E. Shadary Ramazani candidat président: Atouts et défis pour la renaissance de la RD Congo

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Resté énigmatique jusqu’au bout, le Président J. Kabila, par un tour de force totalement indéchiffrable, a désigné un successeur : Emmanuel Shadary Ramazani. Son nom n’était pas du tout cité parmi les favoris potentiels dauphins. Ainsi, le fils de Mzée Laurent Kabila entre dans l’histoire non seulement comme le bâtisseur de l’édifice démocratique (…à parfaire) mais surtout le promoteur de l’alternance – là où ses pairs régionaux se sont cramponnés au pouvoir. Ses détracteurs et autres pourfendeurs nationaux, régionaux et internationaux lui doivent des excuses auréolées des applaudissements. Par les méandres de l’histoire, dont les logiques échappent souvent aux humains, c’est Emmanuel Shadary Ramazani qui est le candidat de la méga-coalition FCC. Même l’Oracle de Delphes n’aurait pas prédit que le PPRD produirait un candidat président sorti de ses entrailles, qui jouirait du soutien des anciens opposants radicaux, disciples d’Etienne Tshisekedi! Mais, au-delà des préjugés inhérents à la pathologie négationniste, cet homme «Emmanuel» (Dieu avec nous, selon l’exégèse biblique) est d’une occurrence historique méritant une minutieuse herméneutique.

Mais, ne sombrons pas dans l’effervescence béate des militants. Aussi, nous devons éviter un rejet instinctif propre au nombrilisme politicien Congolais. Il convient donc de décrypter avec lucidité, sans complaisance, les possibilités d’un éventuel renouveau avec ce chef politique sorti de l’épigastre du PPRD. Il y va de l’avenir de toute une nation, voire de la région et de l’Afrique. Notons, en passant, que les favoris n’ont pas du tout démérité. Il y avait parmi eux des Congolais brillants admirés sur le plan international. Mais ils ont été redoutés et rejetés par les prébendiers. Dans une approche gouvernologique, il est absolument urgent de réfléchir sur le sens historique, sociopolitique, voire futuriste de l’occurrence de Shadary comme candidat président du FCC, à cette phase délicate de notre évolution sociétale. Ici, le libre-penseur est dans sa fonction de «Kataskopos». C’est un «intellectuel parrésiaste», porteur du Courage de la Vérité pour le progrès collectif, comme l’enseignait l’illustre maitre de l’histoire de la pensée Michel Foucault au Collège de France en 1984.

  1. UN PRESIDENT FORMÉ ET OPERATIONNALISABLE  INSTANTANEMENT: UNE VALEUR AJOUTÉE POUR L’ETAT

Dans les pays développés, aux USA par exemple, l’étude systématique des présidents de la République est devenue une branche extrêmement importante de la Science Politique. A cet égard, il est d’une importance capitale pour une société de produire un patrimoine épistémique permettant d’explorer le potentiel de productivité gouvernementale des candidats présidents. De même, il est indispensable de générer de nouveaux savoirs sur l’opérationnalité des hommes d’Etat en fonction, pour mieux orienter les nouveaux prétendants aux hautes fonctions d’Etat. C’est dans cette optique que cette exploration des atouts et défis liés à l’acteur politique E. Shadary Ramazani est proposée. Sous cette lumière, le candidat Shadary projeté dans la fonction de Président de la République, possède quatre atouts principaux : la validité sociopolitique de sa traçabilité dans la communauté, ses prouesses académiques, sa riche trajectoire aux fonctions étatiques ainsi que sa redoutable expérience politique.

Sous cet angle, il convient d’abord d’asserter qu’une exploration profonde de ce candidat du FCC, sans préjugés partisans, révèle qu’en réalité sa trajectoire existentielle est singulière. Il fait pâlir beaucoup de ses compétiteurs de l’opposition. Origine solidement enracinée dans le Maniema avec appartenance tribale, parentale et production familiale tangible (8 enfants). Des brillantes études primaires, secondaires et universitaires auréolées d’un chapelet de cinq distinctions successives en Sciences Politiques à l’Université de Lubumbashi (un fier Kasapard). C’est une trajectoire rarissime. Reconnaissons-le honnêtement. Catholique pratiquant, c’est-à-dire membre de la confession religieuse prédominante et plus puissante du pays. Cette traçabilité socioreligieuse combinée avec ses prouesses académiques,  accordent déjà une acceptabilité sociopolitique tout à fait indéniable (tant au candidat présidentiel qu’au président effectif) dans n’importe quel pays du monde.

