Décriminalisation des avortements en Afrique: Les experts d’« ACSA » peaufinent des stratégies pour la poursuite du plaidoyer

par -
0 214

Il s’est tenu du 26 au 27 février 2019 à Kampala en Ouganda, une rencontre de haut niveau des experts membres de la Coalition Africaine pour l’Avortement sans Risque (ACSA). Au menu de leurs discussions, la poursuite du plaidoyer en faveur de l’accès des femmes du continent africain à des services d’avortement sûrs et légaux. Ce, conformément aux normes régionales des droits de l’homme, en particulier le Protocole à la charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique, dit Protocole de Maputo.

Ainsi, ACSA qui est une large coalition d’organisations régionales de la société civile œuvrant pour la santé et les droits de l’homme a saisi cette occasion pour réunir différents membres venus de plusieurs pays d’Afrique francophone et anglophone pour apporter leur soutien à la stratégie africaine récemment lancée qui n’est autre que la « Campagne pour la Décriminalisation des Avortements en Afrique ».

L’objectif de ces assises de deux jours était d’abord de développer une stratégie pour réorganiser cette campagne de «Decrim» lancée par la Commission des droits de l’homme et des peuples (CADHP) pour la Décriminalisation de l’avortement en Afrique ; ensuite de discuter d’une stratégie de communication ACSA ; développer des stratégies de contrôle de l’opposition pour ACSA ; l’adhésion à ACSA et augmentation du nombre de membres ; et enfin réfléchir autour des prochaines étapes, activités de suivi et financement de ces activités.

A cette même occasion, chacun des membres d’ACSA a partagé l’expérience de son pays ou son organisation quant à ce : sans oublier les activités menées pour soutenir la campagne de « décrim » depuis la dernière réunion. A leur tour, les partenaires ont suggéré une activité ou une idée qui pourrait être mise en œuvre par ACSA dans un délai d’un an pour faire avancer la campagne « Décrim ». Ensuite, élaborer un mandat / protocole d’entente pour l’engagement des partenaires dans le cadre de l’ACSA ; discuter de la manière dont l’ACSA peut être impliquée dans les TMB, en particulier dans les pays africains à l’étude pour compléter les efforts de chaque organisation ; et enfin penser du retour sur les initiatives que les partenaires ont engagées avec les différentes INDH et leur efficacité dans la campagne de « Décrim ».

La République Démocratique du Congo qui a pris part active dans cette grande rencontre organisée avec le concours de l’Ong internationale « Ipas » dans sa filière africaine dite « Ipas Africa Alliance », était représentée par Robert Wangachumo d’Ipas/RDC, Annie Modi de l’Ong « Afia Mama » et Bernetel Makambo, journaliste et attaché de presse au Ministère du Genre, Enfant et Famille.

Des travaux proprement dits

Au premier comme au deuxième jour de ces travaux, chaque organisation a partagé son expérience sur les activités menées dans le cadre de la campagne de « Décrim ». Certains ont eu à partager des données, des preuves et l’implication des acteurs dans le cadre du plaidoyer sur l’accès des femmes aux soins complets d’avortements, afin de parvenir à de bons résultats.

A cette occasion, le représentant d’Ipas/RDC qui a intervenu au panel 1 dénommé « Plaidoyer pour l’avortement légal en utilisant le Protocole de Maputo »,  n’a pas manqué à retracer plusieurs activités menées en interne, notamment le lancement par la ministre du Genre, Enfant et Famille de la RDC et présidente du Comité Technique Spécialisé de l’Union Africaine sur l’autonomisation de la femme et l’égalité du Genre, Chantal Safou Lopusa, de la campagne de vulgarisation du Protocole de Maputo en juillet 2018, la mise en place d’un comité de suivi, la formation des journalistes nationaux sur l’appropriation et domestication du Protocole de Maputo, particulièrement dans son article 14 relative à la santé sexuelle et reproductive, le lancement du mouvement des jeunes « Shedecides » avec le concours d’Afriyan,  rencontre avec le Parlement des jeunes de la RD Congo, la formation des médecins membres de l’ordre des Médecins et la révision des textes qui régissent leur travail en incorporant les dispositions reprises dans le Protocole de Maputo, sa participation au forum des ministres provinciaux et chefs des divisions provinciales en charge du Genre de toutes les 26 provinces de la RDC tenu dans le Haut-Katanga, et plusieurs autres rencontres avec la base, mais aussi avec les autorités judiciaires et politiques du pays pour renforcer le plaidoyer et les sensibiliser sur le cadre légal lié à la décriminalisation des avortements. L’objectif est celui de parvenir à un environnement légal et social favorisant l’accès aux soins complets d’avortement et aux services de contraception de qualité à toutes les femmes sans discrimination.

