans effet à long terme. Deux événements indésirables graves ont été jugés liés à la vaccination (une réaction fébrile et une réaction anaphylactique) et un autre comme potentiellement associé (syndrome de type grippal). Les 3 personnes touchées se sont rétablies sans effet à long terme.

Le vaccin, dont la firme américaine Merck a acquis les droits de commercialisation, pourrait être enregistré en 2018, après soumission du dossier aux autorités américaine (FDA) et européenne (EMA). Le processus d’approbation standard est habituellement d’une décennie, voire plus, a rappelé Mme Kieny. « S’il y avait un cas d’Ebola et une nouvelle épidémie, nous sommes maintenant prêts à y répondre », a-t-elle commenté.

En cas de flambée d’Ebola avant la commercialisation du vaccin, 300.000 doses d’urgence, grâce à un accord entre l’Alliance pour les Vaccins-GAVI et Merck, pourraient être livrées et le nombre de doses pourrait atteindre assez rapidement le million. Gavi, l’Alliance du Vaccin, a aussi soumis ce vaccin à l’Emergency Use and Assessment Listing procedure, un mécanisme par lequel des vaccins, des médicaments ou des outils diagnostiques expérimentaux sont mis à disposition pour être employés avant leur autorisation formelle.

Des études supplémentaires sont en cours pour fournir davantage de données sur l’innocuité du vaccin pour les enfants et d’autres populations vulnérables telles que les personnes vivant avec le VIH. Dans le cas où la flambée d’Ebola repartirait avant son approbation, ce vaccin serait rendu accessible par une procédure appelée «usage compassionnel», permettant de l’utiliser après l’obtention d’un consentement éclairé. Merck et les partenaires de l’OMS travaillent à la compilation des données pour appuyer les demandes d’autorisation.

Partie de la Guinée forestière fin 2013, la récente épidémie en Afrique de l’Ouest a été la plus grave depuis l’identification du virus en République démocratique du Congo en 1976, avec plus de 28.000 cas recensés dont plus de 11.300 décès.

(JMNK)

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