Plus exceptionnel, pour la première fois dans l’histoire du Congo, Shadary offre l’occasion historique à la RDC d’avoir un président universitaire politico-politiste. C’est un Congolais déjà outillé intellectuellement vers le sommet de la pyramide académique (DEA en Sciences Politiques). Politicien chevronné, il est enraciné dans les sillons de la démocratisation de la RDC dès les années 1980-1990. Force est de souligner que Shadary est un ancien membre de l’UDPS. Il a participé à l’historique Conférence Nationale Souveraine et aux assises de Sun City. Qui plus est, il est un co-fondateur du PPRD dont il a été un Secrétaire General Adjoint, puis Secrétaire Permanent. Des mains de maitre, il a cordonné le volcanique groupe parlementaire de la Majorité Présidentielle, imposant la volonté de son camp à l’Assemblée Nationale. Par ailleurs, il a joué un rôle d’avant-garde dans la défense du régime et son chef J.Kabila dans les moments périlleux des violents conflits politiques contre l’opposition radicale en 2015 et 2016. Dans les sérails du PPRD on lui reconnait le talent d’un fin stratège (l’homme des situations difficiles). On l’a même vu à Washington, au NED en 2015, contrant agressivement la délégation de l’opposition conduite par Fayulu et Kamerhe. En d’autres termes, Shadary est porteur des savoirs scientifiques sur la politique, tout en possédant le savoir-faire des «dribblings politiques».

Mais, ce qui parait plus remarquable, et hautement très déterminant, c’est qu’en totale rupture avec la tradition de la «presidentiologie» congolaise,  s’il est élu, l’Etat aura à sa tête un président sorti des cimes institutionnelles, capable donc de fonctionner/performer avec promptitude dès sa prise de fonction. Sa solide expérience gouvernologique est un avantage indéniable. Administrateur de territoire, vice-gouverneur et gouverneur, deux fois élu député national et ensuite vice-premier ministre en charge de la sécurité, il connait les dédales de l’Etat. On voit ici un politicien politologue maitrisant déjà les rouages/problématiques/procédures majeurs de l’Etat tant au niveau provincial que central, ainsi que les grands dossiers et projets de la nation. Cette trajectoire est d’un idéal type prisé aux USA : governor-congressman-president. Shadary apporte donc la valeur ajoutée d’un unique triple background  politiste-politico-institutionnel qui peut faciliter la célérité et l’efficacité de la fonctionnalité présidentielle. Le Congo a besoin de cette vélocité présidentielle pour sa propulsion vers l’émergence.

  1. FACE AUX DEFICIENCES DE SON MICROCOSME POLITIQUE : DES DEFIS TITANESQUES A RELEVER

Indubitablement, les atouts que l’ont vient d’explorer accordent à Shadary «une nouvelle distinction en acceptabilité comme produit présidentiable et comme Chef de l’Etat». Mais, il ne faut pas se leurrer. Shadary n’est pas un messie politique. Il n’est pas Merlin l’Enchanteur qui va immanquablement exorciser définitivement les caciques du régime de leur pathologie patrimonialiste. Les atouts éclairés ci-dessus ne sont qu’une face de la médaille. La personnalité de Shadary, le contexte géopolitique de sa désignation, les déficiences du régime dont il est l’un des apparatchiks,  sont autant de facettes posant problème.

En effet, même si la fougue peut être un atout politique, le Camarade Shadary est souvent trop impétueux. Sans être nécessairement conflictuel, mais trop sur de lui-même, parfois il crache le venin sans broncher. Ce tempérament est dangereux à la tête de l’Etat. Si donc Shadary n’est pas dompté et remodelé, on peut craindre des tragédies contre ceux qui vont le contrarier (sur ce plan, J.Kabila a été d’un flegme ayant évité beaucoup de dégâts). Au plan géopolitique, la désignation de Shadary établit l’ancrage du pouvoir à l’Est de la RDC. Cela corrobore l’inquiétude de l’hégémonie des Swahilophones – déjà perçus comme perpétuant une colonisation endogène. Plus saillant, Shadary traine avec lui les déficiences du régime Kabiliste comme un boulet au cou. Il s’agit notamment de la tendance à la personnalisation du pouvoir, la corruption qui s’est métastasée, la répugnante impunité, l’absence de génie d’Etat pour diversifier l’économie. Et plus gravissime, il s’y ajoute  la placidité face aux forces négatives à l’Est. Sous cette lumière, la crainte majeure est que Shadary porterait les germes de la politique rentière dont sont incurablement infectés certains caciques du PPRD. Hypothétiquement donc, cela rendrait le dauphin de J.Kabila infécond en matière de gouvernance innovante. A ce sujet crucial la question majeure est : pourra t-il lutter avec autant d’agressivité contre les puissants apparatchiks-rentiers de son microcosme politique et déraciner la patrimonialisation de l’Etat perpétrée par ses pairs qui l’auront hissé sur le trône ? Wait and see !