Dans le cadre du pouvoir de la communication dans le plaidoyer, l’autre représentant de la RDC a parlé du Réseau des Journalistes pour la Santé Sexuelle et Reproductive (RJSSR/RDC) récemment créé afin de soutenir cette campagne de Décriminalisation des avortements en Afrique. Ce réseau est l’œuvre d’Ipas/RDC qui a formé et continue de renforcer les capacités de ces journalistes pour une large campagne médiatique visant la poursuite du plaidoyer en RDC, la mobilisation communautaire et sur le plan clinique, informer la base sur les différents lieux où les femmes devront avoir accès aux soins complets d’avortements. Ce réseau entend mener plusieurs activités notamment avec les nouvelles autorités de la République pour la poursuite du plaidoyer et la mise en œuvre effective du Protocole de Maputo en RD Congo.  

Le contexte

Le 18 janvier 2016, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), à travers le mécanisme de la Rapporteuse spéciale sur les droits de la femme en Afrique, a officiellement lancé la Campagne pour la dépénalisation de l’avortement en Afrique afin d’attirer l’attention sur l’avortement à risque qui pose menace sérieuse pour les droits des femmes et des filles en matière de santé sexuelle et reproductive. Les avortements non sécuritaires représentent 30% de tous les décès maternels en Afrique subsaharienne, où se produisent chaque année plus de 6 millions d’avortements non sécurisés, ce qui entraîne environ 29 000 décès maternels. Le lancement de la campagne faisait suite à une retraite des commissaires sur la responsabilité en matière de droits de la reproduction des femmes africaines à Nairobi, en mars 2015, où les commissaires de la CADHP s’engageaient notamment à: lancer une campagne pour la dépénalisation de l’avortement en Afrique, qui s’inspirerait du thème de l’Union africaine pour 2016 – Année des droits de l’homme, en particulier des droits de la femme; plaider en faveur de la ratification universelle du protocole de Maputo et de la levée de toute réserve le concernant; et œuvrer en faveur d’une large diffusion de l’Observation générale n ° 2 sur l’article 14 du Protocole de Maputo.

La campagne se base sur une série d’interventions qui ont été menées par les organes de l’UA pour lutter contre l’avortement à risque en Afrique, telles que le Plan d’action de Maputo sur la santé et les droits sexuels et reproductifs et la Campagne pour une réduction accélérée de la mortalité maternelle en Afrique (CARMMA) et d’autres initiatives de l’Union africaine, ainsi que le programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement et le Programme d’action de Beijing. En 2014, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a publié l’observation générale n ° 2 en tant qu’orientation interprétative sur la planification familiale et l’avortement, conformément au Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique. . La même année, le Département des affaires sociales de l’UA a publié des orientations à l’intention des États membres dans le cadre de la publication «Interpréter et appliquer les lois existantes sur l’avortement». Ces cadres et initiatives régionaux et d’autres lancés par l’Union africaine et ses organes au cours des 10 dernières années ont permis de mieux faire connaître les droits des femmes en matière de procréation en Afrique, en insistant sur le besoin urgent des États membres de prendre en compte les droits de l’homme et la santé publique.

Défi de l’avortement à risque

Pour soutenir cette campagne et d’autres initiatives complémentaires de l’UA sur l’avortement médicalisé, les organisations régionales de la société civile ont décidé de créer une plate-forme d’interventions stratégiques et coordonnées de plaidoyer sous les auspices de la «Coalition africaine pour un avortement sans risque (ACSA)».

Il faut un visage ou une force garantissant des progrès dans la campagne de dépénalisation de l’avortement. En ce sens, la Coalition africaine pour l’avortement sans risque (ACSA) est une initiative d’organisations de la société civile régionales de la santé et des droits de l’homme qui se sont engagées à plaider en faveur de l’accès à des services d’avortement sûr et légal conformément aux normes régionales en matière de droits de l’homme, notamment le Protocole additionnel à la Convention. Charte africaine des droits de l’homme et des peuples sur les droits de la femme en Afrique (Protocole de Maputo). ACSA a été spécialement créé pour soutenir la campagne de la CADHP sur la dépénalisation de l’avortement en Afrique.

Lors de la dernière réunion régionale d’ACSA, le thème était centré sur le « rôle des institutions nationales des droits de l’homme dans la promotion de la responsabilité pour les droits sexuels et reproductifs en Afrique ». La stratégie sous-jacente dans ce thème était basée sur la meilleure façon dont ACSA et des organisations individuelles peuvent impliquer des INDH spécifiques dans leur région pour défendre la campagne pour le décrim et élargir les droits à la santé en matière de reproduction sexuelle.

Depuis le lancement de la campagne «Decrim», divers jalons ont été franchis. À cet égard, l’ACSA, en tant que champion important de la campagne Decrim, doit accroître la visibilité et créer un débat positif sur la campagne.

Toutefois, des rapports ont indiqué que la mise en œuvre de politiques restrictives dans la région avait augmenté en raison du manque de sensibilisation à la santé et des droits à la procréation, et d’une augmentation des activités et des interventions de l’opposition en ce qui concerne les gains déjà réalisés. Il est donc nécessaire de revitaliser la campagne «Decrim» pour répondre à ces besoins et problèmes émergents.

Bernetel Makambo de retour de Kampala P

PAS DE COMMENTAIRE

Laisser une Réponse