Des usages qui ont disparu des milieux kinois

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Les quarante dernières années ont enregistré une mutation sociale, en termes des usages qui n’ont plus cours. Une cassure interne intervenue dans la société dans l’ordre temporel, en termes des valeurs. Nous publions ci-après un extrait tiré d’un travail de recherche (tous droits réservés), relatif à cette mutation.   

-Le regard répressif d’une mère sur un enfant pris en faute : Le regard de la mère a été jusqu’à la décennie quatre-vingt, un mode d’éducation courant, dans le contexte kinois. Cela traduisait l’autorité de la mère, comme personnage de premier plan dans l’éducation des enfants. «Ô temps, Ô mœurs », s’exclamait un orateur de la Rome antique. Partant de la deuxième moitié de la décennie quatre-vingt, le regard de la mère fait, depuis, l’ombre de lui-même. Son autorité s’est étiolée au gré de l’empilement de conflits sociaux cimentés notamment par la paupérisation des parents et la baisse d’influence de l’éducation chrétienne, contrastant avec la montée des écoles du secteur privé.

Le port d’anneau au bracelet : Un père ou une mère qui quittait son foyer pour un voyage, prenait toujours des dispositions pour nouer à la main de chaque enfant un anneau tiré d’un vêtement, et le plus souvent un pagne. Dans l’entendement coutumier, en effet, l’esprit du père ou de la mère en éloignement devait, à distance, veiller sur la  tranquillité et la bonne santé de ses rejetons après lui. « Molimo ya Lungu epay ezali, ekokamba bana ont chanté les frères Soki, milieu décennie soixante-dix. Traduire : (L’esprit de Lungu là où il est, veillera sur les enfants).

 La passation d’assiettes pleine la nourriture entre voisines du quartier : Ceci relève de la nostalgie d’un passé irrémédiablement perdu. Jadis, des mères à Kinshasa, s’envoyaient de la bonne soupe dans des assiettes minutieusement choisies. Et c’était à la croisée, aux heures de pointes dans les quartiers résidentielles. Depuis, la qualité de rapports de voisinage a subi le contrecoup de la paupérisation des masses et de l’entremêlement de croyances religieuses. D’où, le règne de la méfiance et de la suspicion. Combien sont-ils encore des voisins qui partagent circonstanciellement la même assiette ?

Le bain de délivrance au vin de palme : Une méthode de désenvoûtement qu’exigeait le devin à quiconque le consultait pour purification. Kanta Nyboma, un chanteur congolais a exprimé cette réalité socioculturelle dans une chanson à succès, dans la deuxième moitié de la décennie soixante-dix, en ces termes : « Ngai nakomi i, kobanga kabanga e, ngai nakomi i, kolenga kolenga e. Nganga asengi i asukola ngai o o na masang’a mbila e, makasu misato, bougies misato o ba chances ezonga ngai ngo na nzoto e » (Traduire : J’ai peur de tout et de rien. C’est pourquoi le devin a exigé de me tremper dans un bain au vin de palme, enrichi de trois bougies et de trois noix de kola, pour que je recouvre mes chances).  

En un lieu mortuaire, l’assemblage de rameaux a donné place aux tentes et autres catafalques : Certains parlent de l’évolution, d’autres du bannissement pur et simple de nos particularités socioculturelles. « Nous avons perdu notre identité au profit du copier- coller occidental. Et les églises du réveil sont pour beaucoup dans ce mépris de notre héritage traditionnel », s’est offusqué un père de famille. Au milieu de la décennie soixante-dix, un chanteur a exprimé cette réalité socioculturelle dans une chanson, sous le titre : « Mandalala » (entendez : les rameaux) : « Mandalala e, mandalala e, mandalala bakotiyaka esika moto akufi e, mandalala bakotiyaka esika moto abali e, mandalala bakotiyaka esika mwana akuli e (…) mokonzi awuti mobembo, bayamba ye se na mandalala… (Traduire : Les rameaux sont placés en un lieu mortuaire, les rameaux sont placés en un lieu de fêtes de mariage et de première communion. Un chef qui rentre au pays est accueilli par des rameaux que l’on remue en sa direction ».

En effet, l’assemblage de rameaux pour recueillir le lieu mortuaire, s’effectuait avec la sortie du lit sorti de la chambre de la personne décédée. La mutation étant, le lit est épargné, cependant la monture de la tente mortuaire coûte une facture à la famille éplorée. Depuis, le marché mortuaire fait l’affaire des opérateurs privés et échappe nettement à quelque régulation des pouvoirs publics.  Les enchères qui caractérisent ce secteur à Kinshasa ont pour conséquence la traînée de corps à la morgue, en attendant que les familles au niveau local et éventuellement des proches hors du pays fassent la réunion de moyens financiers via des agences de transfert des fonds.

Au retour du cimetière, les proches du défunt ne trempent plus les mains dans un sceau d’eau : Parmi les usages qui ont pris la route de la fumée, figure le sceau d’eau que l’on plaçait à l’entrée du lieu mortuaire. Un sceau à moitié rempli dans lequel les membres de la délégation rentrée du cimetière trempaient chacun leurs mains, pour symboliser les adieux dans la paix. Un geste coutumier qui n’excluait aucune tribu de la RD Congo, et ne souffrait d’aucune interprétation erronée.

Les œuvres d’art sculptées incarnent le pouvoir maléfique : La perception collective que les Congolais de Kinshasa se font de la sorcellerie comme force permanente et de maléfice, a poussé à repousser les œuvres d’art de la sculpture en bois. Pour la simple raison que beaucoup de bazars de devins contenaient ces représentations. A la suite de cette perception, beaucoup de familles se sont débarrassées de leurs ornements en sculpture en bois. Toutefois, cette croyance ne reposant que sur des à priori, n’ont affecté nullement l’église catholique qui, elle, a gardé son armada de représentations de figures sculpturales. Dans cet ordre d’idée, le danger c’est aussi d’avoir une société où des jeunes regarderaient avec mépris voire horreur les réalisations de la sculpture en bois.

Les noms d’enfants tirés des personnages bibliques de l’ancien testament : Depuis un temps, des couples trempés dans le moule du néo-christianisme prônant le réveil spirituel et la prospérité matérielle, puisent dans la Bible, en particulier dans l’ancien testament pour nommer les enfants. C’est alors qu’on a les EzeKiel,  Plamedi (sigle pour dire Plan merveilleux de Dieu), Merdi et Mervedi (Merveille de Dieu), Gradi (Grâce à Dieu), etc. La présomption est de n’avoir pas à s’inspirer des aïeux de la lignée, puisque tous ou presque sont présumés sorciers.

(Payne)

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