Dollarisation de l’économie congolaise: Quand la politique économique prend le dessus sur l’économie politique

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La dollarisation de l’économie congolaise est un phénomène économique déjà  vécu par la population congolaise à  la fin de la deuxième république. Ce phénomène  avait disparu à l’arrivée de l’AFDL. De 1998 à  2003, le cambisme de rues avait disparu.  Avant la réforme fiduciaire des années 2013, les billes de banque à valeur faciale élevée n’étaient pas encore entrées  dans la circulation. Pendant une longue période, la population congolaise n’avait pas autant  marqué sa préférence pour les billets verts comme c’est le cas aujourd’hui. A cause de la hausse des prix et d’un taux de change toujours en hausse, les opérateurs économiques et même les ménages ont commencé à préférer les billets verts parce que faciles à empocher.

Ce comportement est bien expliqué par une théorie très célèbre dénommée la  loi de Grescham dont voici l’énoncée. « Dans une communauté des paiements où circulent concurremment deux monnaies, si la population marque sa préférence pour l’une de ces deux monnaie, la mauvaise monnaie chaque la bonne ». C’est la loi de Gresham. La mauvaise monnaie est une monnaie de singe qui a perdu l’une de ses attributs traditionnels à savoir, l’unité de compte, l’unité de change et la réserve des valeurs ou l’épargne.  L’économiste classique  Irving Fischer, explique à sa manière comment une monnaie arrive à perdre sa valeur. Prenons l’exemple de FC. Lors de son lancement le 30Juin 1998, sa parité  était de 1 dollar américain pour 1,43FC. A cette époque, avec 1FC chaque ménage kinois pouvait se procurer quatre bols de fufu. Pour mesurer cette perte  on va se référer aux biens à acquérir avec 1FC.  A ce jour, c’est juste un paquet de biscuit.  Le dollar s’échange à 1600 FC et pour avoir la quantité de fufu  de 1998, il faut débourser 3200 FC.

Irving Fischer explique que  c’est  la masse monétaire qui  a beaucoup augmenté par rapport à la production des biens  vendus sur le marché. Les décideurs politiques ont augmenté délibérément la quantité des billets de banque non pas pour  produire des biens supplémentaires  mais pour la consommation finale et  les équilibres de l’équation Fischer ont été brisées.  Pour faire face à certaines dépenses, les décideurs politiques recourent souvent à la planche à billets. Cette politique économique expansionniste produit des effets dévastateurs qui ruinent la  population. Et Fischer explique la vitesse de circulation monétaire par  le nombre de fois qu’un billet de banque ou  une unité monétaire change de mains du matin au soir. Aujourd’hui, les billets de 500FC et de 1000FC sont affectés d’une grande vitesse de circulation. De plus en plus,  les petits billets deviennent  rares dans les transactions.  Est-qu’on  ne  va connaitre la situation  des années 90 avec des millionnaires sans  production nationale additionnelle ? Un grand défi pour les théoriciens de l’économie.

Pour le confrère Crispin Malingulu du magazine Renaissance, l’origine de la dollarisation de l’économie congolaise  remonte aux  années 1970 lorsque l’économie congolaise avait commencé à connaitre une crise monétaire caractérisée par la pénurie des billets.  Les grosses coupures  avaient commencé à disparaitre de la circulation  parce que  thésaurisés par les agents économiques. Comme les mesures prises  pour faire revenir dans le circuit bancaire les grosses coupures  avaient échoué  dans les années 1980, le gouvernement de la deuxième république avait  démonétisé les billets  de 5  et de 10 zaïres.   Les années 1990 avaient été marquées par des tensions politiques  et sociales très vives. Il  explique que la monnaie congolaise avait beaucoup perdu de sa valeur.

Pour lui, trois mobiles  semblent avoir été à la base de la dollarisation de l’économie congolaise.  C’était d’abord  pour  se prémunir contre l’imprévisibilité des décisions monétaires du pouvoir et,  les économistes désignent cela  par le motif de précaution.  Le confrère pourrait ajouter un autre mobile lié à la spéculation ou la thésaurisation.  Les agents  économiques avaient commencé à  marquer  leur préférence pour les billets verts, il faut ajouter à cela, la demande supplémentaire des devises  liée au financement du commerce extérieur, et finalement la grande crise institutionnelle de la décennie 1990 qui  a eu des répercussions  visibles sur le secteur bancaire et sur  la monnaie elle-même. Entre 1980 et 2000, la taille de l’économie congolaise s’était beaucoup contractée passant de 8.541 millions de dollars américains à 4.302,1 millions de dollars américains en 2000 soit une destruction de 49,6% de la richesse créée en 1989. Cette contraction avait été enregistrée entre  1990 à 1994  avait connu une décroissance de -39,9% et le PIB per capita était passé de 236,5 dollars en 1990 à 82,6% en 2000. Pendant cette période, la situation sociale des travailleurs tant du secteur public que privé était devenue précaire face à l’impossibilité d’ajuster les salaires à l’hyperinflation galopante. L’indice du salaire réel dans le secteur privé qui  était de 74 points en 1989 tomba à 6points en 1993 tandis que celui de l’administration publique était descendu de 50,9 points à 24,8 points pendant  la même période.

Devant cette situation,  le pouvoir public n’avait trouvé aucune solution. La population était bien obligée de développer d’autres mécanismes de survie dans le secteur informel, passant du petit commerce l’artisanat, puis au cambisme de rues. Au plan macroéconomique, cette crise avait eu des répercussions sur le budget de l’Etat, la monnaie nationale,  le système financier et la balance de paiement. Le pays était en rupture de  ban   avec  les institutions financières internationales, confronté à un service de la dette de plus en plus lourd. Les dirigeants politiques n’avaient pour recourt que les avances de la Banque Centrale pour éponger les déficits budgétaires. Le  Congo-Kinshasa  était exclu  de la communauté financière  internationale pour défaut de paiement.

Entre 1989 et 2000 la destruction de la richesse nationale s’était  fortement accentuée au point d’atteindre le creux de -13,5% en 1993, à -5,4% en 1997 et -6,9% en 2000. L’engrenage de l’hyperinflation et la persistance de taux de croissance négatifs ont été  la cause principale  de la perte du pouvoir d’achat de la monnaie congolaise et de la préférence pour les billets verts ou les dollars américains.

Au niveau de marché monétaire et de change, la dépréciation continue de la monnaie congolaise des années 1990 a été entretenue par une création exagérée des billets de banque et sans  commune mesure avec la production nationale. Ce qui avait accentué l’hyperinflation et le développement d’un marché parallèle de change avec des circuits parallèles. Pendant cette période, le dollar américain était considéré comme une réponse endogène aux préoccupations des agents économiques qui cherchaient à éviter la taxe d’inflation et les pertes en capital sur les actifs libellés en monnaie nationale.

La crise économique s’était amplifiée surtout avec  la destruction du  tissu économique occasionnée  par les pillages des années 91 et 93 et la fuite massive des capitaux.  Le taux de l’inflation monétaire était passé de 63% entre 1974 et 1989 à 233,2% en 1990 à 3642% en 91, puis 2.989% en 1992, puis 4.652% en 93, puis à 9796,9% en 94. Il est descendu à 370,3% en 95 pour remonter à 752,9 % en 96.

SOURCE . « Magazine RENAISSANCE » DU 05 AU 24 OCTOBRE 2016 LA DOLLARISATION DE L’ECONOMIE CONGOLAISE PAR CRISPIN MALINGULU, commenté et corrigé par Alextutukala. Journaliste économique.

 

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