Dans son rapport 2016, Kinshasa : HRW franchit le Rubicon

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Pour qui roule Human Rights Watch qui, dans son rapport 2016 rendu public hier, chapitre réservé à la République démocratique du Congo, s’en prend éperdument, selon sa coutume, aux autorités de Kinshasa ? En outre, l’Ong britannique peint tout le tableau en noir comme si le pays n’a enregistré aucune action louable. A moins de vouloir noyer son chien accusé de rage, d’aucuns pensent que HRW est une belle caisse de résonnance de l’opposition et a de fait franchi le Rubicon. Il s’agit là d’une goutte à déborder le vase.

Déjà dans son introduction, Human Rights Watch jette le pavé dans la marre. Elle affirme qu’en 2015, « les agents des services de sécurité et des renseignements de la République démocratique du Congo ont exercé une forte répression à l’encontre d’activistes et d’opposants politiques qui contestaient les manœuvres politiques destinées à permettre au Président Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats prévue par la constitution, son second mandat prenant fin en décembre 2016 ».

Et toujours dans le préambule, HRW allègue pince sans rire que « Des membres des forces de sécurité ont tiré sur des manifestants pacifiques, emprisonné des activistes ainsi que des dirigeants de partis politiques et fermé des organes de presse, tandis que le gouvernement recourait de plus en plus à de violents actes de répression ». Ce qui ressemble à une affirmation gratuite étant donné que la justice congolaise est indépendante et, si X ou Y est aux arrêts, les griefs sont portés à sa charge, selon les lois de la République. Peu importe qu’il soit de l’opposition, de la majorité ou encore de la société civile.

Parlant de la sécurité dans l’Est du pays, elle persiste et signe que « la situation sécuritaire est restée volatile. De nombreux groupes armés ont lancé des attaques meurtrières contre les civils, tandis que les forces de sécurité gouvernementales commettaient également des exactions graves ». D’où une question : pourquoi HRW ne fait pas du tout faire allusions aux avancées enregistrées sur le plan sécuritaire dans cette même partie de la République et ailleurs ?

 Liberté d’expression et droit de rassemblement pacifique

HRW aborde ce chapitre par le mois de janvier, affirmant qu’ « à Kinshasa ainsi que dans d’autres villes, des policiers et des militaires de la Garde républicaine ont tué par balles au moins 38 manifestants à Kinshasa et cinq à Goma. On signale également des dizaines de blessés et, à Kinshasa, au moins cinq disparitions forcées. Peu après qu’une délégation de dirigeants politiques de l’opposition et de responsables de la société civile soit allée le 21 janvier à l’hôpital général de Kinshasa pour rendre visite à des manifestants blessés, des militaires de la Garde républicaine se sont introduits dans l’hôpital et ont tiré des coups de feu sans discernement, blessant au moins trois visiteurs ». Dans le souci de confronter les vues sans prendre parti d’une seule partie, où est la version officielle dans tout ça ? Que disent les lois les la République à propos ?

De même, alors que la presse congolaise est régie par des lois que nul n’est censé ignorer, même en cas de délit, HRW se limite à constater qu’ « avant les manifestations, le gouvernement a fermé deux chaînes de télévision qui avaient diffusé des appels à manifester, Canal Kin Télévision (CKTV) et Radiotélévision Catholique Elykia (RTCE),… le gouvernement a également fermé les services de messagerie par SMS et l’accès à Internet plusieurs jours durant ». Cela ne s’est-il fait qu’en Rdc ? L’Etat n’a-t-il pas le loisir de prendre toutes les mesures conservatoires à garantir la sécurité sur le territoire ?

Attaques de civils par des groupes armés

« Des dizaines de groupes armés sont restés actifs dans l’est de la RD Congo. De nombreux commandants ont dirigé des forces responsables de crimes de guerre, y compris de massacres ethniques, de meurtres de civils, de viols, de recrutements forcés d’enfants et d’actes de pillage », peut-on lire dans ledit rapport.

Les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, FDLR sont responsables de certaines des atrocités les plus graves qui aient été commises dans l’est de la RD Congo au cours de la dernière décennie, documente ledit rapport. En territoire de Beni, au Nord-Kivu, des combattants non identifiés ont continué de commettre des massacres sporadiques de civils, tuant des dizaines de personnes. Plus au nord, dans la province de l’Ituri, la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI), un groupe rebelle, a également perpétré de graves atteintes aux droits humains, notamment des viols et des actes de pillage. En territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, des bandits et des groupes armés ont enlevé des dizaines de civils dans le but d’obtenir une rançon.