Par ailleurs, l’autre faiblesse majeure est justement l’envers du caractère trop politicien et partisan radical de Shadary. En effet, dans sa trajectoire politique on a observé qu’il a été un virtuose dans l’art des prestidigitations politiciennes et parlementaires. En effet, l’Honorable Shadary Président du Groupe Parlementaire du PPRD,  a joué un rôle majeur dans les  interactions érosives de la fonction de contrôle parlementaire, pour faire passer des lois favorables à son parti ou bloquer les motions contre les piliers du PPRD/MP au gouvernement. En d’autres termes, on ne lui connait pas un brillant penchant pour l’efficacité impartiale du Parlement, la promotion de la séparation des pouvoirs, l’effervescence pour la gouvernance rigoureuse et la performance institutionnelle. Dans la gouvernance interne du PPRD, il s’est avéré un cadre partisan plus combatif et moins normatif, dans les crises politiques et autres drames contre le Président J.Kabila. C’est un chef de guerre politique. Malgré ses distinctions en Sciences Politiques à l’Université de Lubumbashi (la première à fournir probablement un Chef de l’Etat à la RDC), Shadary ne s’est pas distingué comme un idéologue d’apothéose à l’instar de son très savant camarade Professeur Mova. Réalisme oblige, dirait-on. Or, en ce moment, face aux impératifs cruciaux de la transformation sociétale, la RDC a besoin d’un chef d’Etat producteur des repères, capable de «parler à l’Esprit des Congolais» pour la résolution de la double crise identitaire et symbolique. L’émergence exige également un techno-politicien. Il devrait être très équilibré entre la production des référents idéiques (leadership d’orientation de la société) pour changer les mentalités d’une part, et apporter l’élan d’innovation politique et des performances institutionnelles, de l’autre part.

CONCLUSION : E. SHADARY RAMAZANI A UN POTENTIAL NECESSITANT UN REMODELLAGE RIGOUREUX

Indubitablement, comme démontré ci-dessus, Emanuel Shadary Ramazani portent des atouts indéniables, axés sur une traçabilité sociale, un brillant cursus académique, une riche trajectoire institutionnelle et politique, tous rarissimes. Mais, on a vu des politiciens «savants», des chevronnés des institutions, de son propre sillage promouvoir la politique patrimonialiste avec désinvolture pendant 17 ans. Cela a assombri quelques pans des prouesses économiques et politiques accomplies par le régime. En ultime instance, on peut affirmer que Shadary a besoin d’avoir une ouverture d’esprit lui permettant de comprendre la nécessité d’être remodelé et encadré pour jouir de la contribution des intelligences du FCC. Pour l’unité et la cohésion nationale, Shadary pourrait même puiser parmi les candidats présidentiels malheureux, mais porteurs d’une riche expérience technocratique. Il a aussi besoin de quelques esprits normativistes et géostratégistes de la société civile. Cet encadrement permettra de créer la synergie républicaine dont le Congo a besoin pour accélérer son développement.

Shadary doit  méditer en profondeur sur le sens à la fois spirituel et historique de sa désignation, par rapport à la destinée tant prophétique que géopolitique du Congo. La synergie républicaine lui permettra d’obtenir des contributions enrichissantes en intelligence émotionnelle, en comportement républicain, en innovation politique et surtout en technocratie pour une gouvernance propulsant le pays vers l’Emergence. Les formules de leadership FORT ayant fait leurs preuves et produit des performances économiques indéniables méritent d’être institutionnalisées. Les hauts cadres brillants, ayant amélioré la gouvernance sous le Président J.Kabila, et surtout appréciés dans les réseaux internationaux des finances, devront jouer un rôle stratégique. Sa combativité devra être réorientée vers la lutte sans complaisance contre la corruption et l’éradication des forces négatives à l’Est du pays. Les Congolais, les Africains et le monde attendent de la nouvelle dispensation une vigoureuse impulsion développementale de la RDC qui pourra rayonner sur le continent. Shadary doit absolument intérioriser cette dimension et s’appliquer jour et nuit à répondre à cet impératif historique. Bien plus, la viscosité géopolitique de sa nomination doit lui inspirer une vertu de fédérateur. Aussi, il est appelé à promouvoir la justice distributive dans l’allocation des projets et ressources dans toutes les provinces. Bis repetita placent (les choses répétées plaisent) : les hommes sont perfectibles et tout est encore possible pour se transformer, transformer les autres et transformer le Congo.

 

Hubert Kabasu Babu Katulondi (Libre-penseur, Ecrivain, CRIDD/USALGA)

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