En territoire de Nyunzu, dans le nord de l’ancienne province du Katanga, des combattants de l’ethnie Luba ont attaqué un camp de personnes déplacées le 30 avril. Les assaillants ont tué au moins 30 civils membres de la communauté marginalisée des Batwa, connus sous le nom de « Pygmées », avec des machettes, des flèches et des haches, et incendié le camp. Des dizaines d’autres ont été portés disparus et l’on craint qu’ils soient morts. L’attaque faisait suite à des incursions meurtrières lancées par des milices Batwa contre les Luba,… Mais ce que HRW ne dit pas, ce sont les victoires remportées sur plusieurs forces négatives. En outre, elle ne propose aucune panacée pour des raisons évidentes !

Justice et obligation de rendre compte de ses actes

Un bon chapelet apparemment : « Mathieu Ngudjolo, le premier acquitté de la Cour pénale internationale (CPI), a regagné la RD Congo le 11 mai. Le 2 septembre s’ouvrait devant la CPI le procès de Bosco Ntaganda, qui doit répondre de 18 chefs d’accusation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité qu’il aurait commis dans la province de l’Ituri en 2002 et 2003.

Le 19 décembre, deux dirigeants rebelles congolais, déjà condamné à la CPI, Germain Katanga et Thomas Lubanga, ont été transférés en RD  Congo afin de purger à Kinshasa le restant des peines prononcées par la CPI.

Le 28 septembre, un tribunal de Stuttgart, en Allemagne, a reconnu coupables Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni, respectivement ancien président et vice-président des FDLR, les condamnant à 13 et 8 ans de prison. Murwanashyaka a été jugé coupable d’avoir commis des crimes de guerre lors de cinq attaques menées par les FDLR dans l’est de la RD Congo et de diriger une organisation terroriste. Musoni a quant à lui été jugé coupable de diriger une organisation terroriste, mais il a été acquitté de l’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Du 27 avril au 2 mai, le ministre congolais de la Justice et Human Rights ont organisé une conférence de grande envergure à Kinshasa afin d’évaluer le programme congolais de réforme de la justice et de recommander des réformes prioritaires, notamment la création de chambres spécialisées mixtes pour entendre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis en RD Congo depuis les années 1990.

En août s’est ouvert devant la Cour d’appel civile de Lubumbashi le procès de 34 membres des communautés Luba et Batwa du nord du Katanga pour crimes contre l’humanité et génocide, une première pour un tribunal civil congolais.

Le chef de la FRPI, Justin Banaloki, alias « Cobra Matata », a été arrêté à Bunia le 2 janvier et accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Ntabo Ntaberi Sheka, visé par un mandat d’arrêt congolais pour crimes contre l’humanité, et plus précisément pour des viols à grande échelle de près de 400 personnes en 2010, se trouvait toujours en liberté au moment de la rédaction de ce chapitre. Ses troupes ont continué de commettre des exactions graves »,…

Mais parler en mal l’Opération Likofi, de novembre 2013 à février 2014 semble ne pas faire concerner le présent rapport. Le but serait-il d’encourager la délinquance urbaine connue sous le nom de Kuluna, ces bandits en armes blanches qui sèment la désolation au sein de la population ?

Et puis, dire que « le gouvernement n’a pas exhumé la fosse commune de Maluku » revient-il à balayer d’un revers de la main la version officielle qui a parlé des indigents ?

Principaux acteurs internationaux

On ne relève guère de progrès, du côté des pays voisins devrait dire HRW, dans la mise en œuvre de l’« accord-cadre » signé en février 2013 par 11 pays africains (auxquels sont ensuite venus s’ajouter deux autres pays) visant à mettre un terme à la rébellion du M23—un groupe armé soutenu par le Rwanda et responsable d’exactions, qui a été vaincu en novembre 2013.

En juillet, le Département d’État américain a nommé Thomas Perriello au poste d’Envoyé spécial pour la région des Grands Lacs, succédant ainsi à Russ Feingold. Perriello et d’autres hauts fonctionnaires américains ont continué de faire savoir publiquement qu’il était indispensable que des élections nationales aient lieu dans un délai opportun afin d’empêcher un regain de violence, de répression et d’instabilité.

En octobre, le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a annoncé qu’il chargeait Maman Sidikou, ancien ministre des Affaires étrangères du Niger et haut officiel de l’Union africaine, d’être son représentant spécial en RD Congo et de prendre la tête de la MONUSCO, succédant ainsi à Martin Kobler. M. Sidikou aura pour mission de mettre en œuvre le mandat puissant de la MONUSCO pour défendre les droits humains et l’état de droit lors de ce qui pourrait constituer une période électorale volatile pour la RD Congo. Amis encore une preuve de mauvaise foi, HRW ne fait aucunement allusion au dialogue qui fait pourtant l’actualité. En tout cas, ce n’est pas Kinshasa qui manquera de riposter.

 

(Emmanuel Badibanga)

 

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